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Dominique Attias : « Il ne s’agit pas d’excuser les actes, mais de donner du sens à la réinsertion »

[IMG] Dominique Attias

Publié le 6 janvier 2009

Au Conseil de l’Ordre des avocats de Paris, maître Dominique Attias est responsable de l’antenne des mineurs, un regroupement d’avocats spécialisé dans l’assistance et la défense des enfants.

Pourriez-vous spécifier les particularités des avocats pour les enfants ?
Sur 22 000 avocats à Paris, nous ne sommes que 80 avocats spécialisés pour les enfants. 50 nouveaux confrères vont intégrer l’Antenne après avoir suivi une formation théorique et pratique. Tout comme le juge des enfants, nous avons une compétence en termes d’assistance pour les enfants en danger et de défense pour les enfants victimes ou auteur de faits délinquants. Ainsi pouvons-nous suivre un dossier sur les deux registres. Par ailleurs, l’Antenne des mineurs du Barreau de Paris a mis en place une permanence d’écoute gratuite téléphonique et de rendez-vous pour aider les enfants.

Quelle vous semble être l’évolution de la délinquance juvénile ?
Mon sentiment est que la problématique des jeunes reflète le mal être de la société. Une société schizophrène : d’un côté, elle est fascinée par sa jeunesse, l’enfant roi au sein de la famille ; de l’autre, elle hait les jeunes dans la société. Pourquoi les médias ne donnent-ils que des exemples de jeunes qui vont mal, qui sèment la peur ? Qu’y a-t-il derrière cela ? Les médias sont-ils manipulés par le gouvernement ? Le gouvernement répond-il aux médias ? On est enfermé dans une spirale de violences qui justifie la répression.

Les adultes auraient peur de leurs jeunes ?
Le phénomène est d’autant plus grave que les jeunes se conforment finalement à l’image qu’on veut donner d’eux. Si les adultes disaient plutôt aux jeunes : « tu vaux mieux que ton acte, mais il va te falloir le réparer, car c’est cela être responsable, être adulte »… Si on les encourageait. Par expérience, j’estime qu’il n’y a pas d’irrécupérables, je connais nombre d’enfant qui réintègrent une vie normale. Il n’y a pas de bon ou de mauvais délinquant ; il y a un jeune à remettre sur le droit chemin. Il ne faut pas leur renvoyer en permanence des messages désespérés qui répondent à la provocation par la provocation. Le but de la Justice, des mesures éducatives ou répressives, est de réinsérer les jeunes. Il ne s’agit pas de permissivité, mais de répondre à un acte par des mesures qui ont du sens et donnent de l’espoir.

Que pensez-vous des mesures d’enfermement ?
Pour ce qui est des Centres éducatifs fermés - qui permettent un séjour de rupture, parfois même à l’étranger pour les centres éducatifs renforcés - je dois avouer que j’étais tout à fait contre. Mais en définitive, j’estime que c’est une alternative convenable à l’incarcération, surtout si l’encadrement permet d’élaborer un véritable projet de sortie qui donne du sens à cet éloignement. En revanche les établissements pénitentiaires pour mineurs ne fonctionnent absolument pas. Il faut rappeler qu’il y à 80% de récidive concernant les jeunes qui ont été incarcérés. Ce chiffre en dit long sur l’inefficacité du système. À cela s’ajoutent les suicides, les dégradations par les jeunes et ce silence qui pèse sur ce qui se passe à l’intérieur.

Quelles sont vos inquiétudes quant à la rénovation de l’Ordonnance de 1945 ?
Il semble que l’on s’oriente vers un âge de la responsabilité pénale à partir de 12 ans. Ce qui nous mettrait dans l’un des pays les plus répressifs d’Europe. La plupart des autres pays d’Europe n’incarcèrent pas les mineurs. De plus, il se pourrait qu’on réduise la latitude d’action du juge des enfants. Si on entre dans un systématisme des réponses pénales, alors on perd l’essence même de cette justice adaptée aux enfants. On ne veut plus accorder de temps, sous prétexte qu’on veut une réponse immédiate. Les récentes modifications législatives sont prises pour des « mini-majeurs », non plus pour des enfants. Il faut que l’opinion publique ait bien en tête qu’il s’agit toujours d’enfant… jusqu’à 18 ans. On ne peut pas passer à une quasi justice des majeurs pour les 16-18 ans, car c’est précisément à cette période qu’ils connaissent le plus de difficultés, qu’ils vont le plus mal et sortent de leur coquille. Encore une fois, il ne s’agit pas d’excuser les actes, mais de donner du sens à la sanction pour aller ensuite vers une réinsertion.

Et comment favoriser cette réinsertion ?
La réinsertion tient à peu de choses : une rencontre entre la personnalité d’un jeune et celle de son avocat, de son juge ou d’un éducateur qui va permettre d’établir un dialogue. Dans les CEF, notamment, les éducateurs font tout un travail pour insuffler un esprit éducatif, porter un regard d’espoir sur les jeunes, harmoniser les parcours de jeunes pour que la situation reste gérable. Il faut une réponse à tout acte, mais une réponse adaptée, compréhensible, utile et effective. On ne répare rien en enfermant un jeune, en lui supprimant l’espoir de s’en sortir… je ne vois pas en quoi la société serait plus protégée dans ces conditions. On ne fait qu’aviver la fureur et le désespoir des jeunes.

Quel message voudriez-vous transmettre aux parlementaires ?
Je leur demanderais de considérer les jeunes – tous les jeunes - comme les forces vives de notre société. Si l’adulte ne transmet pas d’espoir, s’il ne dit pas au jeune « tu as commis un acte, montre nous que tu es capable de comprendre et de réparer », alors on va entretenir des « hordes de sauvages ». Et puis surtout, je leur rappellerais qu’on connaît la véritable solution pour lutter contre la délinquance juvénile : il s’agit de la prévention. Or le maillage social, qui est le relais de cette prévention, est actuellement liquidé ; on transfère les crédits à la construction d’établissements de contention. Au lieu d’éduquer, on érige des cages. À quoi devons-nous nous attendre lorsqu’on ouvrira les grilles ?

En savoir plus :
Permanence d’écoute de l’Antenne des mineurs du Barreau de Paris : 01.42.36.34.87 ; antennedesmineurs@avocatparis.org

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