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TémoignageIls ne comprenaient pas pourquoi nous avions traversé le monde pour les rencontrer....![]() Wielfried, jeune ambassadeur Unicef, en mission en RDC auprès des enfants-solats
Publié le 12 février 2008 Il y a 2 ans Wielfried, 19 ans, témoignait de ses rencontres auprès d'enfants soldats.Je m’appelle Wielfried, 19 ans. Je suis étudiant en France et j’ai rencontré des enfants soldats, deux fois : l’une en République Démocratique du Congo (en 2004), et l’autre au Libéria (2006). Démobilisation et réinsertionIl faut savoir qu’il existe deux phases distinctes dans le processus d’aide aux enfants soldats : La démobilisation (ce que j’ai connu en RD Congo) et la réinsertion (dans le cas du Libéria) de ces jeunes dans la société. Ce sont 2 processus assez délicats, et au cours desquels les jeunes ex-combattants sont pris en charge dans des centres appropriés et souvent soutenus par diverses associations ou organisations comme l’Unicef (concernant les centres que j’ai visités en tout cas). Ces centres leur proposent une éducation scolaire, l’apprentissage de métiers d’artisan, un suivi psychologique pour les aider à faire face aux traumatismes de la guerre, et un hébergement provisoire pour les moins fortunés, orphelins de la guerre par exemple. Des jeunes à la rencontre des enfants soldatsEn RDC, où les conflits armés étaient loin d’avoir cessé, du moins à Goma où nous avons passé les 2 tiers de notre séjour, l’Unicef avait organisé un voyage « jeunes » à la rencontre des « enfants soldats ». Je n’en avais alors jamais entendu parler, comme la plupart d’entre nous ; nous étions 8 jeunes à faire le voyage, 4 garçons et autant de filles. Une guerre dans la guerreVoilà, c’est dit : ces jeunes en face de nous étaient d’anciens soldats, de vrais combattants. Ils avaient pourtant seulement 17 à 18 ans pour les plus âgés. Donc même pas la majorité en France ! Et alors ? « Une fois la cible atteinte, une balle est tout aussi efficace lorsqu’elle est tirée par un enfant ou un adulte. » On comprend mieux : c’était peut-être ce que devaient se dire les chefs des groupes armés, quand ils sommaient leurs troupes d’aller « recruter » de jeunes bras pour pallier le vide laissé par d’autres adolescents bien trop vite fauchés pendant les combats. Quoi qu’il en soit, ils étaient totalement conscients qu’il s’agissait d’enfants ; ils étaient conscients qu’il était facile de corrompre ces esprits naïfs et impuissants, et qu’ils s’apprêtaient à ruiner l’avenir de ces âmes innocentes. Mais ils lançaient les patrouilles dans les villages. Goma et toute sa population en ont souffert. C’est ainsi que les groupes armés et leurs soldats détruisaient les villages, maison par maison, s’emparant des jeunes garçons et filles (de 10 à 16 ans généralement) par la force, et s’illustrant à coup de Kalachnikov ou de machette quand ils rencontraient des résistances. Des familles entières ont été décimées, parce qu’elles pensaient avoir des droits légitimes sur leurs enfants. Ce qui est absurde ! Et les groupes armés, hommes supérieurs qu’ils étaient, l’avaient bien compris. Et sans avis, ils se donnaient le droit de décider quelle serait la cause, ou l’idéal à défendre par la population. Ils avaient forcément raison, c’étaient eux qui portaient la tenue militaire de toute façon ! Il ne devait pas y avoir de place pour la pitié, c’était la guerre. Ils étaient les leaders de la rébellion, et de fait, quiconque leur résistait ou les contrariait faisait offense à l’Ordre et devait nécessairement mourir. Nulle autre punition n’était plus appropriée. C’est comme çà : c’était leur justice. Du coup, le simple enrôlement d’enfants constituait déjà une guerre dans la guerre, à la seule différence que les pertes en vies humaines se comptaient toujours du même côté : les familles ! Elles n’étaient pas armées… Une vie de survieUne fois dans l’armée, ces jeunes orphelins, à qui la vie n’avait pas réservé que de joyeuses surprises, devaient survivre. Dans quel but même, finalement ? Quand on y réfléchit : ils avaient entre 10 à 16 ans pour les plus « autonomes » ; ils sont nés dans de pauvres villages, issus de familles paysannes qui vivaient d’élevage ou d’agriculture. Et encore, comme je le disais plus haut, ce n’est pas la région la plus fertile. Ils n’ont pas forcément suivi une scolarité régulière. Pour la plupart, filles comme garçons, ils avaient l’habitude de vendre leurs récoltes ou de trouver divers petits jobs pour aider les parents. Ce qui, pour un homme du 21e siècle, constitue déjà une « vie de survie ». Et voilà qu’ils se retrouvent orphelins, accusant la perte de tout ce qu’ils n’avaient déjà pas en masse, mais qu’ils tenaient pour chers (leurs parents, leurs amis, leur famille, leur liberté…), et désormais obligés d’obéir de force à des êtres dégueulasses, et dont ils n’ignorent point la responsabilité dans leur malheur. Des pauvres types qui courent après des intérêts politiques aussi flous que ridicules. Ce sont des brutes qui prétendent se battre pour sauver l’image et assurer l’avenir de leur pays ; et ce sont ces mêmes fous qui envoient cet avenir sur des champs de guerre, et qui assurent à ce même pays la piètre image d’une terre à feu et à sang sur la scène internationale. Mais ils savaient ce qu’ils faisaient, forcément : ils étaient des leaders ! Et nos jeunes interlocuteurs leur appartenaient littéralement, ils étaient condamnés. Leur vie ou survie dépendaient de leurs aptitudes respectives à être dociles vis-à-vis de leurs nouveaux « tuteurs », puisqu’à la moindre impertinence ils payaient le prix fort : on les battait sévèrement ; ils étaient quelques fois privés des déjà bien maigres repas auxquels ils avaient droit ; parfois même, ils héritaient de l’heureux statut d’esclaves ménagers du groupe jusqu’à nouvel ordre. Mais jamais la mort ; pas toujours en tout cas ! Il faut se souvenir que c’était une guerre : nos bons adolescents étaient des bras nécessaires, qui pouvaient encore aider à réduire les jeunes effectifs du camp adverse. Les commandants de guerre avaient donc tout intérêt à compter un maximum de très jeunes soldats parmi leurs troupes, misant sur la vivacité et l’abnégation que leur supposait leur jeunesse. C’est toute une science que de gérer un groupe de forces armées, voyez vous. Les chefs de guerre devaient penser qu’on ne connaît la peur qu’après la majorité, et qu’alors seulement on prend conscience de combien la vie nous est chère. Parce que ce n’est pas mentir que de dire qu’ils n’avaient aucun scrupule à envoyer ces enfants côtoyer la mort. On est donc bien d’accord, nos jeunes vivaient avec une horrible peur dans le ventre. Mais ils ne devaient rien laisser paraître. Et puis de toute façon, pour vaincre cette peur, ils étaient gracieusement aidés par leurs « tuteurs », qui les soumettaient de force à se défoncer aux drogues dures : un régime infaillible, quelle attention ! Et surtout, quelle morale : ne laisser aucune liberté, ni physique, ni mentale, ni émotionnelle aux jeunes recrues. Apprendre à tuerEn fait, nos amis étaient leurs captifs. Et ils ont souffert. Sur les champs de bataille, ils devaient être sans état d’âme, et simplement se mettre en mode « survie ». Courir toute une demi-journée, sans direction précise ; apprendre à calculer les mouvements des adversaires ; les anticiper, les piéger et bien sûr éviter d’être une malheureuse victime (de plus) fauchée par une Kalachnikov, juste parce que tu t’es égaré à rêver d’une vie meilleure, l’espace de 10 secondes : « La guerre est un art, et seuls les plus affûtés et les plus impitoyables s’en sortent », c’est la seule chose à laquelle ils devaient penser. Se cacher, surprendre, et porter des coups mortels à d’autres hommes, garçons ou filles, c’était leur quotidien. Ils se retrouvaient parfois à combattre contre d’anciens amis ou parents. Mais aucune exception : pendant une guerre, on ne fait jamais de cadeau à ceux qui portent une tenue militaire différente, qu’ils l’aient choisie ou non ! Et quand on est enfant soldat, on n’est pas vraiment autorisé à choisir qui abattre. Les ordres étant ce qu’ils sont, nos interlocuteurs ont souvent avoué, non sans mal, avoir ôté la vie à des visages qui leur étaient familiers ! Une écoute et une aideEt leur nouvelle vie depuis la démobilisation ? Ils trouvaient tous qu’elle était de loin meilleure et inespérée. Evidemment qu’elle l’était, on a envie de dire. Ils ont fait leurs « au revoir » (provisoires ?) à une vie dont les rares moments de paix et de joie étaient le soir, quand ils pouvaient se réjouir d’avoir survécu à une journée d’orgie de plus, et qu’ils pouvaient alors jouir de quelques petites heures de sommeil… Aujourd’hui, ils ont une vie bien plus tranquille. Ces centres valent autant qu’un véritable foyer pour eux et constituent une transition idéale pour retrouver des repères dans la société. Dans les centres ils étaient 20 à 30 jeunes ex-enfants soldats ; ils avaient tous connu la même galère et pouvaient donc se comprendre les uns les autres. Et surtout, ils avaient la même motivation : mettre à profit le peu de temps qui leur était offert pour s’assurer un avenir d’hommes autonomes et utiles à la société, de façon positive. Et dans ces centres, ils avaient une vraie chance de se réhabiliter physiquement et émotionnellement, apprendre à nouveau les règles de bases de vie en société (des valeurs comme le respect, la politesse, et la solidarité…). Grâce aux structures d’assistance psychologique, ils recevaient une écoute et une aide suffisamment régulière pour réduire au maximum les traumatismes de la guerre. De plus, avec les différents enseignements mis à leur disposition (mathématiques – arithmétiques, littérature – alphabétisation, ou pratiques diverses telles que l’agriculture, l’élevage, la plomberie…), ils pouvaient se choisir un parcours, selon leurs intérêts et ambitions respectifs, et décider ainsi de leur avenir (d’une certaine façon du moins) ! Selon eux, l’initiative de la création de tels centres est une aubaine, quand on sait les difficultés qui étaient les leurs. Cependant, leur situation restait précaire : la durée de leur séjour dans les centres de démobilisation n’était qu’une question de 2 à 3 mois (pour les cas les plus préoccupants), et la démobilisation ne leur assurait pas autant de sécurité que ça. En effet, en sortant des centres, certains se retrouvaient à nouveau livrés à eux-mêmes : ils n’étaient déjà pas à l’abri d’un nouvel enrôlement ; sur le plan social, c’était mal vu d’avoir fait la guerre, et les ex-enfants soldats n’étaient donc pas forcément bien accueillis dans leurs villages ou leurs familles. Et pour ceux qui avaient alors la chance de ne pas rencontrer ces 2 problèmes, il leur fallait encore réussir leur réinsertion dans la société : convaincre des employeurs avec leur maigre formation, être commerçant ambulant dans les rues de la ville ou dans les marchés, gagner de l’argent sale ou errer… Les moyens de s’en sortir sont nombreux, mais ils n’ont pas beaucoup de choix ! | ![]()
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