Cameroun : « l’urgence silencieuse »

Le pays est touché par une crise humanitaire, notamment dans les régions du nord. Plus d’un million d’enfants souffrent de malnutrition chronique au Cameroun. Une situation très préoccupante. Le point sur cette crise humanitaire « silencieuse » avec Denis Garnier, chargé de la nutrition au bureau de l’Unicef à Yaoundé.

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Publié le mardi 21 juillet 2009
Modifié le lundi 14 septembre 2009
Cameroun : « l’urgence silencieuse »
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La malnutrition aiguë

Stade le plus grave de la malnutrition, elle se caractérise par une nette insuffisance de poids par rapport à la taille. Pour évaluer rapidement le degré de malnutrition d’un enfant on peut le peser et le mesurer, mais aussi utiliser un bracelet, le "périmètre brachial".
  • La malnutrition aiguë modérée de l'enfant est généralement soignée en distribuant des rations alimentaires aux familles (farines enrichies type Unimix + plumpy doz).
  • La malnutrition aiguë sévère réclame l'admission de l'enfant en centre nutritionnel, où il reçoit notamment lait thérapeutique et plumpy'nut. En cas de complication (paludisme, VIH, infections...), l'enfant doit être hospitalisé. Les deux principales formes cliniques sont le marasme (correspondant à l'amaigrissement de l'enfant) et le kwashiorkor (identifié au contraire par l'apparition d'oedèmes).

L'apparition des nouveaux produits thérapeutiques, comme les pâtes nutritives plumpy'doz et plumpy'nut, a révolutionné le traitement de la malnutrition. Des enfants gravement atteints peuvent désormais récupérer rapidement un état satisfaisant si des moyens sont mis en oeuvre pour les sauver.

Quelle est l’ampleur de la crise humanitaire qui touche aujourd’hui le Cameroun ?

Les deux régions du Nord Cameroun, zones sèches qui font partie du Sahel, sont les plus touchées. De nombreux enfants sont malnutris, affectés par des maladies, les taux de mortalité infantile et maternelle y sont très élevés.
Les inégalités sociales et sanitaires sont fortes dans ce pays, entre ces zones du nord et les 8 autres régions, mais aussi entre les zones rurales et urbaines.
Au Cameroun, le nombre de décès des moins de 5 ans a augmenté ces dernières années. Ces chiffres sont, encore une fois, surtout édifiants au nord du pays : 105 000 enfants de moins de 5 ans meurent chaque année, dont 40 000 au nord.

C’est une crise nutritionnelle ?

Dans ces régions, j’ai vu des enfants en retard important de croissance… Plus d’un million d’enfants souffrent de malnutrition chronique dans le pays, dont 375 000 au Nord Cameroun. Ils grandissent moins vite, connaissent des retards dans leur développement physique mais aussi intellectuel. Si on n’agit pas pour eux avant leurs deux ans, ils ne rattraperont jamais ces retards ! La malnutrition est une cause principale des décès des bébés et des enfants. Une cause associée aux maladies diarrhéiques, au VIH/sida, aux infections respiratoires… Les enfants malnutris succombent plus rapidement aux maladies qu’ils contractent.
Au Cameroun, 210 000 enfants de moins de 5 ans souffrent de malnutrition aiguë. 120 000 d’entre eux vivent dans les deux régions du nord. Ces sont des chiffres comparables à ceux du Niger.

Pourquoi cette crise nutritionnelle au Cameroun est-elle plus « silencieuse » qu’ailleurs?

Quand on pense malnutrition, on ne pense pas forcément au Cameroun. L’opinion publique ne sait pas que ce pays connait des difficultés. C’est effectivement une urgence dont on ne parle pas, une «urgence silencieuse». D’autres crises humanitaires en Afrique sont plus visibles : on connaît mieux la situation au Niger… Au Cameroun, on a les mêmes problèmes mais on en parle moins. Le nord est ainsi une partie du Sahel « oubliée ». L’urgence camerounaise n’est pas très médiatisée. Mais elle pourrait s’aggraver si on ne poursuit pas nos efforts, surtout auprès des moins de 3 ans.

Quels sont justement les moyens aujourd’hui mis en œuvre par l’Unicef au Cameroun?

Sur le terrain, nous travaillons dans 19 centres de nutrition thérapeutique, pour les cas avec complications médicales. Il existe aussi 180 centres de nutrition thérapeutique et supplémentaire ambulatoire pour les cas sans complications. Nous essayons, lorsque c’est possible, de laisser les enfants atteints de malnutrition chez eux. C’est-à-dire de fournir aux familles les doses de pâtes alimentaires dont leurs enfants ont besoin pour guérir à la maison. Nous les recevons ensuite en général pour un suivi hebdomadaire. Nous évitons de pratiquer l’hospitalisation systématique, sauf évidemment quand les enfants sont dans des états qui nécessitent un suivi et des soins quotidiens.
Sur le terrain, nous faisons également la promotion de l’allaitement, des soins adéquats, de l’hygiène. Nous distribuons de la vitamine A, formons du personnel, menons des campagnes de vaccination… Il faut aller vers la population, vers les communautés, informer les gens, les responsabiliser.

Qu’attendez-vous comme engagements de la part des différentes parties pour ces prochains mois ?

Nous attendons dans les mois et les années à venir une implication des industries agro-alimentaires sur place. Il faut que ces acteurs fortifient les aliments qu’ils mettent en vente, qu’ils y ajoutent de la vitamine A par exemple. Mais il faut d’abord que des lois sur cette fortification alimentaire soient adoptées et cela prend du temps.
Nous aimerions également que le gouvernement camerounais accroisse son engagement dans la lutte contre la malnutrition, notamment avec une prise en charge gratuite des soins pour les populations malnutries. Nous sommes, quant à nous, limités dans notre action par les fonds qui ne sont, pour l’instant, pas suffisants.

Le Cameroun a accueilli ces dernières années des réfugiés venus de pays voisins en conflits. Ces populations sont-elles plus affectées par la crise nutritionnelle que les Camerounais eux-mêmes ?

Le pays a été affecté ces dernières années par plusieurs urgences humanitaires : il a accueilli des réfugiés centrafricains, tchadiens… D’après les derniers chiffres officiels, il y aurait ainsi 60 000 réfugiés venus de République centrafricaine.
Il y a des villages où ils sont nombreux, ce qui peut parfois peser sur les ressources des Camerounais. Mais en général la cohabitation entre les populations se passe bien et le nombre de réfugiés par rapport à la population totale camerounaise reste faible. Il n’y a donc pas de tensions importantes.
Ces populations réfugiées, à leur arrivée sur le territoire camerounais, sont très affaiblies. J’ai vu des mères de familles centrafricaines qui ne pesaient plus qu’une vingtaine de kilos. Nous avons beaucoup travaillé auprès de ces populations et la situation s’est améliorée pour eux. Mais le programme lancé contre la malnutrition ne doit pas s’arrêter avec la stabilisation de la situation des réfugiés. Toutes les populations, camerounaises comme réfugiées, restent vulnérables. Nous continuons évidemment à accueillir toutes les populations dans le besoin dans nos centres.

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