Interview

L’Unicef acteur de la lutte contre le paludisme au Bénin

Au Bénin, le paludisme est la première cause de mortalité infantile. Il représente le quart des décès d’enfants de moins de 5 ans. Souleymane Diallo, représentant de l’Unicef au Bénin, présente la stratégie de l’Unicef pour lutter contre cette maladie.
L’Unicef acteur de la lutte contre le paludisme au Bénin
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En matière de prévention, quel est le travail de l’Unicef pour approvisionner la population en moustiquaires et la convaincre pour que ces moustiquaires soient effectivement utilisées par les femmes enceintes et les enfants de moins de 5 ans, qui sont les premières victimes du paludisme ?

Pour la première fois en octobre 2007, une grande campagne nationale a été organisée avec le ministère de la santé et l’ensemble de nos partenaires. Cette campagne comprenait à la fois la fourniture d’1,7 million de moustiquaires imprégnées, la supplémentation en vitamine A et la distribution de comprimés de déparasitage (le but était de constituer un package d’interventions à bas coût et à impact élevé contre la mortalité infantile). La Banque mondiale a financé à elle seule 1,4 million de moustiquaires. L’Unicef a pris en charge une grande partie des tâches logistiques, notamment l’évaluation des besoins et l’acheminement des moustiquaires jusque dans les communes et villages. Nous avons aussi pris en charge la campagne de sensibilisation : affiches, spots publicitaires, formation de personnel. Enfin, nous avons fourni un lot de 4 000 moustiquaires. Les résultats ont été immédiats : en 2006, seulement 32% des femmes enceintes et 33% des enfants de moins de cinq ans dormaient sous moustiquaires. Depuis cette campagne, ils sont respectivement 60% et 80%. Désormais, nous voulons que ce mécanisme soit pérenne et que la distribution de moustiquaires et la sensibilisation à leur utilisation soient réalisées systématiquement au niveau des consultations prénatales. Nous avons commencé à y travailler avec le gouvernement et nos partenaires.

Qu’en est-il des traitements ?

Pour toutes les femmes enceintes, qu’elles présentent ou non des symptômes, l’Unicef préconise de façon préventive un traitement intermittent qui doit être pris durant le 3e mois de grossesse, durant le 4e, et 1 mois avant l’accouchement. Ce traitement réduit les risques associés au paludisme : la naissance d’enfants prématurés, mort nés ou souffrant d’anémie. Pour les enfants qui ont le paludisme, la stratégie de l’Unicef, comme pour la diarrhée et les maladies respiratoires, est de sensibiliser les mères à reconnaître les symptômes le plus tôt possible afin que les enfants qui présentent une fièvre puissent bénéficier d’un traitement dans les 24 heures, et que les mères sachent qu’elles doivent se rendre sans tarder au centre de santé le plus proche. Le corollaire, bien sûr, est de s’assurer que ces centres disposent de médicaments à leur fournir.

Etats généraux de la santé

Justement, le Bénin dispose-t-il de médicaments ACT en quantité suffisante ?

Pour un pays d’Afrique de l’ouest, on peut considérer que les perspectives sont bonnes. Le Bénin vient d’être éligible à un financement de l’Initiative du président Bush contre le paludisme (PMI). La Banque mondiale apporte elle aussi un soutien important. Mais les médicaments restent chers et les besoins sont très supérieurs à ce qui est actuellement disponible dans les centres de santé. Le deuxième défi est d’avoir un personnel de santé qualifié. Le gouvernement béninois a organisé des états généraux de la santé en novembre 2007 : ces états généraux vont servir de base à une stratégie qui permettra d’atteindre les populations les plus reculées, qui sont souvent les plus pauvres. Ceci est d’autant plus important qu’il existe encore des disparités entre les départements (nord-sud) ainsi qu’entre les villes et les zones rurales.