La violence contre les enfants

Chaque jour, la violence détruit la vie de millions d'enfants sans qu'un tel drame n'éclate au grand jour. Ce phénomène caché, voire parfois toléré par les sociétés et par conséquent par les populations qui s'y développent, doit devenir « l'affaire de tous », à commencer par les Etats - signataires notamment de la Convention des droits de l'enfant - en s'engageant à prendre les mesures pour interdire toute forme de violence à l'encontre des enfants.
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La Convention des droits de l’enfant et la violence

Premier instrument de loi à traiter directement de la protection de l’enfant contre la violence, la Convention des droits de l’enfant, article 19, oblige les Etats à prendre « toutes les mesures législatives, administratives, sociales et éducatives appropriées pour protéger l’enfant conte toutes formes de violence, d’atteinte, ou de brutalités physiques ou mentales, d’abandon ou de négligence, de mauvais traitements ou d’exploitation, y compris la violence sexuelle, pendant qu’il est sous la garde de ses parents ou de l’un d’eux, de son ou ses représentants légaux ou de toute autre personne à qui il est confié ».

Le 11 octobre 2006, à deux mois du 60e anniversaire de la création de l’Unicef, le secrétaire général des Nations unies rend publique une étude complète sur la violence faite aux enfants. Il s’agit là d’un rapport global qui s’adresse autant aux nations riches qu’aux pays en développement.

Ce travail de longue haleine, lancé en 2003, et auquel ont participé les principales organisations de l’Onu, dont l’Unicef, se base sur des consultations, enquêtes, recueil de témoignages, questions aux gouvernements (136 gouvernements y ont répondu avant le 20 septembre 2006) et sur une pré-publication récente sur les violences domestiques faites aux enfants.

Le rapport 2006 indique ces lieux propices à la violence à l’encontre des enfants : en famille mais aussi dans les orphelinats, à l’école, au travail, dans leur communauté, dans la rue... sans toutefois traiter des enfants dans les conflits armés, ce « chapitre » ayant fait l’objet, rappelons-le, d’un rapport complet signé par Graça Machel il y a tout juste dix ans, en 1996.

« Aucune violence envers les enfants n’est justifiable ; toute violence envers les enfants peut être prévenue » note en substance l’étude qui dresse un état des lieux global de la violence dans le monde, statistiques et chiffres - effarants - à l’appui. Aux causes de la violence, répondent des recommandations - plus que des recettes - car, par exemple, alors que l’éducation est à même de protéger les jeunes de la violence, elle peut aussi les exposer à toutes sortes de dangers, y compris sexuels, de la part des enseignants comme des autres élèves.

Le rapport s'élève contre la tolérance de la société, voire l’impunité dont elle fait montre, face aux châtiments corporels notamment (que seuls 102 pays condamnent), et fustige aussi la banalisation de la violence à l'encontre des jeunes garçons adolescents (qui sont à la fois acteurs et victimes de la violence). Enfin, il indique clairement qu’aucune excuse ne sera désormais tolérée : les Etats se sont engagés à protéger les enfants ; il est temps de tenir les promesses par l’élaboration et l’application de stratégies nationales, de plans d’action et d’évaluations régulières.

C’est la première fois que les jeunes participent autant à l’élaboration d’une étude dont ils font l’objet ; ils sont intervenus dans les 9 consultations régionales préparatoires du rapport. Ce qu’ils attendent aujourd’hui ? Des politiques économiques fortes pour combattre la pauvreté et gommer les inégalités.

Pour cela, indique enfin le rapport, chaque pays, chaque nation doit créer un poste de rapporteur spécial chargé d’améliorer le recueil des données pour suivre et vérifier les actions destinées à « effacer » du comportement des adultes toute habitude de violence envers ceux qui ne sont pas capables de se défendre seuls : les enfants.

 

Le Conseil de l’Europe et les châtiments corporels

Le rapport de la Commission de l’Assemblée parlementaire du 4 juin 2004, portant sur des questions sociales, de la santé et de la famille, rappelait que dans les sociétés européennes, frapper un être humain était prohibé, que l’enfant était un être humain et que frapper les enfants et les humilier délibérément n’en demeurait pas moins une pratique courante admise dans la plupart des Etats membres du Conseil de l’Europe. « Il faut casser l’acceptation sociale et juridique du châtiment corporel des enfants », précisait encore la Commission en recommandant à tous les Etats membres ayant ratifié la Convention des Nations unies sur les droits de l'enfant de se conformer à la protection des enfants contre toutes formes de violence physique ou mentale de la part des adultes, comme l’exige la Convention. Cette interdiction de tous châtiments corporels à l’égard des enfants allant de pair avec des actions de sensibilisation et d’éducation du public.

En France

Le rapport sur la violence publié aujourd’hui par l’Onu est international. Il reste donc par définition très global. Si la France n’y est donc pas spécifiquement mentionnée, il faut toutefois relever qu’elle ne fait pas partie des 12 Etats européens ayant clairement interdit, par une loi, les châtiments corporels (Autriche, Belgique, Croatie, Chypre, Danemark, Finlande, Allemagne, Islande, Lettonie, Norvège, Suède, Ukraine).