Interview
Paludisme : le défi de l’accès aux traitements

Le paludisme en chiffres
- 350 à 500 millions de nouveaux cas chaque année.
- 1 million de morts par an dont 80% en Afrique subsaharienne.
- Population la plus vulnérable : les enfants de moins de cinq ans et les femmes enceintes.
- Le paludisme est à l’origine d’1 décès d’enfant sur 5.
- Toutes les 30 secondes, un enfant meurt du paludisme.
Quelle est la stratégie de l’Unicef en matière de prévention ?
L’Unicef s’inscrit dans la stratégie mondiale de prévention du paludisme. Cette stratégie met l’accent sur l’utilisation de la moustiquaire imprégnée d’insecticide, qui est considérée comme le moyen le plus efficace pour la prévention du paludisme. L’Unicef a intègré cette stratégie dans sa stratégie globale d’accélération de la survie et du développement de l’enfant (ACSD). C’est dans ce sens que l’Unicef a donné un appui aux pays en rendant disponible et en distribuant des moustiquaires imprégnées au niveau de districts pilotes : les bons résultats obtenus incitent maintenant au passage à l’échelle. Il s’agit de faire en sorte qu’au moins 80% des femmes enceintes et des enfants de tout un pays dorment sous moustiquaires. Pour y parvenir, trois conditions doivent être réunies. Premièrement : la disponibilité des moustiquaires. Le nombre de moustiquaires fournies dans le monde a plus que doublé entre 2004 et 2006, passant de 30 à 63 millions. En 2006, l’Unicef à lui seul a acheté près de 25 millions de moustiquaires, environ 40% du total mondial. Deuxièmement : convaincre les personnes de les utiliser. Au Niger, 2 millions de moustiquaires avaient été distribuées en 2006, mais une enquête a montré en 2007 que seulement 30% étaient utilisées. Il y a une sensibilisation à mener au niveau des villages si elle n’a pas déjà été faite. Troisièmement : assurer la coordination des partenaires de la lutte contre le paludisme. Pour 2008-2009, l’Unicef va se concentrer sur les pays qui n’ont pas reçu beaucoup d’assistance ces deux dernières années et surtout l’Unicef ne va pas s’investir dans l’achat des moustiquaires pour les pays qui ont déjà des partenaires qui vont le faire. Au Mali, par exemple, la Croix-Rouge Canadienne a fourni déjà beaucoup de moustiquaires : en revanche, il y a un gros travail de sensibilisation que l’Unicef a pris en charge pour l’utilisation de ces moustiquaires.
Fournir des traitements dans les postes de santé les plus reculés
Quelle est la position de l’Unicef concernant l’accès aux traitements ?
Les résistances à la chloroquine obligent à utiliser à présent des traitements à base d’artémisinine (ACT). Du côté des laboratoires, le volume de production a permis d’en faire baisser le prix, et d’autre part les financements délivrés par le Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme rendent ces traitements un peu plus accessibles. Mais ils restent trop coûteux pour les ministères de la santé. Il existe par exemple un test de diagnostic rapide qui, au prix actuel, ne peut être utilisé dans tous les cas de fièvre soupçonnés de relever du paludisme. Par conséquent, les négociations se poursuivent. L’Unicef plaide pour un approvisionnement massif des médicaments ACT au niveau des hôpitaux de districts, bien sûr, mais aussi dans les postes de santé décentralisés, plus proches des populations touchées, pour que chaque mère puisse y emmener son bébé dès les premiers symptômes. L’Unicef est prêt à apporter son appui logistique pour cette distribution. En effet la fourniture de médicaments sur tout un pays est susceptible de poser de multiples problèmes pratiques. Par exemple, ces médicaments antipaludiques se périment au bout de deux ans : les gouvernements ont donc besoin de savoir quantifier leurs besoins pour ne rien stocker au-delà de la péremption.
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Pour comprendre l'enjeu des traitements ACT. Même si le paludisme fait l’objet de plus en plus d’attention, il n’a pas été éradiqué quand les conditions semblaient réunies pour y mettre fin dans les années 1950. Bien au contraire : on observe une recrudescence depuis les années 90, avec même des résistances aux premiers traitements. Dans la majorité des pays, la chloroquine n’est plus un médicament efficace, il faut avoir recours à l’artémisinine, que l'OMS recommande aujourd'hui. L’accès de populations pauvres aux traitements contre le paludisme est un enjeu international auquel le Fonds mondial, des fondations privées, des partenaires publics et privés essaient d’apporter des réponses. La baisse des coûts est un premier défi. L'acheminement en est un deuxième : 80% des enfants de moins de cinq ans qui meurent du paludisme sont dans les régions rurales. Le défi aujourd’hui concerne donc tout le système d’accompagnement du médicament, en direction de ces enfants, mais aussi des personnes âgées et des femmes enceintes.
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