Enfance en France

Pauvreté des enfants : les collectivités s'engagent avec l'UNICEF

Les débats de la 10e Rencontre des Collectivités amies des enfants, organisée par l'UNICEF le 27 mars à Paris, se sont concentrés sur le combat contre l'exclusion et la pauvreté des enfants. Un vaste chantier qui nécessite l'implication de tous. Retour sur une journée d'échanges, et interview-vidéo de la Ministre Marie-Arlette Carlotti, déléguée aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion.
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Les exemples de Besançon et Nice

 
Les collectivités amies des enfants, ce sont des actions concrètes. Parmi les nombreux exemples déclinés au cours de la rencontre nationale du 27 mars, la ville de Besançon a présenté sa crèche collective des Clairs-Soleils. Depuis deux ans, le bâtiment spécialement imaginé pour le dispositif accueille 6 enfants polyhandicapés parmi 20 autres petits camarades. Tout le monde vit ainsi ensemble au quotidien, évitant l'exclusion et l'isolement dès le plus jeune âge. 
 
À Nice, on développe depuis 2008 une politique efficace d'accueil des enfants et familles vulnérables (monoparentales, au chômage, etc.) avec pour objectif d'apporter une réponse adaptée aux situations des familles, sans les stigmatiser. Comment ? Grâce à des places en crèche réservées pour les enfants dont les parents sont en réinsertion, des chèques pour régler les frais d'accueil, un « accueil à la demande » pour les familles victimes d'impératifs urgents et imprévisibles, etc.  
« La défense des droits de l'enfant n'est pas réservée aux pays lointains. La lutte contre l'exclusion commence dans nos départements, nos villes, au plus près de nous ». Sous les lambris de l'Hôtel de ville de Paris, Romain Levy, l'adjoint au maire de la capitale chargé de la protection de l'enfance, résume avec justesse la raison d'être des Collectivités amies des enfants. Le dispositif, créé par l'UNICEF, réunit aujourd'hui 231 villes et quatre départements de France avec un objectif : améliorer la vie quotidienne des enfants tout en développant l'écoute de leur parole et leur participation directe dans les actions entreprises. 
 

Une étude nationale pour mieux connaître la réalité

Forte de ce réseau unique, terreau d'innovation sociale, la présidente de l'UNICEF France, Michèle Barzach, rappelle que « l'UNICEF fait de l'équité une priorité, dans le monde comme en France. La crise économique et sociale fait payer un très lourd tribut aux enfants, aux jeunes et à leurs familles. Cela nous incite à redoubler d'efforts dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion. La convention internationale de l'enfant nous guide en ces termes. » Sans oublier le formidable outil que constitue la grande consultation nationale des 6-18 ans lancée par l'UNICEF et les 100 000 réponses au questionnaire ouvert à tous, attendues pour le 20 novembre. Cette enquête à grande échelle permettra à notre organisation de saisir « la réalité de l'exercice des droits de l'enfant en France », résume Michèle Barzach. Et de mieux les défendre.  
 

La ministre Carlotti salue le travail de l'UNICEF

« La pauvreté des enfants nous est particulièrement insupportable, abonde Marie-Arlette Carlotti, ministre déléguée aux personnes handicapées et à la lutte contre l'exclusion. La France est une grande puissance où un enfant sur cinq est pauvre : c'est inacceptable. Nous avons l'obligation morale d'agir. » Et la ministre d'évoquer le plan pluriannuel contre la pauvreté et pour l'inclusion sociale, l'amélioration prévue de l'accès aux soins médicaux des enfants les plus démunis, la cantine scolaire pour tous et la réorientation des prestations sociales vers les familles qui en ont le plus besoin. 
 
« Toutes nos propositions se font dans l'intérêt de l'enfant », résume Marie-Arlette Carlotti, qui insiste sur le rôle de l'UNICEF dans la défense des enfants : « Je salue l'engagement sans faille de l'UNICEF en France et dans le monde. Et je rappelle les contributions de grande qualité de l'organisation lors de la conférence nationale contre la pauvreté ou au moment de son Manifeste pour l'enfance dont je partage les orientations. » 
 
Le dispositif des Collectivités amies des enfants a également marqué la ministre : « Sans collectivités territoriales, l'action de l'Etat resterait très limitée dans la lutte contre la pauvreté et l'exclusion. Et le réseau des Collectivités amies des enfants est une très belle manière de mettre en avant le travail effectué par celles-ci en direction de l'enfance. C'est tous ensemble que l'on pourra gagner »

Combattre le délitement du lien social

 

Sur la même longueur d'onde, Dominique Versini, co-fondatrice du Samu social de Paris, défenseure des enfants entre 2006 et 2011, identifie une cause majeure dans la pauvreté des enfants d'aujourd'hui : le télescopage de deux crises, « la crise du lien social et la crise économique. » Pour l'ex-secrétaire d'Etat en charge de la lutte contre la précarité et l'exclusion, cette corrélation rend la situation « extrêmement grave. Il y a urgence à mobiliser les acteurs qui interviennent auprès de ces enfants. » Car même si la crise économique devait se résorber, « il restera la crise du lien social, qui fait basculer les familles et les enfants de la vulnérabilité à la désocialisation »
 
Dans ce contexte, les priorités d'actions sont nombreuses, à commencer par le logement. Un vrai toit permet d'assurer le premier droit des enfants identifié par Dominique Versini, celui de « grandir et de s'épanouir en famille ». Car être confiné dans un centre d'hébergement ou une chambre d'hôtel, « ce n'est pas une vie pour les enfants. C'est de la survie, qui en plus coûte très cher à la collectivité ». Alors, « il faut construire du logement social »
 

Autre problème pour les familles les plus modestes, le manque de crèches. Sans espaces d'accueil pour les enfants, impossible d'envisager un emploi pour les familles monoparentales. « Cela coûte cher, mais il faut faire l'effort », martèle Dominique Versini. Enfin, l'accès à la santé est également problématique : « Le droit à la santé est vraiment menacé. Pour les enfants pauvres, il n'y a pas de prévention, pas d'après-soins. L'obésité se développe, les problème dentaires, de vue, les problèmes psychiques aussi. C'est un système de médecine à deux vitesses qui s'instaure. » Pour les villes et départements amis des enfants de l'UNICEF, les défis ne manquent pas. 

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