Interview
Sri Lanka : sauver les enfants survivants du conflit

Quelles sont les conséquences humanitaires de la victoire militaire de l’armée gouvernementale sur les forces des Tigres de libération de l'Eelam tamoul (LTTE) ?
Il restait une dernière poche, où les combats étaient intenses et dans laquelle on estimait que 50 000 civils étaient retenus. On sait aujourd’hui qu’il y avait finalement 80 000 personnes. Nous n’avons toujours pas accès à cette zone. Nous ne savons pas combien il y a de victimes, il y a probablement eu ces derniers mois des milliers de morts, dont des centaines d’enfants. Quoi qu’il en soit, les survivants rejoignent maintenant les camps de déplacés. 20 000 d’entre eux ont déjà rejoint les camps de Vavuniya. Les autres devraient arriver bientôt, ce qui devrait faire grimper à 280 000 le nombre de personnes déplacées : ce chiffre aura quadruplé en quelques semaines, ce qui crée une énorme pression sur les infrastructures mises en place récemment dans les camps et nécessite une assistance humanitaire d’urgence.
Dans une telle situation, y a-t-il des secours prioritaires ?
L’eau, la santé, la nutrition, et dans une certaine mesure l’assainissement sont des questions de vie ou de mort. Nous sommes donc extrêmement mobilisés sur les infrastructures, latrines ou moyens de stockage et de distribution de l’eau, qui sont actuellement saturés. Nous mettons également en place un programme d’assistance nutritionnelle pour un très grand nombre d’enfants, comprenant un volet de prise en charge thérapeutique ainsi qu’un volet de supplémentation alimentaire. Mais l’assistance apportée aux enfants concerne aussi des programmes d’éducation et de protection. Des espaces éducatifs temporaires fonctionnent, essentiellement avec des enseignants qui sont eux-mêmes des personnes déplacées, formés par l’Unicef au soutien psychosocial. Ces espaces permettent aux enfants de recevoir une instruction et de retrouver en même temps une forme de normalité, précieuse dans le contexte très perturbé qu’ils ont traversé. L’Unicef soutient aussi l’identification et la réunification familiale des enfants séparés ou non accompagnés.
Pensez-vous déjà au retour des personnes déplacées vers leurs villages ?
Oui nous y pensons, même si ce n’est malheureusement pas encore d’actualité pour les camps de Vavuniya. Depuis l’an dernier, c’est le cas pour ceux de la province Est. Le rôle de l’Unicef est d’accompagner la réinstallation des communautés, en assurant l’instauration ou le rétablissement d’infrastructures d’eau et d’assainissement, d’écoles, de centres de santé, etc.
Y a-t-il des secours particuliers apportés aux enfants soldats démobilisés ?
Depuis décembre dernier, avec l’appui de l’Unicef, le gouvernement du Sri Lanka renforce le cadre légal de protection des enfants soldats. Les enfants libérés sont couverts par ce processus de protection, de prise en charge et de réhabilitation. Nous avons inauguré un centre d’accueil modèle il y a tout juste un an qui reçoit des enfants du TMVP et du LTTE. A l’issue des récents événements, des dizaines d’enfants ont été identifiés et pris en charge dans ce centre.
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