Interview

Un signe que les choses commencent à changer

Questions à Edward Carwardine, porte-parole de l'Unicef en Haïti, sur le retour progressif à l'école et sur le sens de la normalité que cela procure aux enfants.

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Publié le vendredi 09 avril 2010
Modifié le vendredi 09 avril 2010
Un signe que les choses commencent à changer
Une fillette en classe avec des fournitures Unicef.
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Qui sont les enfants qui sont rentrés à l’école lundi 5 avril ?
Cette semaine a correspondu à la date officielle du retour progressif à l’école, à Port-au-Prince. La plupart des écoles ont été affectées par le séisme, qu’elles aient été détruites ou endommagées, ou bien que les parents aient dû faire face à des difficultés pour envoyer leurs enfants dans les bâtiments encore debout. Par conséquent, cette annonce de retour à l’école était très attendue par les enfants dans la capitale.

Dans quel genre de classes sont-ils accueillis ?
La plupart du temps, ce sont des tentes scolaires. L’Unicef a fourni 3000 tentes qui sont progressivement installées autour de la ville. D’autres organisations en fournissent également. Sur certains sites, les parents aident à la construction de classes temporaires. La reconstruction d’écoles définitives est un objectif de plus long terme.

L’Unicef a-t-il formé des enseignants ?

Il y a eu une formation rapide à l’utilisation du matériel scolaire temporaire et au programme spécifique d’alphabétisation et de calcul qui doit être enseigné aux enfants dans les trois mois. Les enseignants ont aussi été formés pour que les enfants puissent acquérir des règles de vie quotidienne relatives à la santé et à l'hygiène (règles indispensables avec la saison des pluies) et des règles de comportements à adopter en situation de crise. Enfin, les enseignants ont reçu une formation au soutien psychosocial de leurs élèves.

En quoi ce soutien consiste-t-il ?
Parfois, le retour à l’école suffit aux enfants pour se remettre de l’expérience qu’ils ont subie. Les contacts sociaux, après des mois passés à vivre dans des conditions difficiles, sont importants pour eux. Pour faciliter ce rétablissement, les enseignants ont reçu des conseils pour aider les élèves à surmonter leurs peurs.

Y a-t-il eu une campagne menée auprès des familles ou des communautés pour promouvoir ce retour à l’école ?
Ce n’était pas vraiment nécessaire. Même avant le séisme, les familles étaient hautement convaincues des bienfaits de l’école : c’était la pauvreté qui empêchait beaucoup d’entre elles d’envoyer leurs enfants en classe. Pour cette semaine, le gouvernement a seulement annoncé le retour à l’école à la radio et via une campagne d’affichage sur les sites accueillant des classes.

Etes-vous parvenu à atteindre les enfants qui n’étaient pas scolarisés avant le séisme ?

Il est trop tôt pour savoir combien d’enfants n’ayant jamais connu l’école prennent aujourd’hui le chemin de la classe. Les chiffres sur la scolarisation avant le séisme ont été perdus dans la catastrophe, et il faudra du temps pour faire une évaluation précise de la situation. Mais l’Unicef soutient un vaste mouvement de scolarisation, avec un objectif de long terme visant à l’augmentation du faible taux actuel, et ce en améliorant les programmes et en réfléchissant aux moyens de combattre ce qui peut freiner l’entrée en classe, comme les frais de scolarité ou l’obligation de l’uniforme scolaire.

Quelles seront les prochaines étapes en matière d’éducation ?

L’année scolaire débute en septembre. Le travail dans les prochains mois va consister à établir de nouveaux sites pour faire la classe, en nettoyant les décombres (de nombreux sites ne peuvent même pas accueillir de tentes à cause des ruines des bâtiments). L’Unicef discute aussi, avec le gouvernement et les autres partenaires, de la forme que prendront les écoles à reconstruire : c’est une réflexion qui s’inscrit dans l’initiative globale visant à améliorer les programmes scolaires, à augmenter le taux de scolarisation et à trouver des solutions d’enseignement accéléré pour les enfants qui ont été longtemps déscolarisés.

Pourquoi est-il important pour les enfants de reprendre l’école après une catastrophe telle que celle-ci ?
L’école est un lieu de socialisation pour les enfants. Elle leur permet de renouer des liens avec des amis et de partager leur vécu. Les enseignants sont souvent les adultes qui sont le plus proche d’eux après leurs parents : le soutien que les enseignants peuvent apporter aux enfants – et inversement – est décisif après un drame comme celui-là. D’autre part, l’école apporte un rythme quotidien qui peut aider les enfants à retrouver un sens de la normalité, surtout chez ceux qui ont perdu leur maison, des membres de leur famille... Voir les enfants prendre le chemin de l’école, enfin, est un symbole positif pour les Haïtiens, malgré les défis qui restent à relever : c’est aux yeux de tous un signe que les choses commencent à changer.

3 commentaires

anonyme159769

Des dons mais une situation à Haiti qui n'évolue pas

Bonjour

Je veux croire à la motivation de l'UNICEF et des bénévoles. Et des organisations homologues comme la croix rouge. Des milliards ont été donnés. Pourtant, les actualités l'ont montré récemment, la situation à Haiti n'évolue pas. La population vit dans la rue, sous la tente, depuis des mois. Pour combien de temps encore ? Ou est passé l'argent ? Et à quoi bon donner dans ce panier percé puisque, in fine, l'argent n'arrive pas à ceux à qui il est destiné. Et que faire d'autre pour les aider vraiment.

J'aime le commentaire positif qui précède le mien, qui l'est beaucoup moins. Mais ces questions la, je les ai et ne suis peut etre pas le seul.

Redactrice Web

Les défis à relever en Haïti sont immenses...

Bonjour,
Merci de votre message. Votre réaction est tout à fait légitime. La situation en Haïti, revenue sur le devant de la scène via les médias suite à l'épidémie de choléra, est en effet loin d'être résolue, malgré la mobilisation du public et le travail des différents acteurs de l'aide humanitaire.

Les défis que doit relever l’Unicef en Haïti sont immenses. Avant le séisme déjà, la situation était très compliquée : environ 1 enfant sur 5 n’avait pas accès à une source d’eau potable, et plus d’1 enfant sur 4 n’avait pas accès à des installations sanitaires.
L’Unicef tente de répondre à l’urgence non seulement dans les zones affectées par le séisme ou par le choléra, mais aussi dans les zones où les populations se sont déplacées. Mais malgré tous les efforts qui sont faits, il est très difficile de répondre à tous les besoins.

Depuis le séisme, la reconstruction des logements est difficile à mettre en œuvre. En effet, le déblayage des bâtiments détruits n’a pas encore été réalisé. Ce qui complique considérablement le travail de l’Unicef : de part son mandat, ni le déblayage ni la reconstruction des logements ne sont du ressort de l’Unicef. La mission de l’Unicef consiste surtout à prendre directement en charge les enfants et les populations affectés par le séisme d’une part, et par le choléra, d’autre part.

L’Unicef international, avait évalué à 350 millions de dollars (248,5 millions d'euros) le montant total des financements à apporter au cours des deux prochaines années pour couvrir son action humanitaire et ses programmes liés à la reconstruction.
A ce jour, le bureau de l’Unicef Haïti a reçu 289 millions de dollars, suite à l’appel aux dons qui avait été lancé pour la reconstruction du pays pour 2010-2011. Cette somme a été répartie entre plusieurs secteurs d’intervention : les programmes, les réponses d’urgence à l’éducation, la santé, la nutrition, les différents secteurs d’intervention, la coordination humanitaire, la protection de l’enfance, l’assainissement et l’hygiène.

Pour tout savoir sur la manière dont l’Unicef a utilisé l’argent qui a été envoyé, c’est ici :http://www.unicef.fr/contenu/actualite-humanitaire-unicef/haiti-les-etapes-franchies-les-defis-relever-2010-07-12.

En espérant avoir répondu à vos interrogations,
Bien à vous,
Unicef France

Tho

action de chaque jour

nous devons tous travailler sans jamais cesser de penser a HAÏTI.
Cela est indispensable dans tous les domaines d'activité.
Ainsi chaque action de notre vie apportera que du positif.
Car en s'améliorant on ne peu qu'améliorer les échanges pour tout et tous.
Merci.