12 semaines de conflit, une situation « profondément alarmante » pour les enfants du Tigré

Publié le 27 janvier 2021

Déclaration de la directrice générale d’UNICEF, Henrietta Fore, sur la situation humanitaire au Tigré, en Éthiopie

New York, le 27 janvier 2021 – « Le peu que nous savons de l'impact du conflit sur les enfants du Tigré - d'après les rapports de nos partenaires et les évaluations des Nations unies - est profondément préoccupant.

Dans tout le Tigré, les vaccinations ont été interrompues. Les infrastructures civiles, y compris les établissements de santé, ont été endommagées ou détruites, et les ressources essentielles ont été pillées. Il y a peu de carburant pour faire fonctionner les systèmes d'eau et d'assainissement. Dans la plupart des régions d'Éthiopie, les enfants sont retournés à l'école suite aux restrictions imposées par la COVID-19 - mais pas les 1,3 million d'enfants du Tigré en âge d’être scolarisés. On signale 300 enfants non accompagnés ou séparés parmi les réfugiés qui ont fui au Soudan, et potentiellement beaucoup plus parmi les milliers de personnes déplacées à l'intérieur du pays.

Une évaluation menée par des partenaires début janvier dans la région du Shire a montré des taux de malnutrition aiguë sévère allant jusqu'à 10 % chez les enfants de moins de cinq ans. Ce taux est bien supérieur au seuil d'urgence de 3 % fixé par l'OMS et pourrait potentiellement mettre en danger la vie de 70 000 enfants.  Le taux de malnutrition aiguë globale a atteint 34 %, ce qui fait craindre que les enfants touchés puissent éventuellement basculer dans une malnutrition mortelle.

Un pas dans la bonne direction

En raison des restrictions d'accès, notre connaissance de la situation est encore très limitée. Notre inquiétude est que ce que nous ne savons pas pourrait être encore plus inquiétant. Depuis 12 semaines, la communauté humanitaire internationale a un accès très limité aux populations touchées par le conflit dans la plus grande partie du Tigré. L'ouverture, petite mais cruciale, qui a permis à UNICEF et à ses partenaires d'envoyer 29 camions remplis de fournitures d'urgence en matière de nutrition, de santé et de protection de l'enfance a été un pas dans la bonne direction, mais loin du niveau d'accès et de l'ampleur du soutien qui sont réellement nécessaires.

Au-delà de la livraison de fournitures, le rétablissement des services essentiels est crucial. Pour cela, il faut payer les salaires des fonctionnaires et accorder l'accès au personnel humanitaire afin d'aider les autorités régionales à évaluer les besoins croissants, à identifier les priorités et à fournir les services indispensables.

Toutes les parties au conflit ont l'obligation fondamentale de permettre un accès rapide, sans entrave et durable aux civils qui ont besoin d'aide. Les acteurs humanitaires ont besoin d'autorisations illimitées et inconditionnelles pour faire entrer du personnel et du matériel.

La seule chose que nous savons, c'est que chaque jour supplémentaire d'attente d'aide ne fera qu'aggraver les souffrances des enfants. »