3 questions à Daniel Toole, directeur des programmes d'Urgence UNICEF

Publié le 02 février 2005 | Modifié le 24 juin 2015

«Dans plusieurs endroits de la planète, il y a un « tsunami » par an», Daniel Toole.

Tout le monde est encore sous le choc de la catastrophe en Asie du Sud. On fait état aujourd’hui de 280 000 morts. L’UNICEF a pourtant décidé de parler de 33 autres urgences dans le monde. Cela veut dire qu’il existe des situations encore plus dramatiques qu’en Asie du Sud ?

La tragédie en Asie du Sud a bouleversé le monde entier par sa gravité comme par la solidarité qu’elle a suscité. Jamais dans l’histoire de l’UNICEF nous n’avions pu récolter près de 300 millions de dollars en un mois. Cette générosité sans précédent est une indication de ce que l’humanité peut réaliser lorsqu’elle se mobilise. Aujourd’hui, nous souhaitons parler d’autres pays qui ont besoin de notre soutien. Il faut savoir qu’en Afghanistan et en République démocratique du Congo, il y a un « tsunami » par an. Plus de 280 000 personnes meurent chaque année dans ces pays.

Dans plusieurs endroits de la planète, l’urgence est quotidienne. Les conflits armés durent depuis des années, voire des décennies. Des milliers d’enfants en sont les premières victimes : il ne faut pas l’oublier. En Ouganda par exemple, où seulement un tiers du pays est en situation de conflit, on parle des petits « migrants de la nuit » : ces milliers d’enfants qui fuient leur village chaque nuit, pour aller se réfugier dans les écoles ou les églises et ainsi échapper aux rafles de l’Armée de Résistance du Seigneur.

La couverture médiatique incroyable dont a bénéficié l’urgence en Asie du Sud n’a-t-elle pas détourné l’attention des 33 autres « urgence silencieuses » à travers le monde?

Pour sensibiliser les populations aux urgences, le rôle des médias est essentiel. Notre rôle, à nous, est d’essayer de garder le soutien qu’ils nous apportent et de le diriger vers d’autres urgences. Les médias informent l’opinion de ce qui se passe dans le monde. Le Darfour et le tsunami sont les deux urgences pour lesquelles la réponse populaire a été plus forte et plus rapide que la réponse gouvernementale. Et cela, c’est grâce aux médias. Ce sont eux qui nous aident à protéger les droits de l’enfants.

A travers l’éclairage des médias, les populations se rendent compte qu’il est inacceptable que de nombreux enfants ne mangent pas à leur faim, ou soient enrôlés dans des groupes armés. Aujourd’hui, près d’un tiers des financements de l’UNICEF proviennent de particuliers. Nous sommes tout à fait conscients de notre devoir d’informer les donateurs sur les actions entreprises grâce à leur engagement solidaire.

Dans les 33 pays en situation d’urgence dont le rapport Action humanitaire 2005 fait état, l’UNICEF est présent avant, pendant et après la crise. C’est une donnée importante ?

Le fait que nos équipes soient sur place depuis plusieurs années nous permet de nouer des relations privilégiées avec nos partenaires au niveau local, ainsi qu’avec les gouvernements. Par exemple, nous sommes présents au Sri Lanka depuis près de 40 ans. Chaque année, nous renforçons nos liens avec le gouvernement. Il sait que nous n’allons pas disparaître, et que lorsque nous entamons un programme de soutien pour les écoles, nous le menons jusqu’au bout. En outre, la période de transition entre l’urgence et la reconstruction est fondamentale : si les écoles et les services de santé ne réouvrent pas, si les populations ne retrouvent pas un emploi, les risques de reprise de la violence et du conflit sont immenses. Les pays ne peuvent être dépendants de l’aide humanitaire indéfiniment. C’est pour cela que nous entretenons une relation de partenariat, et non d’assistance, avec les gouvernements. De manière à ce que les Etats réaffirment leur rôle progressivement.

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