"A Abidjan, la vie reprend peu à peu"

Publié le 20 avril 2011 | Modifié le 31 mars 2016

Après l’arrestation de Laurent Gbagbo, le 11 avril dernier, Abidjan connaît un retour au calme progressif. En contact avec le gouvernement mis en place par Alassane Ouattara, l’Unicef peut à nouveau apporter l’assistance nécessaire à l’intérieur de la capitale économique ivoirienne, où la population a cruellement souffert des combats pendant plusieurs semaines. Le point avec Hervé de Lys, le Représentant de l’Unicef en Côte d’Ivoire.

 

 

 

Quelques jours après l’arrestation de Laurent Gbagbo, quelle est la situation à Abidjan ?

 

On a observé deux phases ces dernières semaines. Au moment où les combats entre les pro-Gbagbo et les pro-Ouattara étaient au plus fort, il y a eu 10 jours où l’aide humanitaire ne rentrait plus du tout dans Abidjan. Depuis la chute de Laurent Gbagbo, la sécurité a été remise en place et on a pu de nouveau distribuer des kits d’hygiène, des kits médicaux, des kits pour enfants, etc.

Le 16 avril, un avion cargo a atterri à Abidjan. Nous avons aussi reçu la liste des centres où les personnes qui se sont déplacées dans la ville ont été recueillies, ainsi que la liste des personnes à qui il faut distribuer des kits médicaux en priorité. Aujourd’hui, la mise en place de la réponse d’urgence à Abidjan est complètement en œuvre. En moins d’une semaine, le gouvernement a pris les choses en main, aussi bien au niveau de la santé que de l’eau et de l’assainissement.

Depuis quelques jours, le personnel des autres agences onusiennes est de retour à Abidjan. Pour certaines d’entre elles, il faut organiser un réapprovisionnement total. Heureusement, les entrepôts de l’Unicef sont restés intacts. Pendant un moment, on a eu des containers bloqués au port de la ville, mais ce n’est plus le cas aujourd’hui.

Les entreprises rouvrent peu à peu, les marchés se réapprovisionnent, la vie reprend petit à petit. On sent qu’il y a un besoin de revenir à une vie normale. Le gouvernement a pris la décision de promouvoir la gratuité des soins pour toute la population, pendant un temps donné. On sent qu’il y a une volonté de la communauté internationale de remettre la Côte d’Ivoire sur les rails.

 

Quels sont les principaux enjeux auxquels l’Unicef doit faire face désormais ?

Le contexte global est très délicat, car la violence des combats a affecté beaucoup d’enfants à Abidjan. De manière générale aujourd’hui, il faut enquêter sur les personnes qui se sont déplacées : où se trouvent-elles ? Quels sont les besoins urgents des enfants ? Nous nous rendons auprès des enfants traumatisés, pris en charge dans les centres, beaucoup ont été séparés de leurs parents. L’Unicef prévoit également d’intégrer des psychologues dans les écoles, dès qu’elles réouvriront, pour que les enfants puissent se confier à quelqu’un lorsqu’ils en auront besoin.

Et justement, remettre l’école en route, est l’une de nos priorités. Même si pour l’instant, il n’y a pas eu d’instruction pour la reprise de l’école à Abidjan, nous avons espoir de remettre tous les enfants à l’école prochainement. Dans le nord, la reprise de l’école est déjà en cours depuis quelques semaines. À l’ouest, beaucoup d’écoles ont été détruites ou endommagées, il faut donc les réhabiliter au plus vite. Et dans le sud, à Abidjan y compris, on n’a pas encore fait l’état des lieux des écoles. Il faut donc réaménager celles qui ont été le plus touchées par la crise. C’est sûr que cette année ne sera pas une année « normale » sur le plan de la scolarité. En espérant que l’école reprenne rapidement à Abidjan, je pense qu’il faudra reculer l’année à fin juillet début août, au lieu de fin juin. Les enfants de Côte d’Ivoire ont besoin de reprendre une vie normale. Et c’est possible si tout le monde se mobilise.

Enfin, le défi est immense en ce qui concerne l’eau et l’assainissement. Depuis peu, une équipe onusienne commence les évaluations dans ce secteur et l’Unicef est en contact avec la société ivoirienne qui s’en occupe. Mais il faut faire face à de nombreux obstacles. Par exemple, jusqu’à présent les entrepôts où sont stockés les produits de traitement de l’eau étaient fermés. Il faut donc trouver une solution pour les rouvrir et accéder à ces produits.

 

Où en est l’Unicef en matière de financements pour répondre à l’urgence ?

On avait demandé 22 millions d’euros et à ce jour, on en a reçu 10 millions d’euros. Il faut vite que l’on reçoive les autres fonds, car il y a beaucoup à faire, aussi bien en termes de protection, d’eau et assainissement, de nutrition et d’éducation. La Côte d’Ivoire sort de 10 ans de crise, et pendant toute cette période, il y a eu très peu d’investissements dans le pays. Il faut tout relancer.