Achta, 2 ans, 5 kg

Publié le 02 juin 2010 | Modifié le 31 mars 2016

Au Tchad, de nombreux enfants continuent de souffrir de la malnutrition. C’est le cas de la petite Achta, prise en charge au Centre de nutrition de Moussoro.

Quelques femmes attendent sur un banc de bois, leurs enfants enfouis dans leurs voiles. Parmi elles, Radié, 22 ans, tient sa fille, Achta, contre son ventre. C’est la première fois que la fillette vient au Centre de Nutrition Ambulatoire de Moussoro. C’est même la première fois qu’elle vient en ville : Achta est une fille de nomades.

Achta, 2 ans, est malade depuis 3 mois. Ses parents ont d’abord tenté la médecine traditionnelle : du beurre fondu pour fluidifier les sécrétions pulmonaires. Mais l’état d’Achta s’est détérioré, la petite a perdu du poids. Hier, Radié et son mari ont décidé d’aller chercher de l’aide à Moussoro, à une vingtaine de kilomètres de chez eux. 

Radié était malade quand elle a accouché d’Achta. La fillette est née avec un très petit poids, comme de nombreux enfants au Tchad. La mère n’a pas eu de lait pour allaiter son bébé, qui s’est donc nourrie de lait de chèvre.

 

Dans le rouge…

C’est au tour d’Achta d’être examinée. On mesure la circonférence de son avant-bras : Achta est dans la zone rouge, avec seulement 9 cm. A peine la taille d’un goulot de bouteille. Sa malnutrition sévère est confirmée quand l’aiguille de la balance s’arrête sur 5 kg, pour une taille de 68 cm. Son rapport poids-taille est inférieur à 60%, en dessous du seuil de 70% qui est celui de la malnutrition sévère. Alexis, l’infirmier qui dirige le centre, écoute la respiration sifflante de la fillette : elle souffre d’une infection respiratoire.

Achta doit être référée au centre thérapeutique installé dans l’hôpital de Moussoro. Alexis prononce le mot « hôpital » et Radié frissonne. Elle a déjà perdu un enfant, décédé à l’hôpital à onze mois. L’enfant souffrait de diarrhées et de malnutrition mais il fallait payer le traitement et la famille n’avait pas les moyens.

Radié ne sait pas comment prendre la mauvaise nouvelle : elle est enceinte, et elle doit rentrer pour accoucher. Il faudra s’organiser pour que la fillette puisse rester  à l’hôpital pendant au moins une semaine. Car il faudra du temps pour qu’Achta guérisse. « La maladie arrive à cheval et repart à pied », commente doctement Alexis.

Demain, il sera temps de trouver des solutions. Pour l’instant, les parents quittent le centre de santé et remontent l’avenue sablonneuse qui mène à l’hôpital où le docteur Gustave, le médecin-chef, reçoit les enfants malnutris. Il prélève un échantillon du sang de la fillette et rédige une prescription. Achta a une chance de survivre, maintenant.

 

Pour en savoir plus

 

102 000 enfants comme Achta

Avec des taux supérieurs aux seuils d’alerte depuis une décennie, la malnutrition est un problème de santé majeur au Tchad. Chaque année, entre mai et août, les stocks de la récolte précédente sont vides et la nourriture manque dans les foyers.

Mais cette année est pire encore : le Tchad est durement frappé par la crise alimentaire, et la majorité des Tchadiens avaient épuisé leurs stocks 2 mois plus tôt que d’ordinaire. L’Unicef estime que 50 000 enfants sévèrement malnutris auront besoin de soins vitaux en 2010 dans la bande sahélienne et 102 000 sur l’ensemble du Tchad.

Depuis avril 2009, avec le soutien de l’Unicef qui fournit les aliments thérapeutiques, 42 centres nutritionnels ambulatoires sont déjà opérationnels dans la bande sahélienne. Dans une situation de crise telle que celle attendue cette année, cette assistance donne quelque espoir de mieux combattre la malnutrition.

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