Afrique de l'Ouest et du Centre : 4 millions d'enfants orphelins à cause du sida

Publié le 05 juin 2005 | Modifié le 06 juillet 2015

Interview d'Eric Mercier, responsable UNICEF du programme Sida pour l'Afrique de l'Ouest et du Centre.

 Combien y a-t-il d’orphelins du sida en Afrique de l’Ouest et du Centre ?
Sur les 20 millions d’orphelins que compte la région, on estime que 4 millions sont orphelins à cause du sida. Il y a toujours eu des orphelins, et les sociétés, à travers les siècles, ont toujours su les prendre en charge. Le problème devient préoccupant lorsque le pourcentage d’orphelins au sein de la population infantile devient trop élevé. Pour ces enfants, il existe deux filets de sécurité. Le premier est la famille élargie, et lorsque celle-ci ne peut plus accueillir d’enfants, c’est la communauté qui les prend en charge. Quand le deuxième filet de sécurité disparaît, les enfants se retrouvent dans la rue ou seuls dans le foyer. Les programmes d’aide aux orphelins du sida doivent prendre en compte ces paramètres et s’appuyer sur les structures existantes, aider les communautés à s’occuper de ces enfants. Il existe d’autres stratégies : il faut définir dans chaque pays une politique et des lois qui vont permettre de faciliter la prise en charge des enfants orphelins et de s’assurer qu’ils aient accès aux services de santé. Un dernier volet consiste à ne pas créer d’orphelins en maintenant les parents en vie, par la mise sous traitement ARV.

Quelle est l’action de l’UNICEF concernant les orphelins à cause du sida ?
Il faut déjà prendre en compte le fait que l’expression « orphelins du sida » a déjà une connotation stigmatisante. La tendance nationale, dans les pays affectés, c’est une approche caritative : on se dit qu’un enfant orphelin a besoin de vêtements, d’être vacciné.. Mais ce n’est pas parce qu’on lui donne une paire de chaussures ou un repas qu’on va l’aider. Il a aussi d’autres besoins : besoin d’un référent auquel il puisse parler, qui va le stimuler. Le programme UNICEF comporte tout un volet de soutien psychologique aux orphelins, et nous nous employons à encourager la capacité des services sociaux des pays affectés à relever de tels défis. Il est important de mettre en place un environnement qui va rassurer, aider ces jeunes, et encourager les pratiques de prévention du risque.
 

Peut-on parler aujourd’hui d’un visage féminin de la pandémie en Afrique ?
En Afrique, on assiste à une féminisation de la pandémie qui ne se voit pas sur d’autres continent. 60% des personnes infectées par le virus sont des femmes. Derrière ce chiffre se cachent des situations dramatiques. Si vous regardez les jeunes, les filles ont plus de risque de contracter la maladie que les garçons dans la même tranche d’âge. On estime qu’il y a six fois plus de filles infectées que de jeunes hommes. Les raisons sont diverses : prématurité des relations sexuelles, capacité à négocier des rapports sexuels protégés et désirés inexistante, des organes génitaux qui sont encore trop fragiles. Pour faire face au problème, l’UNICEF a lancé des programme de prévention qui s’adressent aux jeunes garçons et aux jeunes filles. Nous les aidons à s’organiser, à développer des réseaux de jeunes, à les rendre indépendants. A Douala et Yaoundé au Cameroun, nous avons divisé les villes en quartiers, organisés en groupes de jeunes. Ceux-ci établissent une cartographie des quartiers, indiquant quels sont ceux où ils risquent le plus d’être infectés par le virus. Cela leur permet de communiquer sur le sida, d’identifier et de mieux comprendre les enjeux du sida dans leur quartier, dans leur pays. Ils acquièrent des connaissances et des compétences en interagissant les uns avec les autres. Ces jeunes forment à leur tour d’autres jeunes qui se répartissent dans un périmètre encore plus large et développent eux aussi des centres d’information sur le VIH.
 

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