Anne-Céline : de Paris à Bamako, l’humanitaire pour dépasser ses limites

Publié le 22 juin 2012 | Modifié le 31 mars 2016

Arrivée récemment au bureau de terrain de l’Unicef Mali, Anne-Céline a d’abord travaillé plusieurs années au comité français pour l’Unicef puis au Niger pour Action Contre la Faim. Aujourd’hui, elle voit combien ces expériences sont complémentaires et lui permettent d’évoluer aisément dans sa mission sur les activités de nutrition. Découvrez son parcours !

 

 

Du Niger au Mali, en passant par le Togo, la République centrafricaine, le Tchad, la Côte d’Ivoire ou encore le Mozambique, Anne-Céline a déjà une bonne expérience du terrain et à 30 ans, elle exerce un métier qui la passionne. Chargée de programmes il y encore quelques mois à l’Unicef France, Anne-Céline est aujourd’hui responsable de la gestion de l’information au sein du  groupe sectoriel ( « cluster », dans le jargon humanitaire) sur la nutrition dont l'Unicef assure la coordination au Mali.

Quand on lui demande pourquoi elle fait ce métier, la jeune femme répond du tac au tac : « L’humanitaire est un secteur qui me permet de dépasser mes limites, explique-t-elle, il y a beaucoup de challenges à relever. Mon métier me donne la possibilité de peser dans les décisions et d’avoir beaucoup de responsabilités. Par ailleurs, il me permet de voyager, de rencontrer et de travailler avec de nombreuses personnes qui viennent d’horizons très différents, ce qui demande une forte capacité d’adaptation… » On arrêtera là pour l’énumération des points positifs, mais vous l’aurez compris, Anne-Céline adore ce qu’elle fait !

 

De l’université à la réalité du terrain

 

Pour elle, tout commence sur les bancs de la fac de Nanterre Paris X où elle étudie l’ethnologie africaine et l’anthropologie. Très vite, le besoin de partir sur le terrain se fait ressentir et c’est sur un village du Togo qu’elle jette son dévolu en 2003. Bout à bout, elle y passe 9 mois. À la fin de sa mission, une bibliothèque communautaire bénéficiant à toutes les écoles du village voit le jour ! Puis, c’est tout naturellement qu’elle poursuit sa formation universitaire par un DESS de « Gestion de projet et communication humanitaire » à Lyon, une « filière spécifique mais qui touche à tout : élaboration de projet, géopolitique, psychologie, droit international, suivi et évaluation, etc.».

En 2007, diplômes en poche, Anne-Céline pose ses valises à l’Unicef France pour 4 ans, entrecoupés d’une mission de neuf mois au Niger avec Action Contre la Faim (ACF). « Le service des programmes de l’Unicef France a un rôle pivot : médiateur des relations avec les bureaux de pays Unicef, bailleur de fonds dans l’urgence et dans le cadre de projets de développement, veille humanitaire et diffusion d’informations, orientation des financements des partenaires, etc. »  En cohérence avec ses projets professionnels, Anne-Céline quitte son poste en février 2012 pour se frotter à l’urgence et prendre ses quartiers à Bamako où elle rejoint avec enthousiasme les équipes de terrain.

 

Face à l’urgence nutritionnelle au Mali

 
« Je suis arrivée à Bamako alors que le Mali était déjà rentré dans une phase d’urgence : urgence nutritionnelle et crise politique », raconte t-elle. Son rôle consiste à coordonner et diffuser l’ensemble des informations des organisations intergouvernementales, des ONG locales ou internationales et des institutions maliennes à propos de la réponse nutritionnelle, afin que chacun puisse avoir une vision globale des interventions déployées dans le pays. Au sein du « Cluster Nutrition », Anne-Céline remplit sa mission dans un souci permanent de neutralité absolue avec les différents partenaires de terrain.

En situation d’urgence, le travail sur le terrain demande persévérance et énergie, mais Anne-Céline n’en manque pas ! Pour elle, pas de « problèmes », mais plutôt des « challenges à relever », souvent les mêmes d’un pays à l’autre. Tout d’abord, réussir à coordonner les interventions des différents acteurs de terrain en vue de répondre de manière pertinente et efficiente aux besoins des populations. Ensuite, trouver les financements nécessaires pour mettre en œuvre les programmes. « Au Mali, par exemple, de nombreuses agences des Nations unies et ONG locales ou internationales sont présentes, souligne-t-elle. Mais beaucoup d’entre elles sont aujourd’hui en attente de financement pour démarrer leurs activités. » L’appel de fonds consolidé lancé en juin par les agences onusiennes estime les besoins à plus de 31 millions d’euros pour répondre à l’urgence nutritionnelle d’ici la fin de l’année 2012 au Mali. A ce jour, 14 millions ont été reçus.

Outre la réponse  à l’urgence nutritionnelle – avec un total attendu sur l’année de 175 000 enfants de moins de 5 ans souffrant de malnutrition aiguë sévère à prendre en charge, et 385 000 autres pour la malnutrition aiguë modérée – les déplacements de population et la limitation de l’accès au Nord du pays sont autant de défis aggravants auxquels la communauté humanitaire doit faire face. Plus de 157 000 Maliens sont  déplacés dans leur propre pays, et environ 180 000 autres ont trouvé refuge dans les pays frontaliers (Burkina Faso, Niger, Mauritanie, etc.), selon les derniers chiffres disponibles. S’y ajoutent les milliers de personnes qui n’ont pas pu fuir les zones Nord.  Aujourd’hui, l’accès au Nord est un vrai challenge, cependant il est possible. « Nous comptons sur les partenaires opérationnels qui y ont un accès pour répondre aux besoins des populations restées sur place », explique Anne-Céline.

 

« Travailler sur le terrain ancre dans la réalité des programmations »

 

Tous ces éléments montrent bien que la mise en œuvre de programmes d’urgence  ne peut se réduire à l’obtention de financements : « Travailler sur le terrain ancre dans la réalité des programmations, et donne à voir les contraintes, les challenges, les bonnes expériences, les réussites auxquels les acteurs humanitaires sont confrontés dans leur quotidien pour répondre aux besoins des populations. »

Le message d’Anne-Céline aux jeunes qui rêveraient de s’embarquer dans l’humanitaire ? « C’est un rêve accessible, dit-elle rassurante, mais il implique d’être responsable, travailleur, ouvert pour comprendre le milieu dans lequel on s’inscrit. Nous travaillons en faveur d’êtres humains. Par conséquent, les décisions sont pesées, mesurées, discutées, pour que les enfants et les femmes bénéficient de ce que l’on met en place…et surtout, il faut aimer l’aventure ! »

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