Au Maroc, « l’éducation reste un défi majeur »

Publié le 22 juillet 2011 | Modifié le 29 juin 2016

Pays en transition, le Maroc est encore le théâtre de grandes disparités. Particulièrement en dehors des villes et en matière d’éducation. Les événements qui ont secoué plusieurs pays arabes ces derniers mois n’ont pas pris la même forme au Maroc. Pourtant, les défis y sont immenses pour les plus vulnérables. Jean-Benoît Manhes, le Représentant adjoint du bureau de l’Unicef à Rabat, fait le point.

 

 

Quel impact ont eu les différents soulèvements qui ont secoué les pays arabes ces derniers mois, sur le Maroc ?

Le Maroc n’a pas attendu que les autres pays arabes se soulèvent pour se préoccuper de la jeunesse. Une réforme constitutionnelle a été adoptée et un conseil consultatif de la jeunesse a été créé. La mise en place d'une stratégie pour la jeunesse était en cours depuis 2009. Cependant, il faut bien avoir à l’esprit que la jeunesse qui proteste occasionnellement contre le gouvernement est la jeunesse « visible » du pays. Seulement, il y a aussi la jeunesse « invisible », celle qui vit dans les quartiers les plus pauvres, à la campagne, et qui ne se voit pas d’avenir. Si l’on veut que les jeunes participent plus à la vie du pays, il faut leur donner les bons outils. L’Unicef travaille avec ses partenaires pour que tous, même ceux qui ont quitté le système scolaire, bénéficient d'une meilleure insertion dans la société.

 

À propos des jeunes, qu’en est-il de l’accès à l’éducation aujourd’hui ?

L’éducation reste encore un défi majeur. Il reste beaucoup à faire pour que les enfants aient tous accès à une éducation de base de qualité. Actuellement, la pédagogie est parfois inadaptée et il y a trop peu de formations professionnelles. Les problèmes les plus graves demeurent l'abandon scolaire et le chômage des jeunes. Preuve que l'école ne répond pas encore aux attentes d'une société en mutation. L’Unicef aide à améliorer l’accès et la qualité de l’éducation, pour permettre à ces enfants d’avoir un meilleur bagage pour la vie. Cela passe aussi par une meilleure formation des professeurs et des directeurs d’établissements, et un renforcement du rôle des communautés.

 

Les filles bénéficient-elles du même accès à l’éducation que les garçons ?

Des efforts majeurs ont eu lieu, particulièrement au niveau de l'école primaire. L'accès y est à peu près égal entre les filles et les garçons. Mais au collège, la chute est très sensible, surtout dans le monde rural. D’après les chiffres officiels, seulement 16% des filles du milieu rural vont au collège.

 

Quels sont les principaux enjeux auxquels est confronté l’Unicef au Maroc ?

Il y a trois enjeux principaux, en plus de l'aide à la jeunesse précédemment évoquée : l’éducation, la protection et certains problèmes de santé maternelle et infantile, comme la nutrition. En matière d’éducation, le travail à accomplir reste colossal. La généralisation de l’école primaire a été rapide, mais la qualité n’a pas suivi.  Pour la protection de l’enfant, il n’y a pas de structure adaptée. Alors qu’il faut accompagner des milliers d’enfants au cas par cas, dans les domaines aussi variés que l'abandon, la violence, la justice, l'exploitation...

Les problèmes de santé restent très techniques. Il y a des difficultés d'accès aux services de base ou alors on manque de données. La malnutrition est un bon exemple, avec près de 18% des enfants qui souffrent de malnutrition chronique. Une stratégie a enfin été mise en place au niveau gouvernemental, mais peu de donateurs répondent présent. De manière générale, il y a une bonne volonté d’agir au Maroc, mais les défis à relever sont énormes. Notre mission, c’est de s’assurer que notre travail avec le gouvernement, avec les ONG locales et avec nos autres partenaires aboutisse pour le bien de l’enfant.
 

En savoir plus

D’après les chiffres officiels, au Maroc, près de 8000 enfants sont abandonnés à la naissance chaque année. 70 000 enfants sont placés dans des institutions qui ne sont pas adaptées à leur situation. 150 000 enfants abandonnent définitivement le système scolaire, à tous les niveaux, chaque année. 147 000 enfants de moins de 15 ans travaillent (mais ces chiffres ne couvrent pas le secteur de la domesticité)

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