Au Tchad aussi, les enfants font la guerre

Publié le 12 février 2010 | Modifié le 31 mars 2016

Amin a 18 ans et gère seul la petite boutique de son cousin. Il fait cela depuis deux mois seulement, il n’a aucune famille à Abéché, et attend impatiemment le moment où il pourra rejoindre sa famille qui habite vers Guéréda, au nord-est d’Abéché.

Il travaille et vit dans la boutique. Le soir, il étend une simple natte sur le sol pour dormir à l’arrière du local.

Avant cela il a essayé d’être conducteur de pousse-pousse, mais ça n’a pas marché. Il ne veut pas rester ici et espère gagner de l’argent pour retourner chez ses parents et ouvrir son propre commerce. Assis par terre, il touche nerveusement son pied, baisse la tête et les yeux, il est difficile de croiser son regard. Ses yeux sont braqués sur le sol de la petite cour poussièreuse qui lui sert de cuisine.

Cela fait 4 ans qu’il est séparé de ses parents. En 2006, il a intégré un groupe rebelle, en réaction aux attaques que subissait sa communauté. Il est parti avec ses amis pour « venger sa famille », victime de violences. Il est resté presque 3 ans dans ce groupe. Il n’a prévenu personne de sa décision et de son départ, sa famille ne l’aurait pas laissé partir. Lui et ses amis ont traversé la frontière avec le Soudan et ont rejoint un groupe des FUC dans un village soudanais. Le groupe armé partait vers la capitale N’Djamena.

Au début, c’était bien, il était content. On leur a appris le maniement des armes, une formation pour plus tard. Il aimait apprendre à combattre. Même s’ils accomplissaient surtout des petits travaux pour les chefs du groupe : préparer le thé, aller chercher du bois, faire la cuisine… Pourtant, petit à petit, il a voulu arrêter les combats, et a préféré s’occuper de la cuisine et préparer la boule (un plat de pain accompagné de sauce, traditionnel au Tchad et au Soudan).

Un jour, les chefs du groupe ont informé tous les mineurs qu’ils devaient quitter le groupe car ils étaient des enfants et qu’ils allaient être pris en charge par des ONG.

Amin aurait préféré rester dans le groupe. Et en même temps, il dit être effrayé par ce qu’il voyait : beaucoup de morts. « Je suis dégoûté par ce que j’ai vu…et je ne veux plus en entendre parler. »

Il dit que les enfants comme lui étaient nombreux dans ce groupe. Il ne les connaissait pas tous et restait surtout avec ses amis.

Lors de sa libération, il a été pris en charge par l’Unicef et ses partenaires. Il a été conduit à N’Djamena, dans un centre où il a pu suivre des cours pendant quelque temps. Tant et si bien qu’il a rattrapé le programme scolaire de la 6e.

Le processus de réunification d’Amin avec sa famille a pris beaucoup de temps. Amin habite un village inaccessible aux réseaux téléphoniques. Il a donc été difficile de contacter sa famille. Avant qu’il puisse s’y rendre, il a du donner toutes les informations qui pouvaient aider à retrouver son village et ses parents. Une fois les informations recoupées, l’ONG JRS l’a transporté dans son village où sa famille l’attendait. Ses parents sont cultivateurs, ils vivent des cultures maraîchères. Il a été accueilli par les youyous de sa mère et des femmes de sa famille, il raconte tout cela avec beaucoup de pudeur, sans émotion apparente, mais on sent une grande solitude et l’envie d’être entouré par sa famille.

Il a du repartir après ces retrouvailles car sa famille n’a pas les moyens de subvenir à ses besoins, il doit gagner sa vie et cela semblait plus facile à Abéché qui est une grande ville.

Il s’occupe donc de la boutique que lui a confiée son cousin, qui, lui, est en voyage. Quand son cousin reviendra (peut-être en avril), il prendra ses économies et rentrera chez lui. Son projet est d’ouvrir une petite boutique dans le marché des réfugiés (soudanais) situé près de son village.

Il habitera avec ses parents au début. Puis dans quelque temps, il se mariera. Son père lui a déjà choisi une épouse. Il ne l’a pas encore rencontrée mais elle vient de son village.

Plus tard quand il aura des enfants, il veut qu’ils aillent à l’école et il ne les laissera pas s’engager dans l’armée avant d’avoir fini l’école.

Quel est le message qu’il souhaite faire passer ? « J’ai besoin d’aide, j’ai besoin qu’on me soutienne dans mon entreprise pour réussir. »

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