Au Tchad, voir la réalité à travers des yeux d’enfants

Publié le 03 juillet 2014 | Modifié le 19 septembre 2017

Au Tchad, des enfants réfugiés et déplacés suite aux violences en République centrafricaine se sont réunis à un atelier de l'UNICEF pour apprendre à prendre des photos, et partager la façon dont ils voient leur monde.

Extraits choisis de l'article "In Chad, seeing reality through children’s eyes", par Manuel Moreno, Communication Specialist à l'UNICEF Tchad
 
Hachim Issa s'agenouille pour photographier une famille à l'intérieur de leur tente dans le camp de Zafaye à la périphérie de N'Djamena, la capitale du Tchad. Il sait que la lumière est bonne. L'angle de la caméra est parfait. « L'exposition et la mise au point avant tout », se souvient-il. « Le cadre vient après. »
 
Il appuie à moitié sur le déclencheur afin de vérifier les paramètres d'exposition pour la prise de vue. La famille est souriante, tous s’embrassent. Hachim sait que c'est le moment et appuie sur le déclencheur pour capturer l’instant.
 
Hachim, 16 ans, semble avoir fait ça toute sa vie. Pourtant, il a juste appris à utiliser un appareil photo. Il fait partie des 20 participants à un atelier de photographie de cinq jours organisé par l'UNICEF Tchad, dirigé par le photographe de l’UNICEF Giacomo Pirozzi.
 

Loin de la maison

 
Hachim est né en République centrafricaine. « Je ne suis pas d'ici. Je suis de Bangui », explique Hachim. « Ma famille et moi avons quitté la République centrafricaine à cause de la guerre. »
 
La crise en République centrafricaine a forcé des centaines de milliers de personnes à fuir leurs maisons et à se réfugier à l'intérieur du pays ou à traverser les frontières.
 
Hachim et sa famille ont vécu dans le camp Zafaye pendant six mois, aux côtés de milliers de rapatriés et réfugiés comme eux.
 
« Mon père, ma mère et mon frère vont bien. Je n'ai perdu que mon cousin et sa mère », explique t-il. « A cause de toute cette violence, nous sommes venus ici au Tchad. »
 

L'expression de soi

 
M. Pirozzi mène des ateliers de photographie depuis 10 ans dans le monde entier. « L'idée de l'atelier est de les laisser s'exprimer à travers des images, » dit-il. Avant de partir pour prendre des photos, les enfants passent deux jours à étudier les techniques photographiques, la composition, la direction et la lumière. Ils apprennent comment fonctionnent les appareils ainsi que la façon de traiter les images.
 
« J'ai vécu avec mon oncle du côté de ma mère, mais il est décédé. Alors maintenant, je vis dans un orphelinat », raconte Ndangata Aureli, un participant de 17 ans qui veut montrer la réalité à l'intérieur de son orphelinat.
 
« Nous sommes allés sur le terrain pour prendre de belles photos comme M. Giacomo nous l’a appris », explique Yves Gindja, un jeune de 13 ans, représentant du Parlement des enfants.
 
Yves, qui fait partie d'un groupe qui s'est rendu tôt le matin dans un centre de nutrition, décrit l’une de ses photos, celle d'un enfant souffrant de malnutrition pleurant sur une balance.
 
« Les photos que j’ai prises aident à faire prendre conscience aux Etats qu’ils doivent arrêter la malnutrition, » dit-il fermement.
 
Ce qu’Yves montre à travers son appareil photo est une réalité effrayante. La situation nutritionnelle au Tchad est alarmante, en particulier dans les sites pour les rapatriés et les réfugiés. Le taux de malnutrition aiguë globale des enfants est au-dessus du seuil d’urgence de 15 pour cent défini par l'Organisation mondiale de la Santé dans la plupart des sites étudiés. Les taux de malnutrition aiguë sévère chez les enfants de moins de 5 ans restent au-dessus des niveaux d'urgence.
 

Exiger un avenir meilleur

 
Le dernier jour de l'atelier, un concours a été organisé pour décider du meilleur photographe et de la meilleure photographie. Hachim, qui, au début de l'atelier était l'un des plus timides du groupe, s'est transformé en un jeune garçon confiant. La photographie qu'il a faite de la famille à l'intérieur de leur tente est devenue, par un vote des participants, la meilleure image de l'atelier. Hachim a été élu le meilleur photographe.
 
« En voyant à travers les yeux de ces enfants et de ces jeunes le monde dont ils héritent aujourd'hui, nous devons répondre de plus en plus à leurs demandes », explique le représentant de l'UNICEF au Tchad Bruno Maes. « Parce qu'ils exigent un avenir meilleur. »
 

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La crise humanitaire en Centrafrique, quelques chiffres :

 
• 4,6 millions de personnes touchées
• 2,3 millions d’enfants touchés
• 625 000 enfants déplacés à l’intérieur du pays
• 347 000 personnes réfugiées au total dans la région
• 80 000 réfugiés au Cameroun, dont plus de la moitié des enfants
• Plus de 100 000 personnes réfugiées au Tchad, essentiellement des femmes et enfants
 

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