Auprès d’Hissène, 18 mois

Publié le 19 mai 2010 | Modifié le 31 mars 2016

Reportage auprès des enfants malnutris du Tchad, dans un centre de nutrition à Moussoro dans la région semi-aride du Sahel.

Lorsqu’il arrive au centre de nutrition de Moussoro, soutenu par l’Unicef, Hissène, 18 mois, a besoin d'être soigné. Fatimé, une responsable de la nutrition, reconnaît immédiatement les symptômes. Quand elle mesure la circonférence du bras d'Hissène, le marqueur du bracelet passe dans la zone rouge. Signe de danger.

Malade depuis deux mois…

Tandis qu'Hissène et sa mère, Eta Brahim, attendent, d’autres mamans arrivent avec leurs enfants. Ils sont nombreux à souffrir également de malnutrition sévère aiguë. Ces enfants ont besoin d'une alimentation spéciale et de soins médicaux pour se rétablir. Dans les centres comme celui-ci, les mères reçoivent chaque semaine des aliments thérapeutiques pour leurs enfants. 

Hissène rencontre un agent chargé de la nutrition et reçoit un sachet d'aliments thérapeutiques prêt à l'emploi. D'abord, l'enfant affaibli tousse et refuse la préparation. Mais Eta Brahim poursuit ses tentatives, plaçant pour lui sur son doigt un peu de la substance à base d'arachide qui ressemble à du beurre. Hissène l'avale finalement.  

Cet enfant sous-alimenté est malade depuis environ deux mois. Mais sa mère n'avait pas l'argent pour l’amener en ville. Alors, une équipe mobile lui a dit de se rendre à Moussoro pour obtenir une aide immédiate. Le jour suivant, à l'aube, elle est partie avec Hissène. Son mari est resté avec leurs quatre autres enfants et leur troupeau d'animaux.

Le dire au reste du monde

Hissène attrape le paquet de nourriture thérapeutique aux couleurs vives et crie pour en avoir davantage. L'appétit lui revient. Eta Brahim sourit. L'enfant se remettra bientôt.

La maman du jeune Hissène raconte que toute la famille se nourrit actuellement de maïs, une céréale bon marché qui est le seul aliment que la plupart des foyers peuvent ici s'offrir. Mais cela n'est pas suffisant pour les jeunes enfants qui ont besoin de davantage de nutriments pour grandir.

Eta Brahim ne sait pas ce qui arriverait s’il elle n’avait plus de chèvres à vendre. « Nous vivons au jour le jour et espérons. Peut-être que si vous dites au reste du monde ce qui se passe ici, on nous aidera. »

 

 

Pour en savoir plus

 

Une année terrible pour le Sahel

Hissène n'est pas un cas isolé. Il est l'un des nombreux enfants souffrant de malnutrition grave au Tchad qui, en 2010, auront besoin d'aide. À ce jour, cette année, les centres de nutrition soutenus par l’Unicef, comme celui de Moussoro, ont admis deux fois leur nombre habituel d'enfants sous-alimentés.
A Moussoro, la malnutrition aiguë parmi les enfants se trouve au-dessus du seuil d'alerte depuis une décennie. Mais cette année, les perspectives en matière de sécurité alimentaire sont encore plus sombres : la région risque une saison des pluies irrégulière et au-dessous de son importance habituelle. La population a déjà utilisé ses réserves alimentaires. Le bétail est en train de mourir et les récoltes sont mauvaises.

Depuis avril 2009, un réseau implanté au niveau des communautés locales a été constitué au Tchad pour lutter contre la malnutrition. Des équipes mobiles se rendent de village en village, formant et supervisant des bénévoles pour détecter la malnutrition et envoyer les enfants qui en sont victimes dans des centres de nutrition de jour. Grâce à ces examens locaux, les responsables de la santé espèrent déceler et soigner plus tôt la malnutrition. 44 autres centres de nutrition ouvriront en 2010 pour faire face à la crise.
 

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