Auprès des enfants malnutris du Cameroun !

Publié le 25 février 2010 | Modifié le 31 mars 2016

Dans le nord du Cameroun, l’urgence silencieuse continue : des milliers d’enfants souffrent de malnutrition. Loin des unes des médias.

Massing Esther et Tito Anna sont jumelles. Elles ont deux ans et souffrent de malnutrition. Elles ne peuvent pas marcher, il faut les porter pour aller d’un endroit à un autre. Chacun d’elles pèse 5 kilos de moins que le poids normal pour leur âge.

Ces jumelles appartiennent à une fratrie de 12 enfants. Leur mère, Marie, 42 ans, est aussi sous-alimentée. La famille qui vit dans le nord du Cameroun, dans le village de Tchontchi, n’a pas de revenus fixes. Difficile dans ces conditions de fournir des repas équilibrés et composés d’éléments nutritionnels indispensables aux enfants, difficile aussi de varier leurs repas. La maman prépare du Niri – des céréales mélangées à de l’eau bouillie. « Il n’y a pas beaucoup de légumes et la famille ne peut pas se permettre de manger de la viande», explique-t-elle.

La famille cultive pourtant des terres pour sa propre consommation mais l’année a été difficile. « Notre récolte de cette année ne suffit pas à nourrir notre famille. Il est très difficile de donner à ma famille deux repas par jour.»

 

Moins de deux repas par jour

 

De nombreuses familles de cette région du nord du Cameroun sont frappées par ce manque de vivres et de nombreux enfants souffrent de malnutrition. 155 cas d’enfants sous-alimentés ont été enregistrés au centre de soins de Tchontchi depuis juillet 2009.

L’Unicef se mobilise pour ces familles, notamment en soutenant 412 volontaires qui rendent visite aux familles pour les informer sur la nutrition.

Sara Djanatou, l’une de ces villageoises mobilisées à Tchontchi, parcourt 15 kilomètres par jour pour délivrer ses messages sur la bonne nutrition. Lorsqu’elle se rend chez Marie, elle lui montre une affiche, sur laquelle sont représentés des œufs, des fruits, des légumes très nutritifs. Elle conseille la famille sur la préparation de repas équilibrés avec leurs faibles moyens.

« De nombreuses personnes de cette région sont illettrées, particulièrement les femmes, explique Sara. Et le nombre d’enfants par famille est élevé. La pauvreté fait que de nombreuses familles ne peuvent se permettre deux repas par jour. ».

 

Avant qu’il ne soit trop tard…

 

Pour traiter les enfants malnutris avant qu’il ne soit trop tard, Sara, la volontaire encourage les villageois à se rendre au centre de soins soutenu par l’Unicef, géré en collaboration avec le ministère de la santé.

Dans ce centre, les infirmiers examinent les enfants, ils les pèsent, les mesurent. Les enfants souffrant de malnutrition y reçoivent de la nourriture hypercalorique. Les enfants malnutris souffrant de complications médicales sont envoyés à l’hôpital voisin dans lequel plus d’une douzaine d’infirmiers et de médecins formés par l’Unicef les prennent en charge et tentent de sauver leurs vies.

 

« Son cœur bat trop vite… »

 

Le docteur Nana Pamela s’occupe d’un enfant qui vient d’être admis dans cet hôpital. « Son cœur bat trop vite, il est déshydraté et souffre d’anémie.» Ziganawi Daouaia, 18 mois, est à peine conscient. Il pèse 6,9 kilos au lieu de 9,8 kilos, le poids normal pour son âge. Quelques instants après avoir avalé de la nourriture thérapeutique à base de lait, il rouvre ses yeux.

« Avant que le programme de l’Unicef ne commence en 2009, les familles n’avaient pas accès à cette nourriture pour traiter la malnutrition, explique la pédiatre. Maintenant, les enfants reçoivent du lait thérapeutique à l’hôpital et de la nourriture thérapeutique au centre de soins et à l’hôpital.»

Les agents médicaux ont déjà constaté une augmentation du nombre d’enfants qu’ils ont réussi à ramener vers un état de santé normal. Aucun décès d’enfant malnutri n’a été enregistré depuis octobre 2009 dans cet hôpital, contre sept entre juillet et août.

 « Dans cette région du nord, nous avons 100 000 enfants malnutris qui perdent rapidement du poids. Le programme qui couvre 11 des 41 districts a permis de soigner 5 000 à 10 000 enfants. Nous avons  besoin de fonds pour élargir le programme », rappelle Denis Garnier, nutritionniste de l’Unicef.

La malnutrition est l’une des principales causes de décès au Cameroun : 51 000 enfants y meurent d’une nutrition trop pauvre chaque année.

En savoir plus

Découvrez l’interview de Denis Garnier, nutritionniste : « Cameroun, l’urgence silencieuse ».
 

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