Avec Robert Badinter dans les prisons bulgares

Publié le 29 novembre 2010 | Modifié le 10 juin 2016

L’ancien ministre de la Justice français, Robert Badinter, s’est rendu trois jours en Bulgarie, à l’invitation de l’Unicef, pour plaider en faveur d’une profonde réforme du système de justice pour les enfants. Au programme : visite de prisons et de centres de détention dans ce pays de l’Union européenne et conférence de presse d’interpellation des pouvoirs publics.

Robert Badinter a pu se rendre dans trois lieux privatifs de liberté : deux centres de détention provisoire dans la capitale, Sofia et une prison pour garçons, à Boytchinovtzi. En marge de cette visite, la délégation de l’Unicef s’est également rendue dans le centre correctionnel pour filles de la ville de Podem, à trois heures de route de la capitale bulgare.

 

Conditions indignes

Dans les centres de détention provisoires de la capitale, la vétusté des cellules, la dureté des conditions de détention des mineurs, enfermés 22 heures sur 24, ont provoqué l’indignation de la délégation de l’Unicef et de l’ancien Garde des Sceaux. Dans ces établissements hérités de la dictature communiste, les châtiments corporels sont permis, y compris à l’encontre des adolescents. C’est le directeur des centres de détention, dépassé par la décrépitude du système pénitentiaire qu’il représente, qui le reconnaît. Deux jours plus tard, Robert Badinter mettra en garde la ministre de la justice dans ces termes : « Si le Conseil de l’Europe voyait cela, la Bulgarie, membre de l’Union européenne, serait condamnée ».

 

« Comportements anti-sociaux »

Dans le centre éducatif fermé pour filles de Podem, l’ambiance est différente. Les adolescentes peuvent aller et venir dans la structure en toute liberté, les chambres de deux lits sont décorées, le personnel encadrant semble en empathie avec les jeunes filles placées. Le problème est ailleurs. Podem, qui accueille en grande majorité des jeunes filles issues des minorités rom et turque est le triste reflet de la société bulgare et d’un système répressif d’un autre temps. A Podem se côtoient des victimes de prostitution et de violences, des adolescentes condamnées pour « comportements anti-sociaux » (indiscipline à l’école, fugues) -une vieille notion communiste toujours en cours, et des jeunes délinquantes. Les jeunes filles, si elles ne se plaignent pas des conditions de vie à Podem,  ne savent pas toujours pourquoi elles sont là, privées de leur liberté. L’une d’elle a porté son affaire devant la Cour européenne de justice pour « enfermement abusif »…

 

La réinsertion en panne

La prison pour garçons de Boytchinovtzi, située elle aussi en pleine campagne, loin de toute grande ville, est à l’avenant. Des conditions de détention « tout à fait acceptables. Une directrice engagée et de bonne volonté », selon Robert Badinter. Mais un manque de moyens, de formation du personnel et l’inadéquation du système pour préparer la sortie et la réinsertion des jeunes dans la société se font sentir.

Lors de la conférence de presse de fin de mission, en présence de la vice ministre de la justice bulgare, Robert Badinter et les représentants de l’Unicef ont fait porter leur plaidoyer sur plusieurs points majeurs : l’urgence d’améliorer les conditions d’enfermement des mineurs dans les centres de détention provisoire de Sofia, la nécessité d’abolir la vieille loi de 1958 sur les « comportements anti-sociaux » et de réformer en profondeur le système de justice pour les mineurs. Dans le sens de la protection et de la prévention : « Les enfants ne sont pas des adultes en miniature, mais des êtres en devenir », a plaidé Robert Badinter. « Chez les enfants, le crime est le symptôme d’une détresse, d’un mal-être, de quelque chose qui a mal tourné. La justice doit prendre cela en compte ». Tanja Radocaj, la représentante de l’Unicef en Bulgarie, est allée dans le même sens : « Derrière chaque enfant qui a enfreint la loi, il y a une longue liste des adultes qui ont échoué »…

La formation des magistrats, le renforcement des programmes de réinsertion, la prise en compte de l’intérêt supérieur de l’enfant, devraient faire partie des priorités du Ministère de la Justice et des autorités concernées. M.  Badinter a également appelé à ce que les enfants ne soient pas passibles d’une sanction pénale avant 14 ans.

 

Engagement public

La vice-ministre de la justice s’est engagée devant la presse à prendre en compte les demandes de l’Unicef. Une réforme de la justice juvénile doit être présentée par le Conseil des ministres avant le 15 décembre prochain. Pour l’Unicef tout reste à faire pour s’assurer de l’effectivité de ces engagements et soutenir le gouvernement bulgare dans cette réforme.

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