Bangladesh : l'Unicef engagé dans une stratégie contre l'arsenic

Publié le 09 avril 2006 | Modifié le 31 août 2015

Des dizaines de milliers de personnes ont été intoxiquées au Bangladesh par de l'eau puisée dans des nappes riches en arsenic. Entretien avec Richard Johnston.

Pouvez-vous rappeler brièvement les différentes étapes de ce drame qui a déjà intoxiqué des dizaines de milliers de personnes ?

L'eau contaminée par l’arsenic naturel a été détectée pour la première fois au Bangladesh en 1993. L'arsenic est d’origine géologique, et a été déposé par les grands fleuves de la région, pendant les derniers milliers d’années, avec les sables et les graviers qui composent le Bangladesh. L'Unicef a soutenu la première campagne nationale de mesure de teneur en arsenic des puits en 1996-1997. Cette campagne de 51 000 puits a montré l'ampleur nationale de la contamination. Après cette campagne, l'Unicef a commencé à mettre en application une stratégie en quatre parties pour la réduction arsenicale, stratégie qui continue à ce jour. 1 : sensibilisation des différents groupes cibles (populations, autorités politiques, agents de santé, personnel de l’hydraulique, enseignants, etc.) 2 : campagne de mesure de l’arsenic dans chaque puits, dans les régions affectées, en utilisant des kits de terrain. 3 : diagnostic et traitement des cas d’intoxication due à l’arsenic. 4 : recherche de sources d’eau potable alternatives dans les communautés affectées. Voilà pour les 4 parties. Signalons que l'Unicef a soutenu un projet de mitigation* de l’arsenic pendant notre dernier programme de pays (2001-2005). Dans notre nouveau programme de pays (2006-2010), la mitigation de l’arsenic continue mais est intégrée à nos activités plus larges sur l'eau, l’assainissement et l'hygiène.

Où en est le programme destiné à expertiser les puits ? Quels sont les obstacles qui ont ralenti ce programme ?

Au cours des cinq dernières années, le Bangladesh a conduit une des plus grandes campagnes de tests de qualité de l'eau jamais réalisée. Sur la base des études nationales faites vers la fin des années 90 avec l'appui de l'Unicef, 270 upazilas (découpage administratif) suspectés de contenir de l’arsenic en quantité importante ont été identifiés et choisis pour une campagne de mesure universelle (c’est-à-dire que tous les puits de l’upazila ont fait l’objet de mesure de l’arsenic). La majeure partie de cette campagne a eu lieu entre 2000 et 2003, mais une partie du travail s’est prolongée en 2005. Plus de cinq millions de puits ont été examinés jusqu'ici, ce qui signifie plus de 3 000 tests par jour, chaque jour, pendant plus de quatre années. Pendant l'essai de terrain, les agents de terrain ont fourni des informations au sujet de l'arsenic aux propriétaires de puits, et ont peint les puits après avoir obtenu les résultats : rouge pour ceux dépassant la limite permise et vert pour les puits dans la limite. 4,8 millions de puits jusqu'ici sont inclus dans la base de données nationale, dont 1.4 million (30%) dépassent la limite de 50 microgrammes par litre. L'Unicef a directement soutenu les tests de plus d’1,5 million de puits. Il y a plus de 8 000 villages où 80% des puits sont contaminés. Plus de 20 millions de personnes au Bangladesh ont des puits dépassant la limite acceptable.

Quelle est la réaction de l'Unicef vis-à-vis des malades ? Combien sont-ils et que peut-on faire contre cette intoxication ?

Presque 40 000 personnes montrant les symptômes de lésions de la peau caractéristiques de l'arsénicisme ont été identifiées au Bangladesh. Des experts de santé publique prévoient que par la suite il y pourrait y avoir plus d’1 million de cas d'empoisonnement arsenical. La grande différence entre ces prévisions et l’actualité est due à la difficulté d’établir un diagnostic fiable et à la longue latence des symptômes, qui est de plus de 20 ans en moyenne. Cependant, ces symptômes sont habituellement réversibles s’ils sont détectés tôt, et si les gens cessent de boire l'eau contaminée à l’arsenic. L'exposition à long terme à l'arsenic peut poser des problèmes sérieux de santé, notamment des cancers. Ces cancers peuvent d’ailleurs se produire sans lésions de la peau : on s'attend à ce que la plupart des décès soient dus à des cancers du poumon. Les études ont montré que l'exposition à l'eau contaminée par l’arsenic peut également impacter sur le développement cognitif des enfants. Les personnes sous-alimentées sont deux fois plus susceptibles de développer l'arsénicisme que les personnes bien nourries. Il n'y a aucun traitement connu pour l'empoisonnement arsenical chronique. Cependant, les gens souffrant d'arsénicisme peuvent récupérer plus rapidement de leurs lésions de la peau quand ils prennent des suppléments nutritifs ou des suppléments multi-vitaminés. L’Unicef a soutenu des études pour trouver un traitement, aussi bien que pour fournir à des patients de tels suppléments. L'Unicef et les pouvoirs publics travaillent pour assister les agents de santé en identifiant les cas d'empoisonnement arsenical. Du personnel de santé est également formé dans le soin palliatif pour les patients touchés par l'arsénicisme.

Y a-t-il eu selon vous des lacunes de la part de l'Unicef au moment des forages des puits ou au moment de l'apparition des premiers symptômes chez les malades dans les années suivantes ? Et y-a-t-il des mesures que l'Unicef a prises depuis pour que la situation ne puisse pas se répéter à l'avenir dans le monde ?

Il n’y a pas eu de lacunes. L'Unicef a été un défenseur tôt et cohérent des activités de mitigation de l’arsenic. Pour le reste, l'Unicef a publié une directive globale en 1999 informant tous les bureaux de l’Unicef au sujet du risque de contamination arsenicale des eaux souterraines. La directive a réclamé l'établissement de systèmes de surveillance de qualité de l'eau partout où l'Unicef soutient des projets d’accès à l'eau - pas simplement pour l'arsenic mais pour la qualité de l'eau en général. En Asie, l'Unicef a soutenu des campagnes de mesure de qualité de l'eau dans plusieurs pays : l'Inde, la Chine, la Mongolie, le Vietnam, le Pakistan, le Népal, le Myanmar, le Cambodge et le Laos. L'arsenic continue à représenter un défi de santé publique majeur, et l'Unicef continuera à être un avocat fort pour les efforts de mitigation de l’arsenic dans le monde entier.

* Mitigation : ensemble des activités dirigées contre l’arsenic, incluant les 4 parties du plan d’action de l’Unicef.

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