« Ce n’est pas la bonne solution ! »

Publié le 24 septembre 2009 | Modifié le 10 juin 2016

La jungle qui abritait 276 étrangers en situation irrégulière à Calais a été rasée cette semaine. Plusieurs centaines de migrants avaient déjà fui les lieux avant l’arrivée des policiers. Parmi ces personnes sans-papiers, des mineurs. Pour Claude Roméo, Directeur de la protection des mineurs isolés étrangers à France Terre d’Asile, cette opération est une « mauvais réponse à une bonne question».

Que pensez-vous de cette opération menée cette semaine pour déloger les migrants qui vivaient dans la forêt calaisienne?
Ma réaction est double. D’une part, ces étrangers vivaient dans des conditions scandaleuses et cette situation pose évidemment problème. Mais c’est une mauvaise réponse à une bonne question. Cette opération ne règle rien, le problème, déplacé, reste entier.

Quelle est la situation des 135 mineurs délogés cette semaine ?
Tout d’abord, certaines sources associatives parlaient de plus de 200 mineurs dans la forêt mais l’opération policière ayant été annoncée, beaucoup ont fui. Ces jeunes sans-papiers sont en transit, ils veulent atteindre l’Angleterre. Souvent mandatés par leurs familles, ils espèrent y trouver un travail. La plupart sont Afghans ou Irakiens. Ce qu’ils ont fait pour arriver en France est phénoménal. Ce sont des héros ! Leurs familles se sont cotisées, se sont saignées pour payer les 10 000 ou 15 000 euros destinés au passeur. Ils ont ensuite traversé de nombreux pays, comme le Pakistan, l’Iran, la Turquie puis plusieurs pays européens. Certains sont passés par la prostitution, l’exploitation. La semaine dernière, j’ai rencontré un jeune migrant isolé de 8 ans !

Dans quel état psychologique et physique se trouvent ces enfants ?
Evidemment, ces jeunes développent des problèmes physiques, une souffrance sanitaire. Certains ont la galle. Mais d’autres problèmes sont moins visibles. Ces mineurs souffrent de tout ce qu’ils ont dû vivre, toutes les épreuves qu’ils ont dû traverser. Certains ont été abusés. Certains sont traumatisés par la mort d’un frère, d’un ami, d’un cousin en route. Ce sont des drames impensables ! Psychologiquement, c’est terrible pour eux. On leur a raconté qu’ils auraient un travail en quittant leur pays et ils se retrouvent à dormir dans des squares, dans des forêts.

Quelles solutions défendez-vous pour ces jeunes en détresse?
Ce sont avant tout des mineurs, nous leur devons donc l’application de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE). Ils doivent être protégés! Il y a nécessité de mettre en place des structures d’accueil pour eux. Il faut les écouter, travailler sur leur orientation. Discuter avec eux de cet eldorado qu’ils rêvent depuis des mois. Pour cela, il faut du personnel, des traducteurs. Il faut leur apprendre les premiers rudiments du français, essayer de savoir quel est leur projet. S’ils veulent partir, il est souvent vain d’essayer de les dissuader. Mais il faut au moins essayer de les aider à comprendre que continuer le périple n’est pas une solution. Certains font une demande d’asile et aimeraient suivre une formation professionnelle. Mais entre 16 et 18 ans, ils n’ont pas le droit à cette formation. Alors qu’ils ont une féroce volonté d’apprendre !

Depuis cette interview, les 135 jeunes étrangers délogés de la « jungle » calaisienne ont été placés dans des centres d’hébergement en Moselle, dans le Pas-de-Calais, la Loire et le Val-de-Marne.