Centrafrique : les enfants pris au piège du conflit

Publié le 03 décembre 2013 | Modifié le 31 mars 2016

« Ils ont tué notre père sous nos yeux… » Le quotidien de plus de 2 millions d’enfants en Centrafrique : la mort, la peur, la fuite, les violences, le risque d’être enrôlé de force comme enfant-soldat. L’UNICEF, toujours sur place, continue d’apporter l’aide humanitaire vitale à ces enfants et leurs familles, mais les conditions sont très difficiles et les fonds manquent.

« Quand ils sont arrivés dans notre village, on a essayé de s’enfuir, mais ils nous en ont empêché, raconte Oumarou, 13 ans. Ils ont tué notre père sous nos yeux, ont mis le feu à notre maison, et ont jeté son corps dedans. Ils ont aussi tué notre grand-frère… »
Le plus jeune de la famille, Adovan (photo), 10 ans, a reçu un coup de machette sur la tête alors qu’il essayait de fuir. Les deux garçons se sont ensuite cachés dans la brousse pendant plusieurs semaines avec leur mère, avant de rejoindre un camp de déplacés installé dans une école. Ils sont des milliers comme eux…
 

Recrudescence des violences

 
En mars 2013, le pouvoir centrafricain était renversé par la coalition Séléka, alliance de groupes d'opposants. Depuis le mois de septembre, des affrontements entre divers groupes ont fait de nombreuses victimes ;  au total aujourd’hui, plus de 200 000 personnes ont fui la République Centrafricaine, et près de 400.000 autres sont déplacées à l’intérieur du pays. On observe une recrudescence des violences et de l’insécurité, rendant la situation humanitaire extrêmement inquiétante.

Pris au milieu de ce piège, 2.3 millions d’enfant. 2,3 millions d’enfants qui ont peur, ont dû fuir, n’ont pas accès aux services de santé de base, ne peuvent plus aller à l’école (65% des écoles pillées, occupées, endommagées), ou encore risquent d’être enrôlés de force dans des groupes armés ou victimes de violences sexuelles. La malnutrition aigüe menace quant à elle les moins de 5 ans…
 

Plan d’action humanitaire

 
L’UNICEF, présent sur place de manière permanente en RCA, a dû suspendre ses programmes réguliers au profit d’un plan d’action humanitaire, pour répondre aux besoins immédiats des enfants, notamment dans les sites de déplacés.

Concrètement, il s’agit notamment pour les équipes sur place de :
- mettre à disposition du matériel médical, des kits d’hygiène, des couvertures, des moustiquaires, des bâches, du savon, des Aliments Thérapeutiques Prêt à l’Emploi pour enfants malnutris, etc.
- soutenir la réhabilitation et l’équipement des centres de santé,
- aider à la mise en place de système sanitaires et d’accès à l’eau, afin notamment de prévenir la propagation des maladies,
- mettre en place de l’aide psychosociale, prendre en charge et protéger les enfants séparés de leur famille, victimes de violences, d’abus ou d’exploitation, mais aussi prendre les mesures nécessaires pour documenter/suivre/rapporter et limiter les violations graves faites aux Droits de l'Enfant –
- faire en sorte que les enfants puissent retourner à l’école, en réhabilitant les infrastructures, en fournissant des équipements et en formant des acteurs de l’éducation, etc.
 

Continuer d’agir malgré tout

 
Mais les conditions sur place sont plus que difficiles. La situation du pays avant cette crise était déjà défavorable aux enfants : pauvreté, fragilité politique sociale et sécuritaire, indicateurs de développement humain parmi les plus bas au monde, manque de services sociaux de base… A cela s’additionnant l’insécurité grandissante, les opérations humanitaires et l’accès aux zones affectées restent limités. Fin novembre, le représentant de l’UNICEF en RCA expliquait : « Nous avons notamment lancé des campagnes de vaccination et de scolarisation à destination des enfants, dans des conditions très difficiles ; et nous négocions également avec les groupes armés pour obtenir la démobilisation d'enfants-soldats, dont le nombre est désormais estimé entre 5 000 et 6 000 ». – ils étaient 3 500 début 2013…

L’actrice américaine Mia Farrow, Ambassadrice de l’UNICEF depuis 13 ans, s’est rendue sur place en novembre pour témoigner de la situation, et a notamment rencontré Oumarou et Adovan. « Ce n’est tellement pas comme cela que le monde devrait être… Mais dans les yeux de chaque enfant, il y a tout l’espoir et le potentiel de l’humanité, et on ne veut pas voir s’éteindre cette lumière… raconte-t-elle. L’UNICEF agit sur le terrain, fait tout son possible 7 jours sur 7, 24h sur 24. Mais les besoins sont tellement grands… Ils ne peuvent pas agir seuls. »

Appel de fonds

 
32 millions de dollars étaient nécessaires pour répondre aux besoins de janvier à décembre 2013… En novembre, seulement 36,6% de cette somme avait été reçue.

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