Centrafrique : « Les enfants sont les premières victimes du conflit »

Publié le 14 janvier 2014 | Modifié le 31 mars 2016

Judith Léveillée est un témoin de premier plan de la crise humanitaire en Centrafrique. Et pour cause, en tant que représentante adjointe de l'UNICEF en République centrafricaine, elle se trouve confrontée quotidiennement aux tensions sécuritaires et aux besoins vitaux des populations, tout en assurant la réponse d’urgence de l’UNICEF aux enfants et leurs familles. Interview.

Pouvez-vous nous décrire le climat sécuritaire en Centrafrique en ce moment ?
Il règne un climat de terreur et la situation est très volatile. C’est la première fois que je vis dans un pays où tout le monde a peur. Il y a un réel climat de peur.
On peut dire qu’aujourd’hui tout le monde dans la ville de Bangui est affecté par la crise. Les gens subissent directement ou indirectement cette situation, très alarmante tant au niveau de la santé publique que de la protection des personnes, en particulier les enfants et les femmes. La crise humanitaire est si aigüe dans la capitale qu’on doit concentrer nos efforts ici car il y a des risques d’épidémies, de maladies, de violences faites aux enfants, on doit donc absolument agir pour répondre à l’urgence.
Mais il est important aussi de rappeler qu’il y a plusieurs foyers de crise à travers tout le pays, pas seulement dans la capitale Bangui.
 
Qu’est-ce que l’on doit craindre le plus pour les enfants ?
Certainement la violence faite aux enfants. Nous devons tous être horrifiés car les enfants sont innocents, ils n’ont rien à voir avec le conflit et pourtant ils sont les premières victimes. Cette situation est intenable.
C’est alarmant car ces exemples d’attaques montrent un niveau de haine qui pourrait indiquer des violences de même type à plus grande échelle. C’est pourquoi nous sommes inquiets car des gens en viennent à tuer et décapiter des enfants innocents qui ne peuvent même pas se défendre. Il y a lieu à s’indigner de cette violation fondamentale des droits de l’enfant.
 
Pensez-vous que les groupes armés peuvent être sensibles au plaidoyer de l’UNICEF?
Je crois que dans un contexte où il y a énormément de groupes armés, il est toujours essentiel de faire un plaidoyer pour le respect des droits de l’enfant et de rappeler aux belligérants la responsabilité et la portée de leurs actes vis-à-vis des populations civiles.
Des crimes de guerre sont commis avec grave violation des droits de l’enfant, et des atteintes aux principes fondamentaux des droits humains. Quand on voit de telles atrocités, on doit rappeler aux différentes parties leur responsabilité, et leur dire que leurs crimes ne peuvent pas rester impunis.
 
En quoi la situation et la gestion des déplacés sont-elles préoccupantes ?
On compte un million de déplacés en Centrafrique pour une population de 4,6 millions d’habitants, c’est absolument énorme. Les conséquences sont graves : une destruction de la vie quotidienne, des services de santé et éducatif. L’accès à l’eau potable et aux services d’assainissement est fortement perturbé. Tout se retrouve chamboulé…
Il faut dire qu’avant la crise, les indicateurs de santé et de développement humain étaient déjà inquiétants. Et là avec la multitude de crises depuis un an, on se trouve avec des populations dans les camps de déplacés qui sont extrêmement fragiles. Ces déplacés ne sont pas bien alimentés, ils sont exposés aux fortes conditions climatiques (pluies, chaleur...) notamment les premiers jours quand ils n’avaient pas encore de tentes et qu’il y avait des pluies torrentielles.
C’est inquiétant de voir qu’il peut y avoir une recrudescence d’enfants malnutris, des cas de paludisme, de diarrhée, de dysenterie, et le pire que l’on craint c’est le choléra car les sites de déplacés sont surpeuplés et les conditions d’hygiène doivent rapidement être améliorées.
Tout cela combiné, on a un cocktail féroce au niveau de la survie et de la protection des enfants. C’est contre tous ces risques que l’UNICEF agit en ce moment en Centrafrique.
 
Pouvez-nous nous détailler une des actions concrètes de l’UNICEF ?
La prise en charge de la malnutrition par exemple. Il y a une fenêtre très courte dans la vie d’un être humain, cela part de la conception de l’enfant jusqu’aux deux premières années de sa vie. On parle de « 1000 jours » durant lesquels, si l’enfant est malnutri, il subit des conséquences sur son développement cognitif, émotionnel et physique. Un enfant malnutri est un être qui aura des séquelles sur le reste de sa vie. Donc pour assurer un bon départ, il faut lui assurer une bonne alimentation.
Il y a un risque pour toute une génération d’enfants si on n’intervient pas pour prévenir les cas de malnutritions chez ces enfants. C’est important de le souligner.
 
Concrètement, que pouvons-nous faire pour aider les équipes de l’UNICEF sur le terrain ?
Les dons sont très importants pour nous permettre de financer nos programmes et actions de terrain. Il faut bien se dire que chaque euro peut sauver des vies, les donateurs ont un réel impact sur notre travail au quotidien et donc en faveur des enfants et leurs familles. Nous pouvons faire des choses concrètes et efficaces sur le terrain sans que cela ne coûte beaucoup.
 
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