Covid-19 : des milliers d’enfants affectés par la malnutrition au Nigéria

Publié le 29 mai 2020

Au Nigéria, UNICEFa mis en place des unités de traitement de la malnutrition sévère aigue dans les Etats de Sokoto et Zamfara, avec le soutien de l’Union européenne et en collaboration avec l’Agence pour le développement des soins de santé primaire.

Dans un contexte de crise sanitaire telle que celle liée au Covid-19, la nutrition est plus importante que jamais : elle aide à renforcer les défenses immunitaires contre toutes sortes de maladies. Au Nigéria, dans les Etats de Sokoto et Zamfara, le déplacement de nombreuses familles à la suite d’attaques dans leurs villages a engendré des situations de faim extrême. Les restrictions liées au Covid-19 et la fermeture des frontières ont empiré la situation, augmentant le nombre d’enfants malnutris. Aujourd’hui, l’Etat de Sokoto a la plus grande prévalence en malnutrition du pays, avec 7,9% des enfants âgés de 6 à 59 mois touchés par la malnutrition sévère.

La détresse d’une mère

Un an après que des brigands aient forcé Zumaira Lawal et sa famille à fuir de leur village, Kamitau, dans l’Etat de Sokoto, elle doit se battre pour maintenir en vie son enfant de trois ans souffrant de malnutrition.

Zumaira a 22 ans. Son mari ainsi que 24 autres villageois ont été massacrés le jour de l’attaque de leur village. « C’était horrible. J’ai réussi à m’échapper avec mes trois enfants, sans rien pouvoir emporter. Ils ont volé nos terres et nos vaches. », raconte-t-elle. En plus de l’attaque, les restrictions et la fermeture des frontières dans le cadre de la lutte contre la pandémie de coronavirus ont contribué à l’augmentation des prix des denrées alimentaires de base et donc à l’accroissement du niveau de faim. « La situation s’empire. Les gens nous évitent car ils croient que nous sommes porteurs du virus, et le prix de la nourriture est très élevé », dit-elle.

Quand son dernier fils, Hassan, est tombé malade il y a six mois, Zumaira a tout essayé pour le sauver. « Je lui ai donné des herbes et des médicaments, mais son état s’est empiré. Il a complètement arrêté de manger. », raconte-elle. « Quelqu’un m’a parlé des programmes d’UNICEF pour la malnutrition au Centre de santé primaire de Sabon-Gari Dole, et j’y ai amené mon bébé pour qu’il soit traité. » Deux semaines plus tard, Hassan a commencé à reprendre du poids et il est aujourd’hui sur le chemin de la guérison. 
Hassan est l’un des nombreux enfants qui reçoivent actuellement des traitements gratuits contre la malnutrition aigüe au Centre de santé primaire Sabon-Gari Dole, dans l’Etat de Sokoto. Depuis octobre 2019, près des 150 enfants ont été traités et sauvés de la malnutrition dans ce centre.

Davantage d’unités de traitement de la malnutrition sont mises en place 

UNICEF a mis en place des unités de traitement de la malnutrition sévère aigüe dans 20 services de santé – 7 à Sokoto et 13 à Zamfara, , avec le soutien de la Protection civile et des Opérations d’aide humanitaire européennes, et en collaboration avec les Agences pour le développement des soins de santé primaire des Etats de Sokoto et Zamfara,

« Quand un enfant arrive ici, nous mesurons d’abord la circonférence de son bras », explique Bashar Saidu, officier en charge de la malnutrition sévère au Centre de santé primaire de Sabon-Gari Dole. « Si cette mesure est en dessous de 11,4 centimètres, si l’enfant n’a aucun autre problème médical et s’il pèse 4 kilogrammes ou plus, alors il sera admis dans le programme. Nous adressons les enfants malnutris qui présentent d’autres problèmes de santé à un service spécialisé. »

Depuis octobre 2019, 4 565 enfants atteints de malnutrition sévère ont été admis dans le programme à Sokoto et 5 755 à Zamfara, explique Walton Beckley, Spécialiste de la nutrition pour UNICEF. Parmi ces enfants, ils sont 3 963 à Sokoto et 5 957 à Zamfara à avoir guéri suite au traitement. « A Sokoto, 5 688 femmes enceintes et mères d’enfants de moins de deux ans ont reçu des conseils pour nourrir leurs enfants et ainsi prévenir la malnutrition », ajoute Walton Beckley. « A Zamfara, près de 8 219 femmes ont reçu les mêmes conseils. »

L’impact de la pandémie de Covid-19 sur le programme de nutrition

Pour Walton Beckley, la pandémie a eu un impact sur le programme. « Nous observons une augmentation du nombre d’enfants malnutris qui viennent pour être traités et cela peut être lié au Covid-19. De nombreux parents n’ont plus de revenus et ont maintenant du mal à nourrir leur famille », explique-t-il.

« Le confinement et les restrictions de mouvement ont eu un effet négatif sur beaucoup d’entreprises. De nombreuses personnes ont perdu leurs emplois ou se retrouvent sans leur source de revenu habituelle. En peu de temps, le nombre d’enfants souffrant de malnutrition a augmenté et l’on pense que cette tendance va se maintenir avec la propagation de la pandémie », a déclaré Walton Beckley.

Le travail pour faire face à la malnutrition est plus important que jamais, mais aussi plus à risque que jamais. Les travailleurs en première ligne – dont les personnels d’UNICEF – sont engagés à continuer leurs activités, essentielles pour les enfants, mais sont confrontés à des risques et dans l’incertitude de savoir quand la Covid-19 touchera  les communautés pour lesquelles ils sont mobilisés.