Dans le camp de Kass, 40 000 personnes déplacées...

Publié le 08 août 2005 | Modifié le 31 mars 2016

Sacha Westerbeek, chargée de communication pour l'UNICEF au Darfour rapporte que la malnutrition menace sérieusement la vie de beaucoup d'enfants là-bas.

« Aujourd’hui j’ai été à Kass. Ce village et son camp sont à environ 85 km de Nyala et accueillent près de 40 000 personnes déplacées. Nous sommes partis avec un petit convoi de 2 voitures. Sur cette route, nous devons faire des contrôles radios régulièrement à cause de l’insécurité qui règne. La zone que nous traversons me rappelle un peu l’Oshana en Namibie : c’est sec et désertique. La grande différence sont les troupeaux de chameaux que je vois le long de la route. Bien que beaucoup de villages soient abandonnés, je remarque qu’il y a plein de gens qui labourent les champs.

Certaines personnes avec qui j’ai discuté m’ont raconté qu’ils venaient de Kailek. C’est seulement cette semaine que j’ai su pour Kailek, situé à 64 km au sud ouest de Kass. C’est une histoire terrible. A peu près 23 villages dans les environs de Kailek ont été attaqués dans les premiers mois de l’année et les habitants ont fui vers Kailek où ils ont été assiégés pendant plus de deux mois. Un groupe d’environ 1 700 personnes déplacées était concentré à l’intérieur d’une petite zone du centre ville, vivant dans des conditions épouvantables sous des arbres ou des abris de branchages. Essayez d’imaginer comment serait la vie avec un accès limité à la nourriture, au bois et à l’eau. Pendant le siège, aucune installation sanitaire ne fonctionnait et la seule personne avec des connaissances rudimentaires en médecine était juste formée aux premiers secours et n’avait aucun accès aux médicaments de base. On estime qu’il y avait environ 300 enfants de moins de 5 ans à Kailek et environ 80 % d’entre eux souffraient de malnutrition. Pendant le deuxième mois, il y avait 7 à 9 morts par jour. Les causes principales de décès étaient des complications dues à la malnutrition, la déshydratation, le paludisme et les infections respiratoires.

Une des premières femmes avec qui je parle au camp de Kass est Asha. Elle souffre d’un goitre et a un gonflement de la gorge. C’est un problème très courant lorsqu’on manque d’iode. Plus tard, je découvrirai qu’elle vient de Kailek. Elle a un fils de 16 ans, Osman, qui est dans un piteux état. Andi le nutritionniste de l’UNICEF mesure son bras. Son état est très sérieux : le tour de son bras fait 13,4 cm, un enfant de 5 ans est nutritionnellement en danger avec la même mesure, alors un adolescent de 16 ans. Nous conseillons à sa mère d’envoyer Osman à la clinique qui se trouve 20 mètres plus loin. Même si cet enfant ne fait pas partie du groupe d’âge qui bénéficie d’une alimentation additionnelle ou thérapeutique, il a besoin d’assistance le plus vite possible. Il est probable qu’il souffre de la tuberculose et combiné à son état de malnutrition sévère, il lui faudra beaucoup de temps avant de reprendre des forces. La clinique derrière l’abris de Asha et Osman est fournie en médicaments par l’UNICEF. Là-bas au moins ils pourront lui donner les soins dont il a besoin. Parce qu’il n’a pas été soigné pour sa maladie à temps, il devra également aller au centre de nutrition thérapeutique. A son âge il devrait jouer avec ses amis ou courir après les filles, et non pas être assis silencieusement devant son nouvel abri.

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