Darfour : une situation toujours dramatique

Publié le 04 février 2010 | Modifié le 31 mars 2016

4,7 millions de personnes sont aujourd’hui touchées par le conflit au Darfour. Les 16 ONG expulsées par les autorités soudanaises en mars 2009 n’ont pas encore eu le droit de revenir. Il faut donc continuer d’aider les populations sans elles. Le point sur la situation actuelle au Darfour avec Thomas Davin, Responsable des urgences au bureau régional de l’Unicef au Moyen Orient et Afrique du Nord.

Avez-vous réussi à combler le vide laissé par l’expulsion des ONG ?

Le point positif, c’est que nous avons effectivement réussi à combler une bonne partie du vide laissé par le départ de ces Organisations non gouvernementales. Il faut dire que les agents nationaux des ONG expulsées ont pu rester sur place. Mais la réponse de la communauté internationale après l’expulsion de ces ONG a été incroyable : tout le monde s’est serré les coudes pour pouvoir continuer à soutenir les populations. Nous avons réussi à trouver quelques nouvelles ONG pour nous aider et certaines organisations encore présentes ont étendu leur domaines d’action.

Quel vide reste-t-il aujourd’hui à combler au Darfour après cette expulsion?

La réaction de la communauté internationale a été très cohérente mais il reste effectivement des vides aujourd’hui. Par exemple, avant l’expulsion, il y  avait 38 endroits où les ONG travaillaient pour fournir de l’eau potable et de l’assainissement aux personnes affectées par le conflit. Aujourd’hui, l’Unicef continue de coordonner la distribution d’eau potable dans 36 de ces points. Mais seule la moitié de ces zones sont aujourd’hui « couvertes » en termes d’assainissement.

Et quelles conséquences de cette expulsion sur la malnutrition des enfants ?

Déjà avant l’expulsion des 16 ONG, l’Unicef pourvoyait environ 70% de l’aide nutritionnelle au Darfour. Après l’expulsion, nous avons accepté de prendre à notre charge le salaire de leurs employés qui ont pu rester au Darfour, pour que l’état nutritionnel des enfants ne soit pas aggravé par ce départ. C’est une charge financière importante.  Nous continuons donc notre plaidoyer auprès du gouvernement pour le retour de ces ONG ! De même l’éducation et la protection des enfants pâtissent toujours de l’absence de ces partenaires essentiels à notre travail.

Sur place, avez-vous accès à toutes les populations affectées ?

Nous estimons aujourd’hui avoir accès à environ 75% des déplacés au Darfour. Avant, nous n’avions pas possibilité d’aller dans certaines zones à cause des combats. Aujourd’hui, ces combats sont plus épisodiques mais ce sont les pillages et les violences spécifiquement dirigées contre le personnel humanitaire qui nous affectent le plus. Des agents humanitaires ont déjà été kidnappés.

Quelles perspectives au Darfour pour 2010 ?

Nous sommes inquiets pour le Darfour car nous devons maintenir le financement dans cette région. Or les donateurs se sont fatigués, ils se désintéressent de ce pays car ils pensent que la région est stabilisée. Mais la situation est toujours dramatique au Darfour. Et aussi dans le sud Soudan.

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