Démobilisation des enfants soldats au Soudan en 2001 (FS)

Publié le 18 mai 2005 | Modifié le 31 mars 2016

La démobilisation de 3 551 enfants soldats au Sud-Soudan : Tous les enfants libérés en février 2001 (certains avaient à peine 6 ans) ont été exposés au conflit à des degrés divers. Certains n'ont suivi qu'une formation militaire de quelques semaines, d'autres ont dû assister ou participer à la guerre dans toute son horreur. La tâche de l 'UNICEF était donc double : d'une part les démobiliser et d 'autre part leur donner la possibilité de reprendre une vie normale dans leur famille. La seconde partie prend davantage de temps car il faut aider les enfants à assimiler ce passé douloureux à l'aide de services psychosociaux et les réinsérer socialement via l'école ou via l'apprentissage d'un métier.

Phase 1 : Démobilisation Février 2001

3 501 enfants soldats de la SPLA, âgés de 6 à 18 ans, déposent les armes et abandonnent leurs uniformes sur une piste de décollage près de Bahr el Ghazal, près de la zone des combats. Il est important pour les enfants que leur démobilisation ait une dimension officielle et formelle. Elle doit clairement signifier une cassure avec le passé.

L'UNICEF transfère ensuite les enfants vers un lieu sûr : le district de Rumbek. Pour ce faire, l'UNICEF met un véritable pont aérien en place. Les anciens enfants soldats sont alors enregistrés -avec ces données l 'UNICEF pourra se mettre à la recherche de leur famille - et conduits vers l'un des 8 camps de transit construits spécialement pour eux.

En février 2001, l 'UNICEF a réussi à faire libérer 3 551 enfants soldats au Soudan. Il s 'agit de la plus grande opération de démobilisation d 'enfants jamais réalisée en temps de guerre. L 'opération est un bon exemple des actions de démobilisation, de réhabilitation et de réinsertion que l 'UNICEF et ses partenaires mettent en place au Soudan et aux quatre coins de la planète. L'objectif de l 'UNICEF étant de démobiliser tous les enfants soldats et de s 'assurer qu 'aucun enfant ne soit recruté dans le futur. Car la guerre n 'est pas un jeu d 'enfant !

Contexte

Le Soudan est en proie à la guerre civile la plus longue de l 'histoire contemporaine d'Afrique. Depuis 1956, en effet, le gouvernement islamique de Khartoum et les populations animistes et chrétiennes regroupées majoritairement sous la SPLA (Sudan People's Liberation Army) du Sud-Soudan se livrent une guerre sans merci. Mais des conflits existent également entre tribus et au sein de mêmes ethnies.

L 'UNICEF et les Nations Unies entreprennent des négociations depuis plusieurs années avec les différentes parties belligérantes du Sud Soudan dans le cadre de l 'opération « Lifeline Sudan » mais également pour faire respecter le concept « enfants zone de paix ».

L 'UNICEF développe plus particulièrement des actions visant à démobiliser des enfants soldats et à les resocialiser. Ces actions ont été couronnées de succès à plusieurs reprises. La SPLA et son leader, John Garang, par exemple, se sont d 'ores et déjà engagés à ne plus recruter des enfants dans leurs rangs. Fin février 2001, suite à de très longues négociations entreprises avec la SPLA (Sudan People's Liberation Army) la faction rebelle la plus importante du pays, l'UNICEF est parvenu à libérer et à évacuer 3 551 enfants soldats par avion depuis les zones de combat du nord de la province de Bahr el Ghazal vers la région de Rumbek.

Peter Mawien, 13 ans, était sergent dans la SPLA et il avait la réputation d'être un bon combattant. La démobilisation l'a un peu déstabilisé. C'était un nouveau tournant dans sa vie. Mais il réalise qu'il a une chance unique de se réinsérer dans la société. «Si j'ai la possibilité de recevoir une formation »,dit-il, « alors je voudrais bien devenir docteur ou prêtre ». Dans quelques minutes, Peter va revoir sa famille. Il est très excité. « Je n 'aurai un avenir que si je vais à l 'école », confie Peter. Lorsque Peter court aujourd'hui, c'est pour jouer et non plus pour sauver sa vie. Il peut enfin rêver d 'un avenir meilleur.

L 'UNICEF et ses partenaires internationaux et soudanais ont un eux aussi un objectif bien précis pour l 'avenir : chercher d 'autres enfants dans d 'autres régions et d 'autres factions.

Phase 2 : Réhabilitation

Dans les camps de transit construits en quelques jours, tout le monde a accès à de l 'eau potable, de la nourriture et des médicaments. Des choses simples mais dont les enfants ne disposaient pas du tout auparavant. Les enfants souffrant de maladies chroniques peuvent enfin être soignés. Les garçons ayant des maladies plus graves comme la tuberculose sont également traités.

Comme la plupart de ces garçons ont été habitués à vivre dans un environnement hostile et inadapté à leur âge, ils portent en eux une certaine tension et de l'agressivité. Le sport va les aider à se défouler, à évacuer leur agressivité et à traiter certains traumatismes psychologiques. Les enfants se font plaisir. Ils redécouvrent un peu des sensations perdues, les joies de l'enfance. Ils ont aussi la possibilité de suivre des cours d'éducation primaire. Il est important que les enfants s'occupent. Pendant ce temps, à l 'aide des fiches d'enregistrement, l 'UNICEF et ses partenaires se sont mis à la recherche des parents ou des familles des enfants soldats.

Phase 3 : Réinsertion et réintégration

Lorsque la famille a été localisée, les enfants sont conduits chez eux. On remet la fiche de santé des enfants aux parents. Les communautés où retournent les enfants reçoivent aussi un soutien de l 'UNICEF dans le cadre de ses programmes de soutien intégrés. Grâce à ces programmes les plus jeunes pourront retourner à l 'école ou suivre des cours. Dans certains cas ceux ci sont donnés par les jeunes eux-mêmes. Les adolescents et les plus âgés recevront des formations en artisanat et suivront un apprentissage professionnel. Ces cours de formation seront associés à des programmes de mini-gestion et de micro-crédit afin de permettre aux jeunes de gagner leur vie. Les enfants et les jeunes seront suivis afin de vérifier si la réunification et la réinsertion se déroulent normalement. L'UNICEF développe aussi une campagne destinée à sensibiliser les enfants, les parents, les communautés et leurs chefs et les militaires au droit des enfants de ne pas être recrutés comme soldats.

UNICEF France/mars 2004.

Soutenir nos actions