Des milliers de bébés abandonnés en Roumanie

Publié le 10 mars 2005 | Modifié le 28 décembre 2015

Alors qu’une nouvelle loi sur les droits de l’enfant entre en vigueur en Roumanie, un rapport indique que les bébés sont tout autant victimes d’abandon dans les maternités et les hôpitaux pédiatriques du pays qu’il y a trois décennies.

Alors qu’une nouvelle loi sur les droits de l’enfant entre en vigueur en Roumanie, un rapport indique que les bébés sont tout autant victimes d’abandon dans les maternités et les hôpitaux pédiatriques du pays qu’il y a trois décennies.

Selon une enquête menée conjointement par le ministère de la santé et l’UNICEF, auprès de plus de 150 institutions médicales, plus de 4 000 nourrissons ont été abandonnés dans les maternités des hôpitaux roumains en 2004, soit 1,8% des nouveau-nés en Roumanie.

Le rapport Situation des abandons d’enfants en Roumanies indique que les mères qui abandonnent leurs enfants sont très jeunes, peu éduquées, et vivent dans une extrême pauvreté. Le pourcentage de bébés abandonnés et qui sont nés avec un poids inférieur à la normale (34%) est quatre fois plus élevé que la moyenne roumaine (8,5%).

« Malheureusement, les jeunes mères qui se rendent à l’hôpital doivent faire face à des comportements et des pratiques très conservatrices. Le système demeure très traditionnel et pénalise les pauvres et les personnes déjà marginalisées », explique Pierre Poupard, représentant de l’UNICEF en Roumanie.

Le rapport met en perspective les attentes liées à la nouvelle législation sur la protection de l’enfance en Roumanie, entrée en vigueur le 1er janvier dernier. Il appelle à une mise en pratique de cette nouvelle législation, qui promeut une approche commune de la protection de l’enfance. Les responsabilités seraient réparties entre plusieurs secteurs tels que la santé, l’éducation, les affaires sociales, ainsi que des services intégrés au sein des communautés.

Démontrant le besoin de tels services, le rapport cite en exemple la confusion d’une jeune mère célibataire de 17 ans qui ne savait pas où aller ni que faire de son bébé après son accouchement dans un hôpital. Loin de l’aider, explique-t-elle, « une infirmière m’a dit qu’il vaudrait mieux ne pas trop voir l’enfant, de le laisser là et commencer une nouvelle vie. Elle m’a recommandé surtout de ne pas essayer de m’attacher à lui, car cela risquait de créer des problèmes dans le futur pour cet enfant. »

Le rapport Situation des abandons d’enfants en Roumanie résulte d’un engagement de l’UNICEF, du gouvernement et des ONG à identifier le problème, expliquer ses causes et préconiser des solutions afin de réduire de façon drastique ce phénomène et ses conséquences. Les résultats confirment que ce défi n’est pas insurmontable et, bien que complexe peut être endigué.

Les jeunes mères célibataires par exemple qui doivent faire face à la désapprobation de leur famille ont besoin de soutien pour assumer leurs nouvelles responsabilités, dont l’accès aux services de la communauté. Les mères sans domicile fixe ou vivant dans des conditions précaires qui prennent la décision de laisser leur enfant dans les hôpitaux pédiatriques pour les protéger ne sont pas conscientes de l’impact négatif qu’engendre une longue séparation avec la famille.

Le rapport recommande une action urgente pour l’enregistrement des naissances, en lien avec le droit de chaque enfant à avoir un nom, une nationalité et une famille. A cause des lacunes du système d’enregistrement des naissances, 31,8% des enfants abandonnés dans les hôpitaux pédiatriques n’ont pas de papiers d’identité. Cela les rend invisibles au niveau légal et du coup extrêmement vulnérables aux dangers comme le trafic.

Enfin, le rapport encourage la mise en place d’indicateurs appropriés, d’un suivi efficace et de systèmes d’évaluation afin de garantir des améliorations constantes dans la qualité des services de bases pour les enfants et les familles – un rempart contre l’abandon d’enfant.

« La nouvelle législation va dans la même direction que la Convention relative aux droits de l’enfant et l’UNICEF est prêt à tenir son rôle » a déclaré Pierre Poupard. « Nous apportons notre soutien aux institutions qui mettront en application la nouvelle législation et aux situations désespérées – comme celle de l’établissement qui héberge plus de 230 enfants de moins d’un an - nous pouvons soutenir immédiatement des évaluations individuelles et développer des plans sur mesure pour protéger chaque enfant. Nous aiderons également la Roumanie à mettre en place ce que nous appelons un environnement protecteur pour tous les enfants – un environnement qui les préserve du danger de la même façon qu’une bonne alimentation et des soins médicaux les protègent de la maladie. »

Le rapport Situation des abandons d’enfants en Roumanie (uniquement en roumain) a été présenté aujourd’hui par Pierre Poupard, le représentant de l’UNICEF Roumanie, dans les bureaux de l’UNICEF à Bucarest.

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