Des violences familiales à la rue

Publié le 09 décembre 2010 | Modifié le 31 août 2015

À 16 ans, Khaled a dû quitter sa maison, à Sanaa, la capitale yéménite. Il ne supportait plus que son père le frappe. Mais à son âge, vivre dans la rue représente de grands risques. Sans argent et sans aide, un adolescent peut vite se retrouver dans des situations irréversibles. Malgré cela, Khaled a préféré partir et espère un avenir meilleur.

 

 

« Mon père me battait tout le temps, pour toutes sortes de raisons », explique le jeune homme. « Une fois, il m'a même cassé le bras ». Finalement, l’adolescent s'est enfui de chez lui et a gagné les montagnes à l'ouest de Sanaa. Il est parti en emmenant son frère Hamed, 7 ans. Á ce moment-là, il pensait que « peut-être quelqu'un [les] adopterait. ».

Dans le cadre d'un projet appuyé par l'Union européenne, l'Unicef travaille avec le gouvernement du Yémen sur des réformes en matière de législation, dans le but d'infliger des peines plus lourdes aux trafiquants et d'accroître la responsabilité des parents qui maltraitent leurs enfants. D'après les données récentes de l'Unicef, 94 % des enfants yéménites, âgés de 2 à 14 ans, ont subi une certaine forme de maltraitance. Souvent, ces enfants imaginent trouver une vie meilleure en Arabie Saoudite, mais la réalité est tout autre : une fois la frontière passée, ils deviennent mendiants ou domestiques. Et comme si cela ne suffisait pas, nombre d'entre eux seraient victimes de violences.

 

L’Unicef soutient des centres d’accueil

 

Aujourd’hui, Khaled et Hamed sont pris en charge dans le centre d'accueil de Harad, à Sanaa. Créé par le ministère des Affaires sociales et du travail, avec l'appui financier et technique de l'Unicef, il est géré en coopération avec la Fondation Al Saleh, une ONG nationale. Depuis qu’il a ouvert en 2004, le centre a accueilli plus de 10 000 enfants, presque tous des garçons.

Comme Khaled et Hamed, les garçons du centre affirment s’être enfuis de chez eux pour ne plus subir les coups, trop violents et trop systématiques, de leurs parents. Et même si aucun des garçons qui est pris en charge actuellement par le centre n’a eu affaire à des trafiquants, 60 % des enfants qui y passent signalent qu'ils ont été approchés par de tels individus. «Les enfants qui sont amenés ici sont hébergés, nourris, et ils bénéficient de soins médicaux, d'une éducation et d'un soutien psychologique », explique Nabil Shalif, le directeur du centre. « Si nous ne faisions pas ce travail, ces enfants seraient probablement encore dans la rue, » souligne t-il. « Ils ignorent leurs droits et ne comprennent pas qu'ils ne devraient pas avoir à souffrir de violences chez eux. Lorsqu'ils arrivent au centre, ils commencent à penser à cela. »

Après un court séjour dans le centre de Harad, Khaled comprend mieux les options dont il dispose. Il a renoncé à partir tout seul en Arabie Saoudite. « Si je rentrais chez moi, j'aimerais beaucoup vivre avec ma grand-mère, » confie t-il. « Si c’est impossible, je pourrais peut-être vivre dans un établissement pour enfants à Sanaa. » À cet instant, le jeune homme marque une pause, jette un rapide coup d'œil à son petit frère et ajoute avec beaucoup de calme : « Quoi qu'il arrive, je veux simplement que quelqu'un de gentil prenne soin de nous et nous aide à retourner en classe. »

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