Deux mois après les inondations du Bénin, l’Unicef fait le point

Publié le 16 novembre 2010 | Modifié le 31 mars 2016

En août dernier, des pluies torrentielles se sont abattues sur le Bénin. Les grands fleuves ont débordé, faisant des dizaines de milliers de sinistrés. Quelques zones du nord ont également été touchées, dans une moindre mesure. Aujourd’hui, l’Unicef met tout en œuvre pour venir en aide aux familles les plus vulnérables et en particulier aux enfants. Isabelle Bardem, représentante adjointe de l’Unicef au Bénin, répond à nos questions.

 

 

1) Comment s’organise l’action de l’Unicef ?

 

Sur les 77 communes du pays, 55 ont été touchées par les inondations. Fin octobre, nous avons recensés 680 000 sinistrés, dont 186 000 femmes et 195 000 enfants.  L ’Unicef s’est  immédiatement mobilisé sur plusieurs secteurs d’intervention : l’eau, l’hygiène, l’assainissement et l’éducation. Avec nos partenaires, ONG et gouvernements, nous nous sommes concentrés sur les communes les plus touchées par les inondations, dans le sud, car ce sont les plus pauvres du pays. Pour la plupart, les habitations sont construites sous le niveau de la mer et il n’y a actuellement pas de plan d’aménagement urbain. Les lagunes, les lacs ont débordé. Dans des situations de crise comme celle-ci, il y a toujours une réponse rapide, prête au cas où. Pour éviter une flambée de malnutrition aigüe, nous tenons prêts des stocks de sachets de plumpy’nut. En parallèle, nous faisons un travail de fond, en évaluant les besoins en nutrition, qui peuvent  survenir plus tard. Si une mauvaise situation alimentaire se prolonge, cela peut avoir un impact négatif sur la nutrition.

2) Comment l’Unicef approvisionne les personnes sinistrées en eau potable ?

 

L’ accès à l’eau potable est notre priorité. L’Unicef aide le gouvernement à  fournir en eau potable les communautés affectées. Grâce à une collaboration commune, nous avons déjà réhabilité 837 points d’eau et 1797 puits familiaux. Si la situation devient trop critique, nous faisons toujours en sorte que les enfants aient accès aux sachets de sels de réhydratation. Nous aménageons également des latrines  et travaillons   aussi auprès des familles. Nous apportons des kits d’eau potable qui contiennent des aquatabs (comprimés chlorés) et des savons. Pour les familles les plus démunies, nous distribuons des bidons contenant 10 litres d’eau potable.

3) Comment l’Unicef prend en charge les enfants qui ne peuvent pas encore retourner à l’école ?

 

L’Unicef a commandé 40 000 kits scolaires, avec les fournitures essentielles pour aller en classe. Mais les situations sont très variables d’une zone à une autre. Il y a des écoles qui n’ont pas été affectées, d’autres écoles qui ont été affectées, mais où la classe a pu reprendre car les eaux se sont retirées et enfin, il y a des écoles qui sont encore complètement inondées où les cours ne peuvent  pas recommencer. Pour ce cas de figure, nous sommes en train de voir à quel endroit la classe peut reprendre, ailleurs que dans l’école. Normalement, la rentrée aurait dû avoir lieu le 4 octobre, ce qui é été le cas à  certains endroits. D’autres écoles ont rouvert leurs portes le 8 novembre seulement. Il y a aussi des problèmes d’accès. Dans de nombreuses écoles, les eaux se sont retirées, mais les communautés ne veulent pas laisser leurs enfants retourner à l’école craignant qu’ils ne se noient sur le chemin. Enfin, s’il y a trop d’eau par terre, le sol ne peut plus rien absorber, ce qui nous empêche d’installer des tentes scolaires. Aujourd’hui, nous cherchons surtout à trouver des solutions pérennes.

 

4) Quel est le message fort que vous voulez faire passer ?

 

Le Bénin est affecté par des inondations tous les ans. C’est pourquoi, il y a un besoin d’un appui sur le long terme. Nous travaillons d’ores et déjà avec des familles pour que les bonnes pratiques de l’hygiène soient adoptées par tous. Si l’hygiène est respectée,  de nombreuses maladies peuvent être évitées. Malheureusement, les inondations augmentent le risque de maladies hydriques comme le choléra et le paludisme, alors nous distribuons des moustiquaires imprégnées et nous sensibilisons les communautés sur les questions d’hygiène.

Par ailleurs, les inondations exacerbent des thématiques que l’on couvre dans nos programmes réguliers. Des crises comme celle-ci se déroulent en parallèle à des programmes de développement à long terme. De manière générale, l’Unicef travaille avec les communautés pour intervenir en amont. Mais après des inondations de cette ampleur, nous devons être encore plus vigilants en ce qui concerne le trafic d’enfants ou le risque de déscolarisation.

Avant les inondations, le Bénin avait un taux de scolarisation très important, surtout dans les premières années de l’école primaire. Mais par la suite, il y avait de fortes déperditions. On se bat pour que les enfants dont les écoles ont réouvert retournent bien en classe et pour que ceux qui n’étaient pas scolarisés puissent le devenir. Dans les familles pauvres, ces inondations peuvent avoir un effet dévastateur ! Souvent, les parents envoient leurs enfants, en ville, ou dans les pays voisins comme le Niger ou le Gabon pour de l’argent. En tout cas, après les inondations, il faut faire en sorte que les enfants souffrent le moins possible dans le cadre de leur scolarité et dans leur cadre familial.

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