Djibouti : l'UNICEF engagé contre la malnutrition

Publié le 14 mai 2006 | Modifié le 31 mars 2016

Alors que la sécheresse frappe la Corne de l'Afrique, Thomas Davin explique l'action menée par l'Unicef à Djibouti, notamment contre la malnutrition.

Comment s’explique la très grande vulnérabilité de Djibouti face à la sécheresse ?

C’est un pays très pauvre. Son indice de développement humain le place au 153e rang sur 175 dans le classement des Nations unies. Il ne produit que 3% de ses ressources : le reste doit être importé, ce qui rend donc le coût de la vie plus cher que dans beaucoup de pays d’Afrique. Avec moins de 2,8$ par jour et par personne, 73% de la population vit sous le seuil de pauvreté relative. Le manque d’eau est ressenti depuis au moins cinq ans. Derrière ce manque récurrent pour les populations djiboutiennes, la sécheresse plus grave de cette année met en lumière des causes sous-jacentes qui, au-delà d’une insuffisante pluviométrie, comprennent un manque d’implications communautaires dans la gestion des puits, pas de priorité donnée au rural par le gouvernement. Certains puits se détériorent. D’autres fonctionnent au moyen de générateurs et de pompes qui nécessitent du carburant, ce qui a donc un coût pour la population. Les priorités pour l’Unicef Djibouti sont donc de sauver des vies dans l’immédiat, et de trouver des solutions aux problèmes structurels, dans le court et moyen terme. L’Unicef appelle à la générosité de ses bailleurs de fonds pour financer ces deux facettes de l’action.

Qu’est-ce qu’entreprend l’Unicef ?

Nous encourageons la création de puits à pompes manuelles ou solaires, en particulier pour la population rurale, mais aussi les populations des zones péri-urbaines de la capitale, qui n’ont pas l’eau courante et qui sont actuellement approvisionnées par camions citernes. Mais l’Unicef se focalise sur le rural, qui a été longtemps délaissé en raison de son caractère minoritaire (83% de la population est urbaine). Ce sont les communautés pastorales, qui sont les premières victimes de la sécheresse : en perdant leur cheptel, elles sont privées de lait, de viande et des ressources de la vente du bétail. Elles dépendent de l’aide internationale, en particulier de celle du Programme alimentaire mondial (PAM).

Quelle est l’action de l’Unicef en matière de malnutrition ?

Il existe deux hôpitaux dans la capitale, Pelletier et Balbala, pour répondre à la malnutrition sévère. Ils sont soutenus par l’Unicef depuis décembre dernier : des outils de poids et mesures ont été commandés, ainsi que du lait thérapeutique. Mais une formation a surtout été faite aux équipes médicales de ces hôpitaux ainsi qu’à celles des cinq sous-hôpitaux du pays (50 personnes sur dix jours). La formation a permis de rappeler comment diagnostiquer la malnutrition, elle a mis en place des protocoles de nutrition thérapeutique et supplémentaire, ainsi qu’un mécanisme de suivi.

En quoi cela consiste-t-il ?

Tous les enfants ne peuvent pas être pris en charge dans les centres. D’ailleurs les critères occidentaux de malnutrition ne semblent pas adaptés à la morphologie de la population : ils tendent à surévaluer le nombre d’enfants sévèrement malnutris. Des rations de plumpy nut* sont distribuées : si l’enfant souffre encore de malnutrition au bout de quinze jours, alors il est admis en hôpital pour un séjour d’une à deux semaines, à 8 ou 9 repas par jour. S’il récupère jusqu’au stade de malnutrition modérée, il reçoit plumpy nut et supplémentation en huile, farine et sucre. Des registres permettent un suivi de l’enfant une fois rentré chez lui, afin d’éviter les rechutes.

Quels sont les résultats de cette démarche ?

Aujourd’hui, sur cinq enfant admis à l’hôpital pour malnutrition sévère, un enfant décède. Beaucoup d’enfants sont identifiés trop tard ou ne sont pas conduits à temps par leurs familles. Mais l’amélioration de la qualité des traitements et la mise en place des protocoles nous permet d’espérer réduire ce taux de moitié d’ici 6 mois, puis de descendre à 5% de mortalité d’ici un an. Actuellement, sur les deux hôpitaux de la capitale, 25 enfants sévèrement malnutris sont pris en charge chaque semaine.

*Plumpy nut : nourriture spécifique à la malnutrition, très riche en nutriments et énergie à base d’une mixture de céréales.

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