Enfants soldats : sanctionner les pays coupables

Publié le 10 août 2004 | Modifié le 29 décembre 2015

Alors qu’une pétition a été lancée pour exhorter à la démobilisation et à la prise en charge de ces enfants soldats, l’UNICEF France à l’occasion de ses 40 ans, publie pour la première fois un état des lieux alarmant sur la situation des enfants soldats et organise un colloque le 3 juin prochain.

Phénomène croissant depuis une dizaine d’années, le recours aux enfants soldats devient systématique dans les conflits des dernières années. En 1996, on estimait à 200.000 le nombre des enfants soldats, ils seraient aujourd’hui 300.000, répartis dans une vingtaine de pays en guerre. Si une comptabilité précise demeure difficile sur ce phénomène, 200.000 sont localisés en Afghanistan (8.000), en Angola (11.000), au Burundi (14.000), en Colombie (15.000), au Libéria (15.000), au Myanmar (76.000), en Ouganda (12.000), en République Démocratique du Congo (30.000), au Sri Lanka (1.300), au Sud Soudan (9.000). L’Afrique subsaharienne compte à elle seule environ 120.000 enfants soldats.

L’usage massif des enfants soldats, main d’œuvre docile et largement disponible, est devenu une nouvelle stratégie guerrière. Les enfants sont souvent arrachés à leur famille, coupés de leur vie d’enfant et conditionnés à la guerre. Parfois recrutés au-delà des frontières du pays ou formés à l’étranger, certains, tels des mercenaires passent de conflit en conflit.

Filles ou garçons, combattants, esclaves domestiques et/ou sexuels, porteurs de munitions, espions…Ces enfants subissent quotidiennement des violences physiques et psychologiques, ils sont drogués, victimes d’infections dues au manque d’hygiène et à la malnutrition, de maladies sexuellement transmissibles. En Afrique subsaharienne, on estime que les taux d’infections dus au VIH/SIDA sont 3 ou 4 fois plus élevés chez les combattants que dans les populations civiles.

La présence de filles, partout où les enfants soldats sont utilisés, est massive. En Ouganda et en Colombie, elles représentent près d’un tiers des enfants soldats. Si elles se battent (41 % d’entre elles participent aux combats) comme les garçons, elles sont plus exposées à la violence sexuelle des soldats. Ainsi, le recrutement systématique de filles aux fins d’esclavage sexuel a été confirmé pour toutes les régions du monde.

Ces enfants sont des armes, on détruit méthodiquement leur identité (ils sont souvent rebaptisés), on les déshumanise, car souvent sous l’emprise de la drogue ils sont influençables et manipulables. Le groupe devient leur nouvelle famille. Ils assistent ou participent à des actes de violences, ils transgressent leurs anciennes valeurs et interdits culturels et deviennent dépendants de cette famille de substitution. Du coup, certains d’entre eux résistent à la démobilisation.

De plus, pour une part de ces enfants, la guerre offre un statut, une fonction sociale avec des avantages matériels et l’exercice du pouvoir sur le reste de la population. Leur retour dans la vie civile est souvent difficile. Beaucoup ne supportent plus les ordres, la hiérarchie familiale et agressent leurs parents, leurs professeurs, les autres enfants.

L’UNICEF travaille depuis plusieurs années à la mise en place des programmes de Désarmement, Démobilisation, Réinsertion et Réintégration (DDRR). Grâce à ces programmes, 12.000 enfants ont été démobilisés au Soudan depuis 2000 et près de 7.000 en Sierra Leone depuis 2001. Depuis avril dernier, un programme de démobilisation des enfants soldats est en cours au Libéria avec pour objectif la réinsertion de 15.000 enfants.

Mais ces programmes coûtent cher. Ils nécessitent de nombreux intervenants (psychologues, éducateurs, travailleurs sociaux, médecins…). On évalue le coût de la démobilisation et de la réinsertion d’un enfant entre 1.000 et 1.500 dollars. Et pour certains, la réinsertion peut prendre plusieurs années, c’est un soutien à très long terme. L’effort financier pour soutenir ces programmes doit donc s’intensifier.

La prise de conscience du drame des enfants soldats est un phénomène récent. Les sortir de la guerre et les réinsérer est un enjeu mondial et urgent.

La communauté internationale a un rôle primordial dans cette lutte. A ce jour, 115 pays dans le monde ont signé et 69 ont ratifié le protocole facultatif à la Convention internationale des droits de l’enfant élevant l’âge minimal de participation aux conflits de 15 à 18 ans. Depuis 1999, 5 résolutions ont été votées par le Conseil de sécurité des Nations Unies. La dernière (1539) en date du 22 avril 2004 est un pas décisif, les gouvernements et les groupes d’opposition qui utilisent des enfants sont priés une dernière fois de présenter dans les 3 mois, des plans concrets pour libérer et stopper leur recrutement. Le Conseil de sécurité y déclare son intention d’appliquer des sanctions à l’égard des Etats contrevenants.

Afin d’aller plus loin dans la mise en œuvre effective de sanctions, la pétition lancée par l’UNICEF France à l’occasion de son 40e anniversaire demande au Conseil de sécurité et au gouvernement français l’application systématique des sanctions suivantes : comparution systématique devant la Cour Pénale Internationale, interdiction de voyager, de participer à toutes formes de gouvernance, de bénéficier d’une amnistie... à l’égard des Etats contrevenants, des dirigeants et des forces rebelles coupables de ces crimes contre les enfants.
 
« Pendant une année entière, l’UNICEF France se mobilise pour alerter le monde sur la situation des enfants soldats et demande le soutien de la société civile. Signer la pétition, c’est faire pression pour que 300.000 enfants soient arrachés à la guerre » déclare Jacques Hintzy, président de l’UNICEF France. Plus de 10.000 signatures ont déjà été récoltées. Les pétitions seront remises en fin d’année au Président de la République, M. Jacques Chirac et au Secrétaire des Nations unies, M. Kofi Annan.

Soutenir nos actions