Éradication de la polio en Afrique : une étape décisive

Publié le 20 avril 2005 | Modifié le 26 mai 2015

Vingt-trois pays sont lancés dans une course contre la montre pour enrayer la propagation du virus avant le début de la haute saison de transmission

La haute saison de transmission du virus de la polio débute dans quelques mois à peine et les pays africains redoublent d’efforts cette semaine pour toucher cent millions d’enfants lors de la deuxième des trois campagnes de vaccination prévues pour 2005. Cette deuxième phase, qui se déroulera du 9 au 12 avril, a pour but de contrôler l’épidémie avant que le virus ne se propage avec plus de rapidité pendant la haute saison, qui va de juillet à septembre.

L’étape est décisive sur tout le continent. La Corne de l’Afrique est menacée suite à la réinfection de l’Ethiopie, en janvier, par un virus en provenance du Soudan. L’Ethiopie, qui s’était débarrassée de la polio depuis 2001, vient de conclure la première phase de sa campagne nationale de vaccination. Elle espère enrayer la propagation du virus à l’intérieur de ses frontières et mettre à l’abri ses voisins les plus vulnérables, comme la Somalie ou Djibouti.

En Afrique de l’Ouest, le Mali est le sixième pays qui avait été officiellement reconnu comme débarrassé de la polio à confirmer la transmission du virus. De son côté, le Nigéria a recensé 32 cas au cours des trois premiers mois de l’année (la moitié des cas mondiaux), ce qui est très préoccupant.

En dépit de ces difficultés, les institutions des Nations unies ainsi que Rotary International et les Centers for Disease Control and Prevention américains (CDC), partenaires de l’Initiative mondiale d’éradication de la polio, témoignent d’un optimisme prudent quant aux chances de succès de cette nouvelle série de vaccinations.

Les premiers rapports indiquent que cette année, la première série de vaccinations a atteint au moins 95 millions d’enfants entre le 25 février et le 1er mars. Pour la première fois depuis des mois, les équipes de vaccination ont pu joindre des enfants vivant dans les régions les plus troublées du continent, comme la Côte d’Ivoire ou le Soudan. Comme les territoires frontaliers, les camps de réfugiés et les régions de conflit figurent parmi les zones comportant les risques de transmission les plus élevés, et aussi celles où il est particulièrement difficile d’acheminer les vaccins, la coopération entre gouvernements a été cruciale.

Malgré tout, on constate encore d’importantes lacunes dans la couverture vaccinale, allant jusqu’à 20 % dans certaines régions, et le nombre de cas reste élevé dans les zones les plus touchées.

« Nous sommes décidés à mettre fin en 2005 à la transmission de la polio en Afrique, affirme le docteur Ezio Murzi, directeur régional de l’UNICEF pour l’Afrique de l’Ouest et centrale. Mais il reste encore trop d’enfants qu’on n’arrive pas à joindre. Nous devons faire un dernier effort pour atteindre tous les enfants, partout, afin de ralentir l’épidémie et éradiquer le virus avant la chaleur et les pluies de juin. »

Au cours d’une visite récente du docteur Luis Sambo, directeur régional de l’OMS pour l’Afrique, au siège de l’Union africaine à Addis Abeba, le président de la Commission de l’Union africaine a réitéré qu’il s’était fermement engagé à ce que l’Afrique soit débarrassée de la polio d’ici à la fin 2005. De plus, le docteur Sambo a assisté à la cérémonie de lancement de la deuxième phase des Journées nationales de vaccination au Nigéria, sous l’égide du Ministre de la santé et du Gouverneur général de l’Etat de Zamfara.

« Nous ne devons reculer devant rien pour toucher tous les enfants qui n’ont pas encore été vaccinés, dit le docteur Sambo. Nous sommes tout près du but. Avec nos partenaires, nous allons maintenir notre effort jusqu’à la disparition complète de cette maladie. »

C’est en Afrique que l’on signale 75 % des cas de polio recensés dans le monde en 2005 (48 sur 64). La ligne de front pour combattre le virus sur ce continent s’est élargie, la polio ayant gagné quatorze pays, contre trois en 2002, et on retrouve le virus jusqu’en Arabie saoudite. Dans beaucoup de pays, des taux de vaccination d’enfants peu élevés, ajoutés à l’instabilité politique et aux mouvements de population, compliquent la tâche.

Les responsables de la santé ont réaffirmé qu’il était possible d’éradiquer la polio en Afrique en 2005, puisque des campagnes similaires ont pu l’arrêter en 2002-2003 dans tous les pays de la région sauf trois (Nigéria, Niger et Egypte). Cependant, le financement de la campagne reste un réel sujet d’inquiétude. Pour continuer à financer les différentes phases de vaccination en 2005, 75 millions de dollars seront nécessaires avant juillet. Il faudra 200 millions de dollars de plus pour payer les activités en 2006. 
 

A savoir :

L'Initiative mondiale pour l'éradication de la poliomyélite est dirigée par l'Organisation mondiale de la Santé (OMS), le Rotary International, les Centers for Disease Control and Prevention (CDC) des Etats-Unis et l'UNICEF. Le poliovirus est maintenant endémique dans six pays - Nigéria, Inde, Pakistan, Niger, Afghanistan et Egypte - contre 125 lorsque l'initiative a été lancée, en 1988. La polio se transmet par contact féco-oral et l’on s’en protège par un vaccin administré par voie buccale.

La coalition pour l'éradication de la poliomyélite regroupe les gouvernements des pays affectés, des fondations du secteur privé (par ex. la Fondation des Nations unies, la Fondation Bill et Melinda Gates), des banques de développement (par ex. la Banque mondiale), des gouvernements donateurs (par ex. l'Allemagne, l'Australie, l'Autriche, la Belgique, le Canada, le Danemark, l'Espagne, les Etats-Unis d'Amérique, la Fédération de Russie, la Finlande, la France, l'Irlande, l'Italie, le Japon, le Luxembourg, la Norvège, la Nouvelle-Zélande, les Pays-Bas, le Portugal et le Royaume-Uni), la Commission Européenne, des organisations humanitaires et non gouvernementales (par ex. la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge), des entreprises (par ex. Aventis, Pasteur, De Beers, Wyeth).

Les bénévoles des pays en développement jouent un rôle crucial ; 20 millions ont participé aux campagnes de masse.

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