Eric Laroche : « L'urgence est un vrai métier »

Publié le 30 décembre 2004 | Modifié le 24 juin 2015

Eric Laroche est Directeur adjoint des Urgences, Unicef Genève. Il nous explique comment l'UNICEF coordonne les secours en situation de crise.

Eric Laroche est Directeur adjoint des Urgences, Unicef Genève. Il nous explique comment l'UNICEF coordonne les secours en situation de crise.

 Comment réagit l’Unicef en cas d’urgence ?
La première chose sur laquelle nous devons informer, c’est la situation des enfants. Nous devons avoir des données et être capables de communiquer. L’avantage de l’Unicef, c’est que nous sommes sur le terrain, nous sommes présents dans 158 pays dans le monde. Dès que nous le pouvons, nous travaillons main dans la main avec d’autres partenaires et les gouvernements des pays s’engageant à répondre à l’urgence. Je pense par exemple à l’Inde et au Bangladesh. Mais d’autres pays s’y opposent. Nous, nous devons faire le maximum, même sans l’accord des gouvernements. Pouvoir parler aux gens sur le terrain, c’est un impératif humanitaire ! Dès que les responsables sur place ont évalué les besoins, nous envoyons la demande de fonds à New York. Mais déjà sur le terrain, on peut engager immédiatement entre 150 et 200 000 US$ sans l’accord du siège. Une fois que la demande de fonds est acceptée, s’engage une course contre la montre : il est question de vie humaines ! Nous contactons notre entrepôt d’approvisionnements à Copenhague, dont le travail a récemment bénéficié, par exemple, aux centaines de milliers d’enfants déplacés du Darfour. La Division est extrêmement réactive : en 48 heures, des kits sanitaires d’urgence ainsi que de grandes quantités de denrées non-périssables sont expédiés dans le pays.

L’urgence, c’est « LA » spécialité de l’UNICEF ?
L’Unicef est né pour répondre à l’urgence après la seconde guerre mondiale. La raison en était d’accorder une attention toute particulière aux besoins spécifiques de l’enfant dans l’urgence. Il peut y avoir des violations flagrantes des droits des enfants sans que pour d’autres organisation cela fasse l’objet d’une réponse d’urgence. Pour nous, oui. D’autre part, il est d’autant plus facile pour nous de réagir, car nous sommes déjà présents dans le pays quand les urgences éclatent, et nous connaissons donc très bien le contexte socio-ethnologique des pays. Les acteurs Unicef sont déjà intégrés au tissu social sur place. C’est une donnée très importante. Lorsque l’on fait de l’humanitaire, si l’on ne connaît pas le terrain, on peut faire plus de mal que de bien.

Peut-on dire que l’approche de l’urgence a évolué au sein de l’UNICEF?
L’urgence est quelque chose qui devient de plus en plus complexe. Tout s’imbrique : les politiques, les militaires s’y intéressent, les privés… Et puis les médias sont là en permanence ! Ce sont des acteurs incontournables de l’urgence. Cela veut dire que n’importe qui ayant une antenne satellitaire, de Rio à New Delhi, peut suivre en direct l’avancement d’une crise. L’accès généralisé aux médias fait que les gens sont mieux informés. Mais en même temps, ce n’est pas parce que l’horreur d’un conflit entre dans votre salon par le biais de la télévision que vous allez pouvoir changer les choses. L’époque à laquelle on pouvait prendre son sac à dos, son kit de médecin et partir faire de l’humanitaire est révolue. Aujourd’hui, l’urgence est un vrai métier. En Afghanistan dernièrement, on a pu voir des tas de jeunes qui n’avaient aucune expérience de terrain. Il leur faut donc un bon encadrement pour que ça fonctionne. C’est trop dangereux, on parle de vies humaines. L’urgence, ça ne s’improvise pas !

Savoir réagir à l’urgence, c’est donc aussi savoir intervenir après la crise ?
Bien sûr, après l’urgence, on entre dans une période de post-urgence, de transition, qui est toujours unique au pays. Ce n’est ni la paix, ni la guerre. Et, c’est à ce moment là que le pays est le plus vulnérable. Plus rien n’est en place. C’est là qu’il y a le plus d’exactions : au moment où la société civile redémarre. Par contre, les populations ont gardé des comportements résultant directement du conflit dont sort le pays : les enfants se retrouvent dans un climat de violence, beaucoup de femmes se font violer, les hommes ont gardé des réflexes de guerriers, on règle leur comptes… La période de transition est extrêmement difficile. Les équipes de l’Unicef sont présentes avant, pendant et après la crise. On connaît tous les systèmes de santé, on connaît les gens par leurs noms. C’est plus facile pour nous d’avoir une vision prospective de la situation et de nous organiser en conséquence.

En bref :
Pour répondre à l’urgence, outre la division des approvisionnements à Copenhague, l’Unicef a installé une série d'entrepôts stratégiques d'urgence en Afrique du Sud, en Thaïlande, à Dubaï et au Panama.
 

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