Est de la RDC : jusqu'à 75 000 personnes vivent dans un camp dans des « conditions infernales »

Publié le 08 décembre 2021

Jusqu'à 75 000 personnes vivant dans un camp isolé dans l'est de la RDC font face à des « conditions infernales ».

Ituri, République démocratique du Congo, 8 décembre 2021 - Jusqu'à 75 000 personnes déplacées - dont 35 000 enfants - vivant dans un camp de déplacés isolé et inaccessible au sommet d'une colline dans la province de l'Ituri, en République démocratique du Congo, font face à des « conditions infernales » sans nourriture, abri, protection, sécurité et assainissement adéquats, a averti l'UNICEF.

La taille du camp - situé à Rhoe, à 45 km au nord-est de la capitale provinciale Bunia et accessible aux agences humanitaires uniquement par hélicoptère - a presque quadruplé au cours des deux dernières semaines. L'accès humanitaire par voie terrestre n'est pas possible car les travailleurs humanitaires se sont vu refuser l'accès ou ont essuyé des tirs de groupes armés à plusieurs reprises au cours du mois dernier.

La croissance considérable du camp de Rhoe - on estime que jusqu'à 50 000 personnes sont arrivées au cours des deux dernières semaines - fait suite à plusieurs attaques de groupes armés sur les camps voisins de Drodro et de Tche, obligeant des milliers de personnes déjà déplacées à y chercher refuge.

Fuir dans l'espoir d'une protection

Au cours des dernières semaines, 35 enfants, dont 14 filles, auraient été tués ou blessés, certains ayant été hachés à mort par des hommes armés de machettes. Au moins 13 filles ont récemment été violées alors qu'elles tentaient de trouver de la nourriture dans les champs adjacents au camp.

Les miliciens ont également détruit trois hôpitaux et deux écoles dans la région. Il est impossible de vérifier les chiffres exacts sur le nombre de violations commises à l'encontre des enfants, notamment les enlèvements, en raison de l'insécurité persistante et du manque d'accès à la zone de Rhoe.

Le camp situé au sommet d'une colline se trouve juste à côté d'une base de maintien de la paix de la MONUSCO. Au moins 35 000 enfants y ont trouvé refuge, dont plus de 60 ont été séparés de leurs parents.

« Les personnes déplacées ont fui à Rhoe dans l'espoir de trouver une certaine forme de sécurité et de protection », a déclaré Ibrahim Cisse, responsable de l'UNICEF à Bunia, « mais en réalité, elles restent en danger. Environ 35 000 enfants et leurs familles endurent des conditions infernales, étant effectivement retenus en otage, sans pouvoir se déplacer, sur une colline isolée dans une partie dangereuse et inaccessible du Congo. Ils sont confrontés à de graves problèmes de nourriture, d'assainissement, de logement, de protection et de sécurité dans des abris désespérément surpeuplés et insalubres. »

Témoins d'atrocités

L'afflux de nouveaux arrivants a mis à rude épreuve le camp de Rhoe, situé sur un terrain inégal et souvent en pente, jusqu'au point de rupture. Beaucoup de ceux qui sont arrivés au cours des quinze derniers jours n'ont ni abri ni nourriture et doivent dormir à la belle étoile. Certains ont cherché un abri pour la nuit dans les latrines du camp.

Betune Ngave, 65 ans, résidente du camp, est un exemple typique de la souffrance de nombreuses personnes déplacées. Elle a été déplacée plusieurs fois depuis 2018, et a été témoin de viols et de meurtres de masse au cours de ce processus. Son mari a été décapité il y a trois semaines par des militants et six de ses sept enfants ont été tués dans une autre attaque en 2018.

« Nous avons fui de nombreuses fois, dit-elle, et nous avons vu nos maisons brûlées et nos enfants violés. Mes parents, mes frères, mes sœurs et six de mes enfants ont tous été décapités ou abattus. »

Betune Ngave vit aujourd'hui dans un abri fragile et surpeuplé, de la taille d'une grosse voiture, qui ne résiste ni au vent ni à la pluie.

On estime qu'il y a environ 1 300 personnes pour chaque toilette dans le camp de Rhoe et les eaux usées coulent à ciel ouvert dans les zones densément habitées.

L'accès aux aliments cultivés localement dans le camp est presque inexistant car les habitants risquent d'être attaqués par des militants s'ils s'aventurent trop loin à l'extérieur à la recherche de nourriture. L'état nutritionnel des enfants et des femmes enceintes ou allaitantes suscite désormais de vives inquiétudes, les responsables de l'UNICEF avertissant que la situation pourrait se détériorer très rapidement.

L'urgence d'améliorer l'accès à l'eau

De même, l'eau manque dangereusement, et les enfants s'aventurent à flanc de colline avec des jerricans pour recueillir de l'eau potable. Si cela est trop dangereux, les habitants vont chercher de l'eau dans les marécages ou les petites rivières des environs. Ces déplacements pour aller chercher de la nourriture et de l'eau peuvent exposer les enfants à la violence et les rendre vulnérables à l'exploitation sexuelle.

Un nombre alarmant de personnes sont mortes récemment dans les camps à cause de maladies respiratoires, de diarrhées et de paludisme.

Bien que le camp de Rhoe dispose d'un centre de santé, il y a peu de lits et les mères avec leurs enfants se rassemblent le plus souvent sur le sol. Le personnel du centre, débordé, effectue environ 180 consultations par jour. Il est impossible d'envoyer les personnes désespérément malades à l'hôpital et il y a un manque de matériel funéraire pour les enterrements.

L'UNICEF, par le biais de son programme de réponse rapide, a l'intention de distribuer prochainement 5 500 kits d'articles non alimentaires - dont des couvertures, des seaux, des jerrycans, des ustensiles de cuisine et du savon - en plus des bâches et des tentes.

L'UNICEF prévoit de distribuer des comprimés individuels de traitement de l'eau aux habitants du camp et travaille avec ses partenaires pour apporter un soutien psychosocial à plus de 500 enfants affectés par le conflit armé dans le camp. Une aide est apportée à 58 enfants encore séparés de leurs familles - jusqu'à présent, seuls cinq enfants ont été réunis.

Des mesures sont prises pour évaluer le niveau de malnutrition dans le camp, en coordination avec le Programme alimentaire mondial et d'autres agences.

L'UNICEF fait également pression pour améliorer l'assainissement dans le camp, en plus de travailler avec MSF pour renforcer le soutien sanitaire.