Excision : informer les communautés pour les aider à mieux décider

Publié le 04 février 2010 | Dernière mise à jour le 06 juillet 2015

Sabine Panet, directrice de Tostan France, explique la philosophie qui anime cette ONG soutenue par l’Unicef, grâce à laquelle de plus en plus de villages renoncent à l’excision.

4121 villages au Sénégal ont renoncé à l’excision depuis 1997. Quel a été le rôle de Tostan, en lien avec l’Unicef, pour obtenir ce résultat ?

Tostan est une ONG internationale qui n’a pas pour but premier l’abandon de l’excision : notre vocation, depuis 95, est de travailler plus largement sur les droits humains. Nous le faisons avec les communautés, car nous considérons que ce sont elles et elles seules qui sont à même de décider de leur futur. Tostan signifie « éclosion » en wolof. Nous travaillons à apporter l’information, la réflexion critique, qui permet de faire émerger des alternatives, que les communautés sont libres de choisir ou pas. C’est ainsi qu’à l’été 97, dans le village de Malicounda, une réflexion sur la santé des femmes a conduit, presque de façon inattendue, à prendre conscience des conséquences nocives de la pratique de l’excision : le village a été le premier de la région à renoncer à cette pratique, avec le soutien de ses leaders religieux. Malicounda l’a fait savoir publiquement, et cette décision a choqué les autres villages. « Vos filles ne trouveront plus de maris » disaient les villages voisins. L’excision est une pratique collective. Malicounda ne pouvait pas être la seule localité à s’y opposer. L’abandon doit lui aussi être collectif.

Comment cet abandon s’est-il répandu dans les autres villages ?

Tostan était présent dans trois autres villages de la même zone : ils ont suivi Malincounda. En 98, une déclaration publique des populations a été faite dans le sens de l’abandon de l’excision. J’insiste sur le fait qu’il s’agit d’« abandon » et non d’« éradication » : ce n’est pas Tostan qui a imposé une transformation depuis l’extérieur. Ce sont des responsables locaux, religieux notamment, qui ont pris en charge la diffusion de ce message d’abandon de l’excision, en venant même demander à Tostan et l’Unicef de renforcer leur appui : faciliter les déplacements, les réunions, la circulation de l’information.

Comment Tostan en est-il venu à s’intéresser à l’excision en France ?

Le débat sur l’abandon a touché la diaspora : les immigrés d’Europe ou d’Amérique. Certains de ces immigrés ont joué un rôle moteur dans cet abandon. D’autres ont au contraire défendu une tradition qui représentait pour eux quelque chose d’important. Aujourd’hui, on estime que 53 000 femmes adultes excisées vivent en France, originaires d’un pays où cette pratique est fréquente. Notre rôle, encore, est de favoriser le débat, la réflexion. Il peut s’agir d’aider des responsables vivant au pays à rendre visite aux ressortissants immigrés en France, de soutenir des réunions publiques dans des localités franciliennes, de diffuser de l’information, par exemple via un film qui pour le moment a été beaucoup projeté en Casamance. Ce film, produit par Tostan et l’ONG Respect, raconte l’abandon de l’excision dans le village de Diegoune : il a été réalisé par les villageois eux-mêmes.