Gaza : « Ce n’est plus l’urgence, mais les besoins sont criants »

Publié le 25 mai 2011 | Modifié le 28 décembre 2015

Aux côtés de Jacques Hintzy, le président de notre association, la journaliste Mélissa Theuriau s’est rendue il y a quelques semaines dans la bande de Gaza. Sensible à la cause des enfants, elle est allée à leur rencontre et a pu se rendre compte de leur quotidien. De retour en France, elle nous confie ses impressions. 

Comment décririez-vous le quotidien des habitants de la bande de Gaza ?

La bande de Gaza est un lieu très particulier. Les gens y vivent dans un enfermement très lourd. Ils ne sont pas libres d’entrer et de sortir et ils ont peu de possibilités de rêves et d’avenir. Cet enfermement a aussi des conséquences sur la santé des habitants. Comme ils ne peuvent pas sortir du territoire, les Gazaouis se marient souvent entre cousins, et de nombreux enfants issus de ces unions souffrent de maladies congénitales. C’est très dur.

Ce qui m’a frappée, c’est que malgré ce contexte très difficile, je n’ai pas senti de sentiment de haine. J’ai vu des moments de colère, mais ils étaient liés à la réduction de liberté de la population, à cause du régime politique actuel. Contre toute attente, il y a une absence de haine envers le voisin israélien. Les Gazaouis ont une dignité incroyable. Même à Rafah, où les gens vivent dans des bidonvilles, on ne m’a rien demandé.

Et les jeunes, comment vivent-ils cet enfermement qu’ils ont toujours connu ?

Leur quotidien est très dur. Ce sont les adolescents qui travaillent dans les tunnels, malgré l’assouplissement du blocus*. Les tunnels restent la première source d’emploi à Gaza, mais les conditions de travail y sont très dangereuses. Parfois, ces tunnels s’écroulent, car ils ne sont pas solides et il y fait très chaud. Pour supporter tout cela, les jeunes qui y travaillent ont recours à la drogue. S’ils continuent à y venir c’est parce qu’ils sont bien payés : entre 5 et 10 euros par jour, ce qui est énorme là-bas.

Des bombardements ont eu lieu pendant notre visite, mais bizarrement, on n’a pas peur pour soi dans ces moments-là, on a peur pour ceux que l’on a rencontrés, ceux qui sont en première ligne. C’est là que l’on se rend compte des traumatismes vécus par les enfants. J’ai été attristée par le stress qu’ils subissent. Beaucoup ont déjà des cheveux blancs, ont la peau dépigmentée ou bien ils dorment tout habillés, complètement recroquevillés sur eux-mêmes.

L’autre réalité, c’est le danger que représente la zone tampon. Bordée par Israël tout autour, les mitrailleuses sont souvent sorties. Malgré ça, les enfants de Gaza s’y rendent pour ramasser des bouts de plastique, des bouts de ferraille. Auparavant, c’était la zone la plus fertile de Gaza, mais aujourd’hui les habitants en sont privés, car ils ne peuvent s’y aventurer que jusqu’à une certaine limite. On a vraiment le sentiment qu’ils vivent sur un bout de caillou. En tout cas, c’est le « système D » à toute épreuve, car chaque petit bout de ferraille est utilisé au bout du compte.

Qu’avez-vous pu observer vis-à-vis de l’action de l’Unicef sur le terrain* ?

Dans la partie sud de Gaza par exemple, les centres de l’Unicef servent de soupape aux jeunes. Dans ces lieux, ils peuvent avoir certains moments d’insouciance. J’ai rencontré des directrices de centres très investies, mais aussi très inquiètes pour l’avenir de ces jeunes. Certes, ce n’est pas un contexte d’urgence, mais les besoins sont criants. Les centres sont pleins à craquer. Les enfants ont envie, ont besoin de jouer. On sent qu’ils essaient de rattraper une enfance qu’on leur a volée. 

J’ai aussi pu me rendre compte à quel point l’éducation est très importante pour les Gazaouis. Les jeunes se cultivent, notamment à travers le net. Il y en a qui parlent plusieurs langues. Eux aussi rêvent de leur propre révolution. J’ai vu des jeunes filles non voilées, se rendre à la fac, maquillées et habillées à l’occidentale. Elles essaient de vivre comme n’importe quelle femme d’Europe ou du Maghreb. 

Quel est le message que vous aimeriez faire ressortir ?

La communauté internationale est responsable de ce qui se passe dans la bande de Gaza, elle doit agir davantage. Il faut dépasser les préjugés pour comprendre cette jeunesse qui aspire à l’unité et à la paix et qui fait preuve d’une grande dignité, malgré une immense misère. Pour finir, on a beaucoup tendance à s’apitoyer sur les conditions de vie des Gazaouis, mais on parle peu de cette jeunesse qui est en marche.

 

* Sur la bande de Gaza, l’Unicef finance des programmes d’eau et assainissement, de santé materno-infantile et des programmes d’éducation, dont certains sont spécialement dédiés aux adolescents.

En savoir plus

Les chiffres clés :

-1,5 million d'habitants sur 360 km²
-80 % de la population dépendent de l’aide humanitaire et 60 % de l’aide alimentaire
-La moitié de la population a moins de 18 ans
-Taux de scolarisation : 90%

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