Guinée : préparer les élections…

Publié le 12 avril 2010 | Modifié le 31 mars 2016

Il y a quelques mois, la Guinée faisait la une des médias en raison des violences perpétrées à Conakry. Où en est-on aujourd’hui dans ce pays, à quelques mois des élections ? Le point avec Julien Harneis, représentant de l’Unicef sur place.

Des élections seront bientôt organisées en Guinée, comment envisagez-vous cet événement ?
Depuis 2006, le pays connaît une période de bouleversements : aux problèmes politiques vient s’ajouter la crise économique mondiale. En Guinée, il y a toujours un risque pour que le débat politique se transforme en débat identitaire. Je ne parle pas de guerre civile mais plutôt de tensions interethniques, de violences… Nous essayons donc de développer des actions de prévention pour éviter ce dérapage.

En quoi consiste cette prévention ?
Nous travaillons avec le gouvernement, avec les différents partis politiques pour essayer d’élever le débat. D’ici les élections, nous voulons sensibiliser tous les acteurs – personnalités politiques mais aussi médias – aux questions des services publics, de la condition de l’enfant… Nous donnons aux différents partis politiques des informations sur ce qu’il faudrait faire pour les enfants du pays, notamment autour du développement des services sociaux de base. Sans oublier les actions mises en place pour que les jeunes du pays puissent s’exprimer. Pour prévenir les violences.

Vous parlez des services sociaux… Comment se portent-ils en Guinée ?
Les services sociaux de base sont très affaiblis dans le pays, surtout depuis 2006. L’année dernière les taux de scolarisation ont baissé. Et le même phénomène se produit dans le domaine de la santé. Au nord du pays, de nombreux enfants sont frappés par la malnutrition. Le pays souffre d’un grave déséquilibre : dans la capitale Conakry se concentrent 80% des médecins du pays pour seulement 20% de la population. Quand on sort de Conakry, il n’y a plus assez de personnel dans les centres de santé. Ces derniers mois, le gouvernement a pu assurer le salaire des fonctionnaires… mais pas les frais de fonctionnement des centres de soins ou des écoles. Avec l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), nous plaidons aujourd’hui auprès du gouvernement pour que cela s’améliore : du personnel de santé doit être recruté, les agents doivent être mieux répartis sur le territoire… L’Unicef va investir 8 millions de dollars (soit près de 6 millions d’euros) pour la santé en Guinée et 3 millions (2,2 millions d’euros) de dollars pour l’eau et l’assainissement. Sur le terrain, nous livrons les centres de santé en médicaments, nous distribuons des moustiquaires…

Le nord du pays est en situation de crise nutritionnelle ?
Oui, dans le nord-est, les taux de malnutrition des enfants sont élevés. Le pic de cette crise nutritionnelle est prévu pour les mois de juin et juillet. Il serait bon que le gouvernement forme des nutritionnistes pour le nord du pays. De notre côté, nous travaillons pour renforcer la prise en charge des enfants en ambulatoire et dans les centres de nutrition thérapeutique. Quant à la capitale Conakry, le taux général de malnutrition aigüe y frôle les 7%, ce qui est curieux pour une zone urbaine. Les familles sont touchées par la crise économique de ces deux dernières années…

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