Haïti, 3 mois après l’ouragan : « La générosité des donateurs a permis de sauver des vies et d’aider les enfants »

Publié le 09 janvier 2017 | Modifié le 09 janvier 2017

Trois mois après le passage de l’ouragan Matthew, l’UNICEF continue d’apporter une aide aux enfants et leurs familles. La phase d’urgence se termine, nos équipes sur le terrain commencent le long travail de reconstruction. Et si la réponse d’urgence a pu être rapide et efficace dès les premiers jours, c’est grâce à la mobilisation essentielle des donateurs.
Jean Métenier, représentant adjoint de l’UNICEF en Haïti, revient sur le bilan de l’action de l’UNICEF depuis trois mois, sans oublier de remercier les donateurs français qui ont joué un rôle décisif dans cette urgence.

Vous avez été témoin de cette catastrophe en Haïti en octobre dernier. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?

La première chose qui m’a choqué, c’est le pouvoir de destruction de cet ouragan Matthew. Notamment dans la péninsule sud du pays dont les maisons ont été dévastées, y compris celles construites en dur. 
À Port-au-Prince, les gens n’ont pas le sentiment d’une urgence aussi cruelle que celle causée par l’ouragan. Les conséquences ont été terribles. On estime que 80% de la population a pratiquement tout perdu. C’est une dure réalité quand on va sur place. Les écoles, les centres de santé, les centres sociaux, etc… pratiquement, toutes les constructions ont été soient détruites, soient endommagées. L’UNICEF essaie d’apporter une assistance pour que tous ces services de base puissent redémarrer.

C’est d’autant plus cruel que le pays avait été frappé par un terrible tremblement de terre en 2010. Haïti était en reconstruction depuis ce temps C’est le pays le plus pauvre de toute l’Amérique centrale et du Sud, et il dépend encore beaucoup de l’assistance internationale.

Pendant ces trois premiers mois après le passage de l’ouragan, quelles ont été les priorités de l’UNICEF dans leur aide d’urgence pour les enfants ?

L’UNICEF et ses équipes ont trois priorités dans la réponse d’urgence. Dès les premiers jours, nous avions comme priorité des priorités l’accès à l’eau et à l’assainissement, car lors d’une telle catastrophe les systèmes d’assainissement et d’approvisionnement en eau sont mis à mal. 
Et, depuis 6 ans, Haïti est touché par le fléau du choléra, conséquence du séisme de 2010. Il y a donc un fort risque de propagation de cette maladie dans des zones ou les réseaux de distribution d’eau potable ne fonctionnent plus. Il fallait donc assurer rapidement après l’urgence de 2016 un accès à l’eau potable à la population, sinon on pouvait se retrouver avec une 2e urgence avec une explosion de choléra.

Deuxième priorité, c’est l’aide nutritionnelle. La situation est d’autant plus cruelle que le pays était à la veille de la récolte agricole de l’année lorsque l’ouragan Matthew a touché le pays. La plus grande partie des récoltes a été détruire dans les zones affectées par Matthew, là où des familles se sont retrouvés sans domicile ni moyen de production. L’impact nutritionnel est pour l’instant limité, mais avec le temps et le manque de nourriture, nous nous attendons à une détérioration de l’état nutritionnel des enfants dans les prochains mois.  L’UNICEF conduit actuellement un bilan nutritionnel à travers les zones les plus touchées pour déterminer les zones prioritaires d’intervention pour les prochains mois. Nous avons des stocks de "plumpy nut" (pâte énergétique à base d'arachide) importants, il faut les cibler vers les enfants  les plus dans le besoin.

Troisième priorité de l’UNICEF, c’est de trouver des solutions pour reloger les familles et récupérer les infrastructures où les familles s’étaient abritées afin qu’elles retrouvent leur fonction initiale.
On est encore dans une phase d’urgence car beaucoup de personnes ont été déplacées, dans des écoles, des centres de santé, des bâtiments publics comme les tribunaux. Beaucoup de ces infrastructures sont occupées par des personnes encore aujourd’hui.

Parlons des écoles justement. Quelle est la situation à ce jour pour l’éducation des enfants ?

L’ouragan a endommagé 716 écoles. Les autres qui tenaient encore debout ont servi à abriter des enfants. L’UNICEF a soutenu le retour à l’école des enfants pour ne pas interrompre leur scolarité, c’est l’essentiel pour qu’ils reprennent une vie normale. Pendant que les écoliers retrouvent progressivement le chemin de l’école, avec nos partenaires nous continuons à réhabiliter les écoles. 14 sont rétablies, et 167 sont en chantiers, et nous rééquipons aussi les écoles avec du mobilier, des livres de classe etc….. Grâce à ce travail, 4 200 enfants ont pu retourner dans leurs classes. Notre objectif à terme est de permettre à plus de 65 000 enfants de retourner à l’école.

Quelle est l’étape suivante après ces 3 mois de réponse d’urgence ?

Aujourd’hui ce n’est plus de l’urgence aigue mais on continue de répondre aux besoins prioritaires des enfants tout en travaillant sur la reconstruction à long terme des infrastructures. Notamment les centres de santé pour remettre en place la vaccination de routine pour les enfants.
Dans cette seconde phase de l’urgence, nous visons à reconstruire les infrastructures en mieux afin qu’elles soient plus solides et adaptées pour résister aux catastrophes naturelles.

Voyez-vous un lien de causalité évident entre la catastrophe Matthew et le changement climatique ?

Haïti étant situé dans une zone cyclonique, il est certain que le pays va être de plus en plus touché par les catastrophes naturelles liées au dérèglement climatique. Il y a une inquiétude sur le réchauffement climatique, sur la fréquence et l’intensité des cyclones qui ont une capacité de destruction très importante.
Haïti a des moyens limités, la population a des capacités de résilience très faible. L’UNICEF fait et fera beaucoup plus dans la préparation aux risques de catastrophes naturelles afin que les enfants aient les réflexes qui leur permettront de se protéger. On ne peut pas limiter l’impact des cyclones, surtout en perte de vie humaine. En revanche, nous pouvons renforcer ce travail de préparation des enfants.

Les donateurs se sont fortement mobilisés pour venir en aide aux enfants d’Haïti. Vous qui rencontrez ces enfants au quotidien, quel message pouvez-vous transmettre à nos donateurs ?

Un message de profond remerciement. Les donateurs français ont été parmi les plus généreux dans les premiers jours et semaines suite a l’urgence. L’UNICEF France a envoyé des moyens financiers dès le début de la crise quand nous n’avions aucun financement pour faire face aux besoins vitaux  des premiers jours. La générosité des donateurs a permis de sauver des vies et d’aider les enfants, je leur en suis très reconnaissant.
La phase d’urgence se termine, la reconstruction va reprendre du temps. Et malheureusement, cela va prendre encore des années pour que les enfants haïtiens retrouvent une vie normale.
Ces enfants auront encore besoin de votre  soutien …