Haïti : l’éducation reste la priorité malgré le choléra

Publié le 24 décembre 2010 | Modifié le 31 août 2015

Un an après le séisme qui a frappé le pays le 12 janvier dernier, Nathalie Hamoudi, responsable du secteur éducation pour l’Unicef Haïti, revient sur ce qui a été accompli. À cause du choléra, les écoles ont de nouveau fermé leurs portes, entre la fin octobre et la fin décembre. Dès janvier, les enfants vont  reprendre le chemin de l’école. La reprise scolaire se fera en deux temps. Le 4 janvier, les écoles publiques rouvriront leurs portes, tout comme le feront les écoles privées le 11 janvier, avec quelques jours de décalage.
 

 

 

Peut-on revenir sur la rentrée scolaire, dans les semaines qui ont suivi le tremblement de terre ?
 

Le tremblement de terre du 12 janvier avait touché 3 départements sur 10. Plus de 4500 écoles avaient été détruites entièrement ou partiellement. Le système scolaire  interrompu. Pendant 11 semaines, les enfants scolarisés n’ont plus eu accès à leurs salles de classe. C’est pourquoi, l’Unicef a appuyé le Ministère de l’Éducation nationale pour rouvrir des classes à partir du 5 avril 2010. C’est ce que l’on a appelé la « petite rentrée ». Grâce à des tentes, l’Unicef est parvenu à mettre en place des classes temporaires d’apprentissage. La « petite rentrée » était la première priorité de l’Unicef. Nous avons  soutenu  plus de 600 écoles et équipé 40 000 enseignants; 300 000 enfants sont retournés à l’école à ce moment-là.  La deuxième priorité : scolariser  les enfants qui n’avaient jamais été à l’école auparavant. Il faut bien se rappeler qu’avant le séisme, seulement 1 enfant haïtien sur 2 était scolarisé !

En parallèle, nous nous sommes mobilisés  pour  que les écoliers aient accès à une éducation de qualité. Nous avons travaillé sur le renforcement des compétences des enseignants et sur la façon dont ils allaient aider les enfants à dépasser le traumatisme du séisme. L’Unicef a été très présent dans l’appui psycho-social apporté aux enseignants. Le tremblement de terre a causé la mort de nombreux enseignants, des enfants se sont retrouvés seuls dans des camps de déplacés, sans leur famille…C’est pour ça que l’école est fondamentale, car c’est grâce à elle que les enfants retrouvent un sens de la normalité. Elle doit véritablement être un havre de paix pour eux.

À cause du séisme, les enfants avaient déjà perdu 3 mois de scolarité. On ne voulait pas qu’ils perdent une année entière. Nous avons réadapté le programme national,  afin que les enfants récupèrent les cours qu’ils avaient perdus. Et nous avons savouré une grande victoire lors des examens du mois d’août. Malgré toutes les difficultés qu’ils ont traversées cette année, la plupart des enfants ont réussi !

Après la « petite rentrée » d’avril, il y a eu la « grande rentrée » le 4 octobre. À ce moment-là, l’objectif s’est divisé en deux. Il s’agissait de continuer à appuyer les enfants qui étaient retournés à l’école dès le mois d’avril d’une part, et de se focaliser sur les enfants plus vulnérables, notamment dans les zones rurales et les zones enclavées, d’autre part. La priorité de l’Unicef, c’est de rendre l’école accessible à tous les enfants. Ainsi, après avoir adapté le programme national, nous avons créé un programme plus détaillé. Les enfants qui n’avaient  jamais été scolarisés avaient besoin de plus d’attention. La « grande rentrée » a été une reprise en profondeur, une mise à niveau. L’Unicef a alors soutenu 720 000 élèves de plus qu’en avril, et 15 000 enseignants dans 2000 écoles. Au final, nous avons formé 6000 enseignants supplémentaires pour la « petite rentrée », et 6000 de plus pour la « grande rentrée ». Et comme la majorité des familles haïtiennes ont très peu de moyens, nous avons voulu faire la différence en allégeant la charge financière.
 

Tout cela est plutôt positif, mais quels sont les problèmes que vous avez rencontrés au point de vue logistique ?
 

Le premier problème pour nous a été le manque d’espace. Cela nous a empêché de construire autant de classes que l’on aurait voulues. Actuellement, nous disposons de fonds suffisants pour maintenir 200 classes. Mais pour l’année 2011, on espère obtenir davantage de moyens. Le deuxième problème pour nous c’est la qualité de l’éducation de base qui est dispensée aux élèves haïtiens. Les enseignants ne sont pas toujours formés, pas toujours diplômés. Du coup, l’enfant n’est pas en mesure de recevoir le niveau d’éducation qu’il devrait avoir à son âge. Et il y a beaucoup d’enfants qui sortent très tôt de la scolarité. Dans ce domaine, l’État ne joue pas son rôle.
 

Comment assurer la continuité des programmes d’éducation, tout en luttant contre le choléra ?

Le choléra est arrivé dans la région de l’Artibonite autour du 19 octobre. On a cru qu’on pourrait circonscrire la maladie. À ce moment-là, nous étions au cœur d’une stratégie : on tenait à inscrire le plus d’enfants possible à l’école. Malheureusement, les gens n’étaient pas informés sur la maladie. Le choléra était une maladie inconnue des Haïtiens, il n’y en avait pas eu depuis au moins 100 ans. Dans l’ignorance, les parents ont commencé à avoir peur d’envoyer leurs enfants à l’école, surtout dans les zones éloignées des villes.
 

En  milieu urbain c’était plus facile de faire des campagnes de sensibilisation. Les messages passent bien et les écoles sont généralement restées ouvertes, malgré le choléra. En revanche, notre travail est plus compliqué dans les zones rurales. Là bas, les messages ne passent pas, les gens n’ont pas de radio, pas de télévision…et du coup, avec le choléra, les enfants sont restés chez eux au lieu de continuer à aller à l’école.
 

Il était fondamental pour nous d’appuyer le Ministère de l’Education nationale à la fois sur le plan de la prévention et pour la prise en charge des enfants malades. Nous avons encouragé les gestes d’hygiène, nous avons mis en place des stations mobiles de lavage des mains. Nous distribuons des bassines, des savons, des jerricans pour aller chercher de l’eau potable, ainsi que des aquatabs à toutes les écoles.Grâce aux partenaires avec lesquels on travaille sur le terrain, des camions citernes circulent dans tout le pays pour apporter de l’eau potable aux populations. Le but  est de connecter toutes les écoles à des points d’eau potable.
 

Avant que le choléra n’arrive en Haïti, l’Unicef avait déjà mis en place des systèmes pour accéder à l’eau potable ainsi que des latrines séparées pour les garçons et les filles. Pour nous, un enfant représente un agent de communication. S’il apprend à bien se laver les mains à l’école, il peut ensuite le dire chez lui, et montrer à sa famille les bons réflexes à adopter. Au-delà de l’éducation, l’école est aussi un lieu de prévention.

 

Que reste t-il à faire aujourd’hui ?

Le grand challenge pour nous est de construire des réseaux d’eau traitée dans les zones enclavées. Il faut aussi apprendre à tout le monde à adopter les gestes d’hygiène quotidienne qui sauve des vies. Le choléra est une maladie violente mais on sait la prévenir, la soigner. L’accès à l’éducation c’est important, mais sauver des vies, ça l’est encore plus.
 

Depuis que la crise du choléra a éclaté, on a assuré la continuité de l’éducation là où on le pouvait. Début janvier, c’est la rentrée. On va donc continuer à travailler sur le volet prévention, en distribuant le matériel nécessaire dans les écoles. Et surtout, on espère que malgré ce contexte difficile, les enfants pourront poursuivre leur année scolaire. Choléra ou pas, pour nous, il n’y a pas de raison que les enfants n’aillent pas à l’école. Maintenant, on sait que le choléra restera endémique en Haïti. Mais grâce au gros travail de prévention que nous faisons, on espère que la population saura y faire face et que ça ne sera pas un frein, comme ça l’a été en cette fin d’année 2010.
 

Pour finir, la crise du choléra ne doit pas nous détourner de notre objectif premier qui était le retour de tous les enfants à l’école. Dès janvier, on va accélérer ce retour. Ensuite, nous nous concentrerons sur de nouveaux projets : la construction d’écoles permanentes dans les zones rurales, le renforcement des compétences des enseignants et surtout l’accès à une éducation de base de qualité pour tous les enfants haïtiens.