Haïti : l’histoire de Sébastien, 14 ans

Publié le 22 janvier 2010 | Modifié le 04 janvier 2016

Sébastien Delatour, 14 ans, a survécu au séisme qui a frappé Haïti le 12 janvier dernier. Mais il a perdu des membres de sa famille.

Sébastien se sent chanceux par rapport à beaucoup de ses amis et même par rapport à certains membres de sa famille. Certains ont tout perdu avec le séisme. Sébastien vit dans la banlieue de la capitale Port-au-Prince. Lorsque la terre a tremblé ce mardi-là, il a entendu sa mère crier en se ruant à l’extérieur. Sa sœur prenait une douche. Elle est tombée et s’est cogné la tête. Il ne comprenait pas ce qu’il se passait. Au début, Sébastien a pensé que quelqu’un tirait sur la maison.

Juste après le séisme, Sébastien a appris une tragique nouvelle: la maison de ses grands-parents s’était écroulée. Pendant des jours, le père et les oncles de Sébastien ont fouillé les décombres de la maison, à Bourdon. Ils ont finalement retrouvé les corps de  Carmelle et Cavour Delatour, 88 et 89 ans.

« Mon grand-père était assis sur une chaise et regardait la télé lorsque la maison s’est effondrée, explique Sébastien. Il est mort sur le coup, il n’a pas souffert. »

Trop de morts à enterrer

Il a fallu plusieurs jours pour que les pompes funèbres puissent répondre à la famille Delatour. Sébastien raconte que tant de gens voulaient enterrer leurs proches que des bagarres ont éclaté.
« Cela sent mauvais, explique Sébastien. Ça sent la mort. Les gens pleurent et crient. Les gens se battent entre eux pour de la nourriture… Mon père m’a dit qu’il devait être fort pour nous tous et il ne veut pas montrer qu’il pleure. Mais je suis sûr qu’il pleure dans sa chambre. Mais ma mère, ma mère… Nous pleurons tous. »

La maison de Sébastien tient encore debout, des proches se sont réfugiés chez lui. Mais l’adolescent s’inquiète pour sa famille élargie et pour certains de ses amis. Il n’a pas parlé à beaucoup de ses copains depuis le séisme. Mais l’un de ceux qu’il a réussi à joindre a perdu son père. Une autre a perdu sa maison et de nombreux membres de sa famille. Elle dort aujourd’hui dans la rue. Cette amie a peur car son père continue de fouiller les ruines pour trouver de la nourriture, malgré les bâtiments instables qui risquent encore de s’écrouler.

Sébastien relativise. « Je suis chanceux, je pense, d’avoir une maison et de l’eau. »

Insécurité ?

Bien que l’école de Sébastien ne se soit pas effondrée, ses murs sont endommagés et le bâtiment n’est plus sûr. L’adolescent ne retournera donc pas en classe pour l’instant. Ses parents envisagent de l’envoyer chez des proches, à Miami.

« Les prisons se sont effondrées, explique Sébastien. Il y a des prisonniers dehors, de grands criminels. » Craignant pour la sécurité de son fils, la mère de Sébastien pense qu’il est trop dangereux pour lui de rester à Haïti. Mais le garçon n’est pas de cet avis. « J’aimerais rester ici et aider à donner de la nourriture et de l’eau aux gens, explique-t-il. Les gens m’ont dit que l’aide n’est pas encore arrivée partout et qu’on manque de temps. »