Haïti : « Les corps s’entassent »

Publié le 18 janvier 2010 | Modifié le 29 décembre 2015

Des enfants livrés à eux-mêmes, des personnes toujours coincées sous les décombres…Tamar Hahn, du département de la communication de l’Unicef Amérique latine-Caraïbes, nous livre un premier témoignage bouleversant de la situation sur place.

Port au Prince, 17 janvier. « Ce matin, je me suis rendue à l’hôpital de terrain installé à la base logistique de la Minustah. Cet hôpital est constitué de deux tentes géantes, pleines d’Haïtiens blessés par le séisme. Les conditions y sont déplorables : peu d’eau et de nourriture pour les médecins et les patients, pas d’assainissement. Les déjections sont rejetées juste derrière les tentes, les membres amputés finissent dans les ordures. »

Des enfants vulnérables, livrés à eux-mêmes

« Il n’y a pas de morgue non plus, les corps s’entassent donc à côté de la tente. Une salle d’opération a été installée aujourd’hui, de nombreuses amputations y sont pratiquées, les blessures des survivants étant souvent infectées et dangereuses pour leurs vies. Il n’y a pas possibilité d’effectuer d’autres types d’opérations, le matériel est limité.

Dans cette cacophonie de gémissements et de pleurs de douleurs, cinq enfants attendent dans leurs lits de camps, sans aucun proche pour les nourrir, les laver ou leur tenir la main. Une fillette de 2 ans atteinte de paralysie motrice est arrivée ici déshydratée et en état de choc, elle pleure seule dans son lit de camp. Elle n’a pas de blessure majeure et est prête à rentrer chez elle mais personne ne connaît son nom. Un bout de papier attaché à son pied dit « Baby girl ». Personne ne sait où commencer à chercher pour trouver sa famille.

Pareil pour Sean, un petit garçon de 7 ans qui est arrivé ici en hurlant, il a réclamé ses parents, recroquevillé en position fœtale, pendant 12 heures.  Il n’a pas dit grand chose mais les infirmières ont compris qu’il a vu ses deux parents morts. Sean n’a pas de grosse blessure et parle aujourd’hui aux autres patients en déambulant dans l’hôpital. Mais les médecins ne veulent pas le laisser sortir sans savoir où  il ira et qui s’occupera de lui. »

Des abris pour les enfants isolés

« Il y a certainement des centaines voire des milliers d’autres enfants dans la même situation à Port-au-Prince, dans les hôpitaux ou dans les rues. Sans accès à l’eau, à la nourriture et sans protection face à la violence et aux abus. Même si ces enfants n’ont pas de blessure importante, ils ont subi un traumatisme très grave qui les marquera à vie. Ils risquent également la malnutrition, la maladie et sont vulnérables face aux  abus sexuels et au trafic.

L’Unicef a dentifié et équipé deux abris pour 200 enfants comme Sean et « Baby girl». Ces abris seront des refuges pour les enfants, ils pourront y être pris en charge avant que leur famille ne soit retrouvée. Pour ceux qui ne pourront être ramenés à leur famille, d’autres solutions devront être trouvées. »

Lire la suite de ce témoignage, Haïti:  des sms sous les décombres

En savoir plus
  • Deux reportages de CNN, mobilisée aux côtés de l'Unicef (en anglais) :

Itv d'Ann Veneman, directrice générale de l'Unicef (15/01/10)
le matériel de secours présenté en plateau (19/01/10)

Soutenir nos actions