Haïti : « une guerre contre le choléra »

Publié le 18 novembre 2010 | Modifié le 28 décembre 2015

En Haïti, le choléra touche désormais 7 départements sur 10. Face à l’urgence de la situation, l’Unicef concentre son action sur l’accès à l’eau potable et à l’assainissement. La protection des enfants reste aussi une priorité. Françoise Gruloos-Ackermans, représentante de l’Unicef en Haïti, répond à nos questions.

1) Pouvez-vous décrire la situation dans le pays, au moment où l’épidémie de choléra fait chaque jour de nouvelles victimes ?

La situation est extrêmement compliquée. Nous sommes dans une guerre contre le choléra. Haïti n’a pas connu d’épidémie de choléra depuis 100 ans. Le pays n’avait donc pas d’immunité contre cette maladie.

Il y a 1034 décès et 17000 cas rapportés dans les hôpitaux. On n’a pas les chiffres dans les communautés, les zones rurales. On peut donc multiplier ces chiffres par trois.
Le scénario qui se présente à nous c’est d’arriver à 100 000 cas de choléra. Mais on ne sait pas comment : par à-coups, tous ensemble ?

À l’approche des élections présidentielles du 28 novembre, nous sommes dans un contexte très chaud. Certains utilisent le choléra comme une arme politique. Dans la ville de Cap Haïtien, au nord du pays, il y a d’énormes tensions. Nous avions stocké, avec le PAM (ndlr : Programme alimentaire mondial), beaucoup de matériel dans un entrepôt qui a été incendié. Les violences ont lieu à plusieurs endroits en même temps, ce qui porte à croire que ces actions viennent de groupes très organisés. En conséquence, les acteurs humanitaires rencontrent des difficultés dans leur travail car ces tensions freinent nos actions auprès des populations.

2) Les Nations-unies ont lancé un nouvel appel de fonds à hauteur de 164 millions de dollars, dans lequel l’Unicef a demandé 25 millions de dollars.  Pourquoi a t-on encore besoin d'argent?

Après le séisme, le premier appel de fonds de l’Unicef était destiné à l’éducation, la protection de l’enfant et la nutrition. Un appel de fonds est toujours lancé dans un cadre très précis. Au départ, les fonds devaient servir au relèvement du pays, mais notre travail se fait sur plusieurs années.

Avec l’arrivée du choléra, le bureau Unicef Haïti a interrompu ses programmes réguliers durant 2 semaines pour se concentrer sur les activités liées à la maladie. Le pic de l’épidémie est prévu dans quinze jours. Les fonds attribués aux autres secteurs ont été reprogrammés pour le  choléra. On faisait déjà de la mobilisation de ressources pour 2011-2012, maintenant,  nous devons renforcer les structures existantes et encourager le retour des enfants à l’école. 

Nous sommes en train d’élaborer des plans pour l’éducation. Selon nos estimations, il y a   22000 écoles à risque, si les conditions d’hygiène n’y sont pas respectées. Il faut donc   prépositionner du matériel pour toutes ces écoles : eau potable, chlore, savon…Si un cas de choléra se déclare dans une école, il faut désinfecter l’école dès que l’enfant en sort. Actuellement, l’Unicef aide 5000 écoles dans tout le pays. C’est une logistique énorme et ce sont des coûts qui s’additionnent. En ce moment, l’Unicef emploie 230 personnes 24 heures sur 24, uniquement pour le choléra. On recrute encore du personnel pour la gestion de la coordination.

Le choléra s’est abattu sur une population à risque, mais une fois de plus, pour l’Unicef, c’est avant tout l’urgence des enfants. Un enfant malade se déshydrate très vite. Il peut mourir en trois heures seulement. Et c’est pour cette raison qu’il est très important de garder les enfants à l’école. C’est un lieu sécurisé.
À l’école, on peut éduquer les enfants sur les bonnes pratiques de l’hygiène. On fait déjà beaucoup, mais il faut faire beaucoup plus !

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Le choléra en quelques mots :

C'est une infection intestinale aiguë. On est atteint du choléra lorsque l'on consomme de l'eau ou des aliments contaminés par le bacille Vibrio cholerae. Le bacille produit une diarrhée abondante. Sans traitement, une personne atteinte de la maladie peut décéder en quelques heures. La plupart des patients présentent aussi des vomissements. A l'échelle mondiale, le choléra reste toujours une menace et il est l'un des principaux indicateurs du développement social.

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