Haïti, une reconstruction difficile entre instabilité politique et choléra

Publié le 07 janvier 2011 | Modifié le 31 août 2015

Douze mois après le séisme, encore trop d’enfants vivent sous des tentes dans des conditions précaires. Pourquoi cette situation ? Pierre Poupard, Coordinateur des Urgences pour l’Unicef, répond à nos questions depuis la capitale Haïtienne.

 

 

Un an après le séisme, quel bilan de l’action humanitaire faites-vous ?

 

Quand on arrive en Haïti en avion et que l’on survole Port-au-Prince, c’est très beau, on voit une ville toute bleue… La réalité pourtant est bien plus triste que cette belle image : cette couleur bleue, ce sont les milliers de tentes, dans lesquelles les gens vivent dans des conditions très précaires. Un an après le séisme, on compte encore 1 million de déplacés, dont 380 000 enfants qui vivent dans des camps !

Pourtant, en douze mois, les équipes humanitaires n’ont pas chômé, et les résultats sont là, même s’ils ne sont pas forcément visibles. Certes la reconstruction effective n’a pas encore commencé, mais la raison est simple : les financements nécessaires (et promis !) ne sont jamais arrivés, car les grands bailleurs de fonds ne font pas confiance au gouvernement haïtien actuel. En revanche, les financements pour la réponse humanitaire, eux, ont bien été reçus : provenant à 70% de particuliers, ce grand élan de solidarité nous a permis, pendant un an, de fournir de l’eau potable à la population (ce qui représente un coût considérable), de réunir les familles dont les enfants avaient été séparés de leurs parents, de construire des écoles provisoires et semi-permanentes pour que les enfants puissent reprendre une vie normale…
 

 

Comment travaillent actuellement les équipes de terrain ?

 

Le contexte est très difficile : aux conditions préexistantes (avant le séisme, la grande majorité des Haïtiens n’avaient pas accès à l’eau potable, beaucoup d’enfants vivaient déjà dans des conditions très précaires…) ce sont ajoutés l’épidémie de choléra et l’instabilité politique. Depuis mi-octobre, les équipes de l’Unicef se concentrent essentiellement sur la crise de choléra : les 260 personnes du bureau de l’Unicef se relaient sur le terrain pour assurer chaque jour la coordination des activités pour venir en aide aux populations. L’Unicef travaille normalement en collaboration avec les gouvernements, mais là, du fait de l’administration défaillante, c’est difficile. Nous comprenons que l’agenda politique soit compliqué (le 2e tour des élections a été reporté, ndlr), mais nous ne pouvons pas attendre, alors nous continuons à travailler quand-même, en espérant que la situation se stabilise au plus vite.

 

Comment se projette l’Unicef dans les mois à venir ?

 

Quand l’épidémie de choléra s’est déclenchée, nous avons interrompu tous nos programmes « normaux » (scolarisation, appui aux centres d’hébergement des enfants séparés de leurs familles, protection de l’enfance…) pour nous mobiliser sur l’aide aux victimes du choléra et la prévention de la maladie. Nous allons maintenant reprendre ces programmes, tout en y intégrant des actions en lien avec le choléra : par exemple, quand nous distribuerons des fournitures scolaires, nous donnerons en même temps des kits d’hygiène contre le choléra.

La solidarité internationale sur le plan humanitaire est bien là. Les équipes sur le terrain sont d’ailleurs infiniment reconnaissantes envers les petits donateurs, qui leur donnent les moyen d’agir et de ne pas se sentir seuls et impuissants face à la réalité. Mais pour ce qui est de la reconstruction, cela va prendre des années… Et pour l’instant, Haïti attend encore les financements promis, afin de pouvoir fermer tous ces camps et que les gens puissent rentrer chez eux et refaire leur vie !

Notre dossier

Haïti, 1 an après le séisme : bilan des actions de l'Unicef, utilisation des fonds, le point sur le choléra, dons collectés, témoignage d'enfants...

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