Ibrahim Sesay, responsable UNICEF en Afghanistan

Publié le 21 novembre 2004 | Modifié le 24 décembre 2015

« L'Afghanistan est un cas particulier puisqu'il y est avant tout question d'idéologie religieuse »

« L'Afghanistan est un cas particulier puisqu'il y est avant tout question d'idéologie religieuse »

 

 Un programme de démobilisation et de réintégration des anciens enfants soldats en Afghanistan a été mis en place par l’UNICEF, les gouvernements, les ONG partenaires et les communautés locales en février dernier. Qu’en est-il aujourd’hui ?
Aujourd’hui, 3 834 enfants soldats ont été démobilisés en Afghanistan. Le programme de démobilisation est terminé dans 8 provinces : dans le Nord-Est, qui couvre les provinces de Kunduz, Baghlan, Takhar et du Badakhshan, également dans la région de Bamyan. Dans l’Est, le programme est terminé dans les provinces de Nuristan, Laghman et Nangrahar. Et nous continuons à démobiliser à Konar. Nous sommes aussi présents dans la province de Kaboul, et à Wardak, dans le Centre. Il reste aujourd’hui plus de 4 300 enfants soldats à démobiliser, qui ont combattu avec les forces armées de tous bords. Beaucoup sont déjà rentrés chez eux.

 

Aujourd’hui, le mouvement fondamentaliste du mollah Omar semble de nouveau en marche. Les recrutements d’enfants ont-ils repris ?
A ma connaissance, nous n’avons reçu aucune information concernant le recrutement d’enfants par les Talibans. En outre, concernant les forces gouvernementales, le gouvernement afghan a ratifié le protocole optionnel des Nations-Unies portant sur le recrutement des enfants en septembre 2003. Le programme de démobilisation repose essentiellement sur la collaboration avec les communautés. Il implique les structures locales et les membres de la famille de chaque enfant. C’est efficace ? Bien sûr. Au sein de chaque communauté, le processus de réintégration est soutenu par les comités de conseil locaux, appelés « Chouras ». Ils sont constitués de représentants élus par les communautés : très respectés, ils n’entretiennent aucun lien avec les forces armées. Les membres de la Choura assurent la paix et la sécurité dans la communauté. Ils ont aussi le pouvoir d’appliquer des sanctions lorsqu’il y a violation des lois de la communauté. 
 

Le processus de réintégration permet d’encadrer d’autres enfants que les enfants soldats. Qui sont ces enfants ?
La plupart sont des enfants que la guerre a rendu extrêmement vulnérables. Les enfants soldats ne sont pas les seuls à avoir souffert. Les enfants qui bénéficient du programme de réintégration sont des enfants réfugiés, des enfants victimes de violences ou du trafic. Dernièrement, plus de 300 enfants ont été rapatrié en Afghanistan. Ils avaient été acheminés vers l’Arabie Saoudite ou le Pakistan pour y être exploités sexuellement, pour être revendu comme esclaves ou pour alimenter un trafic d’organes.

 

Les raisons pour lesquelles les enfants ont été enrôlés en Afghanistan diffèrent-elles de celles mises en avant concernant d’autres pays comme la Sierra Leone ?
L’Afghanistan est un cas particulier puisqu’il y est avant tout question d’idéologie religieuse. Ce qui veut dire qu’une fois que les enfants étaient enrôlés, ils devenaient des « moudjahidines », ou « combattants de dieu ». La plupart de ces recrues s’engageait avec passion dans le conflit. Pour beaucoup d’entre elles, rejoindre les rangs des forces armées leur permettait d’accéder pour la première fois de leur vie à la reconnaissance et au respect. Il y a aussi le prestige de l’arme, porter une arme vous permet de défendre votre famille, votre communauté. Et puis, pour la plupart des familles, qui vivaient dans une grande pauvreté, le recrutement d’un enfant représentait une possibilité de s’en sortir. D’autre part, le conflit armé, qui s’est achevé fin 2001, est resté vraiment interne à l’Afghanistan : contrairement à d’autres pays, c’était plus une guerre de clans, une guerre de rivalités. 

En savoir plus

L’Afghanistan en bref

Après près de 10 ans de conflit entre les talibans et la résistance de plusieurs groupes afghans dans le Nord et l’Ouest du pays, une coalition internationale menée par les Etats-Unis est intervenue pour renverser le régime de Kaboul durant l’hiver 2001
Avant que ne démarre le programme de démobilisation, le nombre d’enfants soldats en Afghanistan était estimé à 8000
Parmi les enfants soldats, le taux d’analphabètes est de 57%
L'UNICEF coopère avec la Mission d’Assistance des Nations-Unies (UNAMA), le ministère de l’Emploi et des Affaires sociales, la Commission nationale pour la Démobilisation et la Réintégration, les agences de l’ONU, les comités locaux et un certain nombre d’ONG comme Child Fund Afghanistan, AREA, Save the Children et le BRAC pour mener des projets de réintégration

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