« Il faut coordonner l’aide aux mineurs étrangers isolés ! »

Publié le 06 octobre 2010 | Modifié le 22 décembre 2015

Les députés examinent ce 7 octobre une convention internationale relative aux accords franco-roumains, l’occasion de faire le point sur la situation des mineurs étrangers présents seuls sur le territoire français : en mai 2010, un rapport de mission parlementaire a été rendu sur la situation de ces jeunes. Ce rapport peut-il faire avancer les choses ? Interview avec Patrick Scauflaire, directeur général adjoint aux Apprentis d’Auteuil, une institution qui accueille 13 000 jeunes en difficulté, dont plusieurs centaines de mineurs étrangers isolés.

 

Que pensez-vous du rapport de mission parlementaire de la sénatrice Isabelle Debré : un « rapport de plus » ou de réelles avancées ?

 

C’est un rapport qui s’ajoute aux précédents, certes, mais c’est plutôt positif : cela veut dire que l’on continue à explorer le problème, et c’est important ! La situation des mineurs étrangers isolés en France est un sujet complexe, qui recouvre beaucoup de parcours de vie compliqués, et mieux on le connaîtra, mieux on pourra y apporter des solutions. Et le contenu est intéressant : il rappelle que ces jeunes ne sont pas des délinquants, qu’ils sont très motivés pour se former à un métier, qu’ils s’intègrent très bien… Et il formule des propositions assez pragmatiques et adaptées.

 

A quelles propositions pensez-vous en particulier ?

 

Tout d’abord, le rapport insiste sur la coordination des efforts et des différents acteurs (police, justice, associations, collectivités territoriales…). En tant qu’organisation qui accueille ces jeunes, nous souffrons au quotidien de ce manque de coordination. Il faut un dispositif clair et commun, à l’échelle de la France, mais aussi à l’échelle de l’Europe : ces jeunes traversent souvent plusieurs pays, sont pris en charge par plusieurs organismes et acteurs institutionnels, qui doivent tout recommencer à chaque fois : estimer l’âge du jeune, son pays d’origine, ses projets… Si toutes ces informations étaient consignées dans un dossier unique qui suit le jeune, on gagnerait un temps fou pour mettre en place un parcours personnalisé pour chacun !

Ensuite, le rapport propose également de mutualiser les moyens, et pour nous cela paraît essentiel : certains départements sont beaucoup plus concernés que d’autres par la question des MEI et donc par l’impact sur leur budget… Une forme de solidarité nationale permettrait de soutenir les départements qui sont particulièrement confrontés à l’accueil de ces jeunes.

Enfin, ce pour quoi on milite depuis longtemps : favoriser la situation de ceux qui atteignent 18 ans… Le jour de leurs 18 ans, ils ne sont plus mineurs et peuvent être renvoyés dans leur pays. Il faudrait pouvoir leur laisser au moins le temps de terminer le cycle de formation ou de qualification qu’ils ont commencé ! Dans l’intérêt du jeune, qui pourra faire valoir son diplôme ensuite, et dans l’intérêt de la collectivité aussi, qui a « investi » dans ce jeune.

Nous avons espoir que les choses avancent, il le faut : le phénomène des mineurs étrangers isolés va continuer à concerner la France métropolitaine et d’Outre-mer… Mais nous n’avons aucun levier sur l’utilisation qui sera faite de ce rapport.

 

Ce rapport parle également de "reconduite dans le pays d’origine". Qu’en pensez-vous ?

 

Il faut éviter d’être caricatural : il est faux de penser qu’un retour au pays est envisageable pour tous les mineurs étrangers isolés, comme il est faux de penser qu’il est impossible qu’ils obtiennent une régularisation, ici en France. Aux Apprentis d’Auteuil, nous travaillons aussi sur un retour au pays d’origine, mais pas sans s’assurer que leur passage par la France ne leur ait donné d’atouts, pour un meilleur retour justement. Et dans tous les cas, ce retour au pays doit être accompagné : après quelques années d’intégration ici, difficile pour eux de se réadapter là-bas… parfois, le retour de ces jeunes est même vu par leur famille comme un « échec » ! Ces jeunes ont besoin de stabilité, ils ont souvent vécu des choses difficiles dans leur pays, plus encore lors de leur parcours vers la France, et l’épée de Damoclès de la « reconduite à la frontière » complique leur prise en charge…

 

Photo fournie par les Apprentis d'Auteuil. Vous pouvez consulter leur site internet ici.

Pour en savoir plus

2e partie de cette interview-croisée :

Isabelle Debré, Sénateur des Hauts-de-Seine et parlementaire en mission auprès du garde des Sceaux - ministre de la Justice et des libertés, auteure d'un rapport sur la situation de ces mineurs en France.

En savoir plus

Consulter le rapport de mission parlementaire d'Isabelle Debré sur les mineurs étrangers isolés.

Notre dossier sur les mineurs étrangers isolés

Interview d'Alexandre Le Clève, directeur de l’association Hors la Rue

Interview de Claude Roméo, Directeur de la protection des mineurs isolés étrangers à France Terre d’Asile

 

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