« Il faut mener une vraie réflexion !»

Publié le 27 octobre 2009 | Modifié le 22 décembre 2015

Il y a quelques semaines, la jungle de Calais, refuge de migrants désireux d’atteindre le Royaume-Uni, a été démantelée. Parmi les sans-papiers qui ont fait la une des médias, des mineurs. Quelles solutions défendre pour ces jeunes errants abîmés ? Le point avec Nathalie Serruques, chargée de la mission Enfance en France à l’Unicef.

Que sont devenus les mineurs qui vivaient dans la jungle de Calais ?
Ces mineurs ont fait l’objet d’une procédure d’admission par les services de l’Aide sociale à l’enfance. Une grande partie d’entre eux a été envoyée en Moselle. Pendant une semaine, ils sont restés dans des centres sans personnel éducatif. Aujourd’hui, chose rare, certains de ces jeunes voudraient rester. Habituellement, ils fuguent dès leur arrivée. Peut-être sont-ils surtout fatigués par leurs parcours. Ce qui importe aujourd’hui, c’est que les travailleurs sociaux puissent élaborer avec eux un vrai projet de vie.

Habituellement, beaucoup des mineurs étrangers isolés fuient les structures d’accueil en France…
Oui, la quasi-totalité des enfants qui passent dans des structures du Pas-de-Calais et du Nord fuguent dans l’heure ou dans la journée… La France n’est pas leur pays de destination. Sur les milliers de mineurs étrangers isolés arrêtés chaque année, une minorité reste dans les structures d’accueil. 
Il est difficile de savoir combien ils sont, qui ils sont : certains enfants ou adolescents ont plusieurs identités ou une identité peut servir à plusieurs d’entre eux. Ce qui est certain, c’est que le Royaume-Uni les attire toujours, malgré une législation plus restrictive.

Quelles solutions proposer à ces jeunes ?
Nous ne pouvons pas retenir de force les mineurs qui veulent se rendre au Royaume-Uni. Mais la France, pays signataire de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant (CIDE), doit protéger tous ces mineurs. Il faudrait les accueillir dans des structures adaptées. Certains ne voudraient évidemment pas rester, il s’agirait alors au moins d’une mise à l’abri. Les autres pourraient ensuite développer un projet professionnel. Les jeunes qui sont ainsi envoyés dans des filières d’apprentissage sont très motivés.

Et sur le long terme, quelles politiques défendre ?
Il faut mener une vraie réflexion ! Ces flux migratoires concernent l’Europe toute entière, il importe donc de se diriger vers une harmonisation européenne en la matière. Nous plaidons également pour l’adoption d’une législation en France qui irait dans le sens d’une mise à l’abri et d’un accueil pour tous les mineurs. Pour une meilleure application de la CIDE, qui fête cette année ses 20 ans. Nous espérons que le groupe de travail interministériel sur la question des mineurs étrangers isolés empruntera cette voie !