"Il ne s’agit pas d’arriver, construire une école, et disparaître !"

Publié le 31 janvier 2013 | Modifié le 31 mars 2016

Deux mois après la diffusion du premier documentaire « Kindia 2015 » de Canal+, où en est le programme « éducation » mené par l’UNICEF en Guinée ? Plongée dans les coulisses d’un programme de développement, avec Félix Ackebo, n°2 du bureau UNICEF sur place.

Le défi de l’UNICEF à Télimélé* : 90% d’enfants à l’école. Par quels moyens et où en est-on aujourd’hui ?

 
La priorité : construire de vraies écoles à la place des hangars actuels ! Six nouveaux bâtiments, pour les primaires, sont prévus d’ici fin 2013. A ce jour, une école est terminée (les enfants y ont commencé les cours), et deux sont presque achevées - elles devraient l’être d’ici mi-février. Les trois autres seront prêtes pour la fin de l’année. Ensuite, il faut former les enseignants à la « pédagogie active », une autre forme d’enseignement que celui pratiqué jusque-là, qui rend l’élève acteur de son apprentissage, et interdit toute forme de violence. Nous sommes en train de finaliser un accord avec une ONG spécialisée, pour une mise en œuvre à partir du mois de mars, mais 14 enseignants et 11 encadrants pédagogiques ont d’ors et déjà reçu une formation introductive.
 
Autres freins à la scolarisation, notamment des petites filles : les frais de scolarité, les corvées ménagères comme aller chercher de l’eau, et les mariages précoces… Pour lever ces freins, nous mettons en place plusieurs actions : nous voulons proposer aux parents les plus pauvres des « activités génératrices de revenus », (nous attendons pour cela les résultats d’une étude sur les opportunités économiques, afin de voir les secteurs porteurs), nous forons actuellement des puits et aménageons des points d’eau à proximité des écoles, et nous menons des activités de sensibilisation à destination des femmes dans un objectif d’émancipation.
 

Est-on dans les temps, rencontre-t-on des difficultés ?

 
Pour ce qui est de la construction des écoles, on avance bien, même si on a pris un peu de retard : le matériel nécessaire n’est pas toujours disponible dans le pays, et il n’est pas toujours de qualité suffisante… Ces bâtiments vont accueillir des centaines d’enfants, il est indispensable de s’assurer qu’ils y seront en sécurité ! Par ailleurs, il ne s’agit pas d’arriver, construire une école et disparaître. Nous faisons participer la communauté, afin que les habitants prennent conscience qu’ils peuvent faire des choses eux-mêmes, sans attendre le gouvernement. Et comme la population locale est très pauvre (60% vivent en dessous du seuil de pauvreté !) et n’a pas forcément d’expérience en la matière, il faut prendre le temps d’accompagner et former les habitants, afin qu’ils soient maîtres du projet et autonomes à l’avenir.
 
Pour le reste, il s’agit d’accompagner un changement des mentalités et des comportements, donc cela prend du temps : faire comprendre aux parents l’intérêt d’envoyer leurs enfants à l’école, aller vérifier sur place combien d’enfants assistent effectivement aux cours, trouver ceux qui sont restés à la maison et comprendre pourquoi, etc. Mais on ne rencontre pas de résistance ; il ne faut pas oublier que pendant des dizaines d’années, les enfants ont pu aller à l’école grâce aux hangars construits par les habitants eux-mêmes !
 

Quel est le programme d’actions pour 2013 ?

 
La feuille de route reste celle qui était prévue : construire les trois autres écoles primaires, avancer sur cet « accompagnement au changement », et s’occuper des autres enfants, c'est-à-dire construire six centres d’éducation préscolaire pour la prise en charge des tout-petits, et, pour les 10-14 ans trop grands pour aller au primaire, introduire des cours « de la deuxième chance » dans au moins deux des écoles ciblées par le projet. Dans un programme de développement tel que celui-ci, c’est le démarrage qui est le plus difficile, tout est très abstrait pour les familles… Avec les premières écoles construites, on sent déjà un changement de regard, une réelle motivation naît dans la communauté. Ensuite le bouche-à-oreille fait son effet, les habitants prennent confiance, et les difficultés se font moins grandes.
 

Tout cela sous l’œil des caméras de « Kindia 2015 »…

 
Oui, et c’est une excellente chose : la télé montre souvent notre travail dans les situations d’urgence, rarement sur des programmes de développement long-terme. Le public a tendance à « idéaliser » les interventions sur le terrain, à penser que quand on veut aider, tout est simple. C’est faux, et « Kindia 2015 » va permettre de mettre en lumière toutes ces difficultés que l’on rencontre au quotidien. Ce programme documentaire met aussi un coup de projecteur sur les conditions de vie difficiles des Guinéens… et va permettre de prouver que la population peut prendre en main son destin et faire changer les choses !
 
 
* Préfecture de la région de Kindia, à l’ouest de la Guinée.
 

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